Hosni Maati perd son procès contre Caroline Fourest

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Après avoir gagné mon procès dans l’affaire Bentot (agitée à tort par Aymeric Caron), je vous annonce que je viens de gagner le procès que m’intentait l’avocat à l’origine de cette procédure et de la polémique qui s’en est suivie : Hosni Maati (à droite en photo avec la leader des Indigènes de la République et Médine).

En plus de me présenter comme une « menteuse » et une « islamophobe », ce dernier m’attaquait en diffamation . Il a été condamné « aux dépens » et donc à rembourser mes frais de procédure. Merci à mon avocate, Lorraine Gay.
Caroline Fourest 

Ne laissons pas s’éteindre en nous la flamme du Kurdistan

Plusieurs personnalités françaises, dont Bernard-Henri Lévy et Anne Hidalgo, dénoncent le silence des grandes démocraties face au drame que vit ce peuple

Un sentiment d’accablement, et d’injustice extrême, nous étreint et nous réunit pour lancer, ici, aujourd’hui, cet appel de Paris en faveur du Kurdistan. Voilà une nation amie qui sort de cent ans de lutte contre toutes les tyrannies. Voilà un peuple qui s’est porté, trois ans durant, seul au sol, sur 1 000 kilomètres de front, contre l’organisation Etat islamique. Voilà des femmes, des hommes, qui ont accueilli un million et demi de réfugiés chrétiens, yézidis, musulmans, qui fuyaient l’enfer islamiste.

Ce peuple, le 25 septembre 2017, se prononce, par un référendum démocratique, et à une majorité écrasante, en faveur d’une indépendance qui est son rêve séculaire. Il se prononce pour l’ouverture de pourparlers avec Bagdad, dont il est bien spécifié qu’ils prendront le temps qu’il faudra pour qu’un avenir solide, concer­té, puisse se construire entre peuples constitutifs de la « fédération » irakienne.

Mais voilà que les grandes puissances démocratiques condamnent, par avance, ce référendum au nom de l’intégrité territoriale de l’Irak, ce pays déchiré, désuni, chaotique, qu’elles feignent, de manière incompréhensible, de tenir pour une donnée intangible de l’équilibre régional.

Et voilà que, forts de cette condamnation du Kurdistan par ses alliés et amis d’hier, les pays voisins (Irak, bien sûr – mais aussi Iran et Turquie), qui tiennent les Kurdes pour un peuple décidément en trop, décrètent un embargo aérien et terrestre sur le Kurdistan; l’enferment, ainsi que le million et demi de réfugiés, dans ses frontières; et que l’Irak, à l’aide de chars américains et avec l’appui de milices chiites et de pasdarans venus d’Iran, passe à l’attaque, s’empare de la zone de Kirkouk, et affronte les peshmergas jusqu’à 50 kilomètres d’Erbil.

Nul, alors, ne vient au secours du ­Kurdistan. Nul ne condamne l’agression de ces puissants voisins pour qui le silence de la communauté internationale est une aubaine permettant d’en finir avec ce trublion démocratique, ce mauvais exemple que serait un Kurdistan ­libre et indépendant dans une région qui cultive les régimes autoritaires, et ­opprime ses minorités.

Nul ne semble réaliser que l’Iran met, un peu plus encore, la main sur l’Irak, et achève d’ouvrir, avec la complicité du sinistre Bachar Al-Assad, le fameux corridor chiite dont elle rêve depuis longtemps et qui a vocation à aller du Liban à Bahreïn.

Trahis par certains en leur sein, abandonnés de leurs amis d’hier, que vont alors faire les Kurdes? Se plier à un destin funeste? Redevenir, sous la contrainte des « Irakiens », ce fantôme de nation, cette chimère sanglante? Rentrer dans l’ombre, retourner dans les montagnes dont nul, ­jamais, n’a pu les chasser? Va-t-il, ce peuple fier qui rêvait de prospérité et de modernité, qui vivait à l’heure de la démo­cratie, qui en avait assez de devoir vivre les armes à la main contre d’éternels ennemis, retrouver sa flamme et reprendre sa marche séculaire vers la liberté?

Ce peuple est un ami de la France. Il a reçu, depuis tant d’années, le témoignage répété de notre admiration et de notre gra­titude. Quand tous se détournent de lui, nous nous devons d’être fidèles à cette histoire de liberté et de grandeur. Nous avons, nous, Français, héritiers de Voltaire, de Gambetta, de Zola, de Dreyfus, de Jean Moulin, un ­peuple proche de nous et qui s’est inspiré de nous; sa flamme – la ­Fondation Danielle Mitterrand, qui contribue à nous rassembler, est là pour en témoigner – a été aussi, un peu, la nôtre et fait partie de l’histoire de la France et de Paris.

Ne laissons pas s’éteindre en nous la flamme du Kurdistan. Demandons le retrait des troupes irakiennes et des milices iraniennes qui les appuient sur la ligne où elles se trouvaient avant le référendum du 25 septembre. Exigeons l’arrêt des exactions, des pillages, des assassinats ciblés ou collectifs qui ravagent, depuis que les milices l’ont envahie, la ville de Kirkouk ainsi que ses environs.

Plaidons pour que la coalition internationale, qui a combattu face à l’organisation Etat islamique au coude-à-coude avec les combattants irakiens mais aussi kurdes, impose sa médiation aux frères d’armes lancés, aujourd’hui, dans une guerre ruineuse pour tous.

 

Caroline Fourest est journaliste et essayiste Anne Hidalgo est maire de Paris Bernard Kouchner est ancien ­ministre des affaires étrangères Bernard-Henri Lévy est philosophe et membre du conseil de surveillance du « Monde » Kendal Nezan est président ­de l’Institut kurde de Paris Manuel Valls est ancien premier ­ministre

La défense honteuse d’Edwy Plenel (et de Mediapart)

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Non content d’avoir promu un prédicateur fondamentaliste misogyne (« c’est un intellectuel respectable »,  » je le lis, je l’écoute, je ne vois pas d’ambiguïtés »), tout en faisant passer ceux qui enquêtaient et alertaient pour des racistes (« Mélange de peur, d’ignorance et de préjugé, l’excommunication politicienne de Tariq Ramadan déshonore la France »), voilà donc qu’Edwy Plenel amalgame la couverture de Charlie Hebdo à une « affiche rouge » nazie et ceux qui critiquent son aveuglement idéologique à de la « haine »… Or c’est bien cet aveuglement, et non d’avoir tu des viols sans plaintes ou preuves, qui pose question. Au lieu d’admettre que ceux qui dénonçaient sa duplicité avaient raison, Mediapart continue de s’en prendre aux lanceurs d’alerte (sa revue dénonce les « ambiguïtés » d’Elisabeth Badinter). Quand il ne parle pas de « croisade » à propos de l’affaire Ramadan ou de mes alertes. Honteux.

Caroline Fourest

Capture d’écran 2017-11-08 à 08.08.18.pngQuelques souvenirs..

Et une petite vidéo.

Mais la SDJ de Mediapart a aussi quelque chose à dire…

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Pour revoir ce moment, stupéfiant.

 

 

Avec Tariq Ramadan, ce n’est jamais sa faute

Aux abois, Tariq Ramadan ne sait plus quoi inventer. Ainsi donc, après le complot « sioniste international » (selon un post de son lieutenant qu’il a relayé), ce serait un complot « Fourest »… Son avocat annonce porter plainte contre moi pour « subornation de témoin »… Pour avoir rencontré des victimes en 2009, soutenu l’une de celles qui voulaient porter plainte et avoir respecté son choix quand elle a renoncé après avoir reçu des menaces ! On résume. L’extrême droite veut me poursuivre parce que je n’ai rien dit mais Tariq Ramadan, lui, veut me poursuivre parce que j’ai dit.
Quel rapport avec le début de toute cette affaire et Henda Ayari ? Je l’ai découverte, comme tout le monde, lorsqu’elle a fait savoir qu’elle portait plainte pour des faits datant de 2012. Dans la mesure où c’est « balance ton porc » et le courage des actrices ayant dénoncé Weinstein qui lui a donné cette force, je propose une autre théorie à nos amis ramadiens… Et si c’était — en fait — un « complot antisioniste international » ? Cela ferait de Tariq Ramadan, lui-même, un complot sioniste ! Bon sang mais c’est bien sûr ! Un jour, il faudra que Monsieur Ramadan accepte qu’il est responsable de ses actes. Et que ses actes ont des conséquences. Tout simplement.

The double life of Tariq Ramadan

It has taken me years to reveal the double-talk of the controversial Islamic speaker Tariq Ramadan.

Since 2009 I have known that he has also led a double life, contradicting his many sermons on the « Islamic conception of sexuality. » Yet I could not write what I knew. The most serious facts could not be revealed without strong evidence, without a victim filing a complaint. Other facts were deeply troubling, revealing a hypocritical and misogynistic pathology, but I wanted to respect the principle of the right to privacy.  I had enough evidence to demonstrate the duplicity of Tariq Ramadan without entering such a sordid area. But I did, however, alert colleagues and even lieutenants of Ramadan. Nothing happened.

The preacher’s groupies continued to quote him as a reminder that sex outside marriage was haram. It made me smile as I listened to his Puritan sermons about temptation and the duty of chastity. Like the tape on « the great sins, » where he gets carried away against men daring to swim in mixed pools: « You go there and inevitably it attracts you!

In this sermon, he urges his flock to ask for « places where it is healthy, » meaning single-gender pools. The tone of these tapes is not that of Tariq Ramadan’s polished performances on TV, but that of a preacher obsessed with sexuality, betraying a more personal neurosis.When I think of all the fundamentalist Christian or Islamist preachers I have investigated, I do not think I have ever come across a man who had a balanced sex life or simply conformed to what he preached. The world is full of homophobic televangelists with homosexual relations, pedophile priests and Islamist sex predators.

In the case of Tariq Ramadan, it seems that we are dealing with a behavior similar to that of the disgraced Hollywood producer Harvey Weinstein, perhaps more violent. If I write these words today, which under French law could lead to prosecution for defamation, it is because a woman, Henda Ayari, has had the courage to file a complaint for rape, sexual assault, harassment and intimidation . Of course, Tariq Ramadan denies her charges and will file a lawsuit against her.

On social media one of his loyal lieutenants already sees the work of an « international Zionist » plot . His fans accuse the victim, a repentant Salafist, of lying and wanting to promote herself (which, as everyone knows, is tempting). I have not met her. But what I can say is that her precise and terrifying story is very similar to what four other women have told me.

It was in 2009, on the eve of my debate with Tariq Ramadan on TV. The French press had announced the debate. A first woman contacted me to tell me what she had experienced. I was suspicious. A false testimony to push me into making a mistake? With Tariq Ramadan anything is possible. At first I did not answer. Her messages became increasingly detailed. To clarify the situation I ended up seeing her. She showed me text messages and pictures that confirmed her allegations against Ramadan. She also put me in touch with other girls. They had experienced the same events: a request for religious advice had turned into a compulsive sexual relationship, very violent and very humiliating, before ending in threats. One of them had been subjected to such violence that it warranted prosecution. I presented her to a judge. But she feared Tariq Ramadan too much. She thought she was being followed. She was clearly too fragile to persevere.

My conscience refused to force her to take action that I feared would make her more vulnerable. I am well-placed to know the violence of the networks of the Muslim Brotherhood when one stands up to « brother Tariq. » I can hear the sermonizers joking about « everyone knowing and no one saying anything. » They cannot imagine the storm which would have engulfed this young woman if she had dared to break the omerta at the time. Now that Henda Ayari has had this courage, the situation has changed. My duty is to invite all those who can testify to do so, either in the press or at his trial. We must not abandon her.  We must not leave her to confront the pack alone.

Caroline Fourest is renowned in France for her books against extremists from the right-wing National Front to Islamists. In 2004, she wrote a book in which she demonstrates for the first time the double-speech of Tariq Ramadan, « Brother Tariq » (Encounter Books).

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La double vie de Tariq Ramadan

 

Il m’a fallu des années pour démontrer le double discours de Tariq Ramadan.

Depuis 2009, je savais qu’il menait aussi une double vie, à l’opposé de ses nombreux sermons sur la « conception islamique de la sexualité ». Pourtant, je n’ai pas pu l’écrire. Les faits les plus graves ne pouvaient être révélés sans preuves solides, sans qu’une victime porte plainte. D’autres, bien que révélateurs d’une pathologie aussi hypocrite que misogyne, relevaient de sa vie privée. J’avais suffisamment d’éléments à charge démontrant la duplicité de Tariq Ramadan pour ne pas aller sur ce terrain-là. Mais j’ai alerté des confrères et même des lieutenants de Ramadan. Rien ne se passait.

Les groupies du prédicateur continuaient de le citer pour rappeler que les relations sexuelles hors mariage étaient haram. Je souriais en écoutant ses sermons puritains sur la tentation et le devoir de chasteté. Comme cette cassette sur « les grands péchés », où il s’emporte contre les hommes osant se baigner dans des piscines mixtes : « Tu vas là-bas et forcément ça t’attire ! » Dans ce prêche, il presse ses ouailles à « militer » pour des « lieux où c’est sain », entendez des piscines non mixtes. Le ton de ces cassettes n’est pas celui du Tariq Ramadan policé des plateaux de télévision, mais celui d’un prédicateur obsédé par la sexualité. Ce qui trahit toujours une névrose plus personnelle.

Quand je fais le bilan de tous les prédicateurs intégristes, chrétiens ou islamistes sur lesquels il m’est arrivé d’enquêter, je ne crois pas être tombée une seule fois sur un homme menant une vie sexuelle équilibrée, ou simplement conforme à ce qu’il prêchait. Le monde regorge de télévangélistes homophobes ayant des relations homosexuelles, de prêtres pédophiles et de prédateurs sexuels islamistes.

Dans le cas de Tariq Ramadan, il semble que nous soyons face à un comportement digne de Harvey Weinstein, en peut-être plus violent. Si j’écris cette phrase aujourd’hui, alors qu’elle pourrait me coûter un premier procès du principal intéressé, c’est parce qu’une femme, Henda Ayari, a eu le courage de porter plainte pour viol, agression sexuelle, harcèlement et intimidation. Bien sûr, Tariq Ramadan nie et va l’attaquer. Sur les réseaux sociaux, l’un de ses fidèles lieutenants y voit déjà un complot « sioniste international ». Ses fans accusent la victime, une salafiste repentie, de mentir et de vouloir se faire de la publicité (enviable comme chacun sait). Je ne l’ai pas rencontrée. Mais ce dont je peux témoigner, c’est que son récit, précis et terrifiant, ressemble énormément à celui de quatre autres femmes que j’ai rencontrées

C’était en 2009, à la veille de mon fameux débat avec Tariq Ramadan chez Frédéric Taddeï. La presse l’avait annoncé. Une première femme m’a contactée pour me dire ce qu’elle avait vécu. Je me méfiais. Un faux témoignage pour me pousser à la faute ? Avec Tariq Ramadan, il faut toujours s’attendre à tout. Au début, je n’ai pas répondu. Ses écrits devenaient précis. Pour en avoir le cœur net, j’ai fini par la voir. Elle m’a montré des SMS puis des photos édifiantes. Elle m’a également mise en relation avec d’autres filles. Toutes avaient vécu à peu près la même histoire. Une demande de conseil religieux transformé en relation sexuelle compulsive, parfois consentie, souvent violente et très humiliante, avant de finir en menaces. L’une d’elles avait subi un traitement pouvant faire l’objet d’une plainte. Je l’ai présentée à un juge. Mais Tariq Ramadan lui faisait trop peur. Elle se sentait suivie. Elle était clairement trop fragile pour persévérer. Ma conscience refusait de la pousser sur un chemin dont je craignais qu’elle ne sorte déchiquetée. Je suis bien placée pour connaître la violence des réseaux des Frères musulmans quand on tient tête à « frère Tariq ». J’entends des donneurs de leçons se gausser sur le mode « tout le monde savait et n’a rien dit ». Ils sont loin d’imaginer la tornade qui se serait abattue sur cette jeune femme si elle avait osé briser l’omerta à l’époque. Maintenant que Henda Ayari a eu ce courage, c’est différent. Mon devoir est d’inviter toutes celles qui le peuvent à témoigner. Dans la presse ou à son procès. Pour ne pas l’abandonner, seule, face à la meute.

Caroline Fourest

Marianne