To know more about Caroline Fourest work.

Hello to all of you. Here are links to my articles in different languages. A big thank you the fantastic translators who worked to make this work accessible. Some blogs are more provided than others.All goodwill to translate are welcome.

Caroline Fourest

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Bonjour à toutes et à tous.

Voici des liens renvoyant à mes articles en différentes langues.
Un grand merci aux fantastiques traducteurs qui ont travaillé pour rendre ce travail accessible. Certains blogs sont plus fournis que d’autres.
Toutes les bonnes volontés pour traduire sont les bienvenues.

Caroline Fourest

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Une Censure victimaire

Hier encore, des intégristes mettaient des œuvres à l’Index au nom du blasphème. Le nouveau péché, aux yeux de la gauche identitaire, s’appelle l’« appropriation culturelle ». La France résiste. L’exposition « Exhibit B » sur les « zoos humains » a bien eu lieu, mais sous protection policière. Le spectacle inspiré par le dernier livre de Charb a bien été vu, mais il faut veiller sec pour que le courage tienne. Malgré la polémique, la pièce Kanata a connu ses premières représentations sur les planches du Théâtre du Soleil, grâce à la ténacité légendaire d’Ariane Mnouchkine. L’agression contre la troupe qui voulait jouer les Suppliantes, d’Eschyle, à la Sorbonne, a fait la quasi-unanimité contre elle. Jusqu’à quand ?

Aux Etats-Unis, en Angleterre ou au Canada, la censure victimaire aurait mis à bas ces expositions et ces pièces. Même en France, elle gagne la nouvelle génération à une vitesse stupéfiante. La dérive de l’Unef n’est qu’une alerte parmi d’autres. Dans le dossier consacré aux « obsédés de la race » dans Marianne (no 1152, du 12 avril 2019), Etienne Girard a très bien décrit la « guerre des facs » qui se joue en coulisse, au sein de la sociologie notamment. Les universalistes l’ont perdue.

A l’Ehess, à Paris-VIII, à l’Ecole normale supérieure, la norme est désormais d’appartenir à cette gauche identitaire, anti-Charlie, fan des indigènes de la République, férue de ségrégation entre « racisés » et « non-racisés », de procès d’intention en « islamophobie » et de mises à l’index en « appropriation culturelle ». Chez eux, la « lutte des races » a remplacé la lutte des classes. L’ennemi bourgeois s’appelle l’universalisme laïque, jugé raciste. Soumis à l’impérialisme culturel, ils importent des concepts anglo-saxons simplistes et grossiers. Un politiquement correct excessif qui n’est pas loin d’expliquer, par retour de bâton, le succès d’un Donald Trump. Ce qui nous pend au nez. Dans la Dictature des identités, Laurent Dubreuil décrit parfaitement cette dérive de la « politique de l’identité » *, ses dégâts sur la gauche et les campus. Les études de genre, les études décoloniales, m’ont fait rêver il y a quelques années. Depuis, ces cursus ont tourné au ghetto culturel. Pas tous. Certains continuent de forger un esprit critique permettant de déconstruire les processus de domination de façon universelle. D’autres se sont enfermés dans ces catégories qu’ils devaient dénoncer, par goût de l’entre-soi et de l’« authenticité », au point de refuser le mélange et le débat intellectuel.

Aux Etats-Unis et au Canada, les professeurs sont terrorisés à l’idée d’aborder certains sujets devant leurs étudiants, capables de les faire virer à la moindre remarque « insécurisante » pour leur identité. Ils doivent prévenir à l’avance leurs élèves, de vrais clients, s’ils comptent aborder des œuvres pouvant comporter des contenus potentiellement « offensants » ou des « microvexations ». Comme Gatsby le Magnifique qui évoque le suicide et contient des scènes de violences sexuelles explicites. Les élèves redoutant que cette littérature ne réveille leurs démons peuvent demander à ne pas assister au cours. Ils se « retirent » alors dans des safe space, avec conseillers psychologiques, ou entre étudiants de la même identité, parfois entre croyants pour prier. De vrais chérubins, protégés de l’altérité et de l’esprit critique par la grâce de l’université !

Oubliez les débats contradictoires. Le moindre intervenant proposant une autre approche, jugée en soi offensante, est souvent agressé, voire désinvité. Ne parlons pas des programmes pouvant tomber sous le coup de l’« appropriation culturelle ». A l’université d’Ottawa, un cours de yoga gratuit a été retiré du programme à la demande d’étudiants handicapés… qui s’inquiétaient de s’approprier la pratique d’un pays « ayant subi le colonialisme occidental ». Ne riez pas. Ou si, plutôt, riez. Dans dix ans, vous ne pourrez plus.

Caroline Fourest 

Marianne

26/4/2019

 

*Gallimard. Lire l’article dans Marianne no 1151, du 5 avril 2019.

 

Abandonnés par Trump et Poutine, les Kurdes de Syrie se tournent vers Paris



Donald Trump les a lâchés pour rapatrier ses « boys » au plus vite. Poutine leur préfère le dictateur Syrien. La France comprend leur rêve d’un avenir à la fois démocratique et laïque.

Ce matin, c’est donc à Paris, capitale d’un pays qui a toujours été fidèle aux Kurdes, qu’une délégation du Rojava est venue chercher du soutien. Elle était notamment composée de Leila Mustafa (la maire de Raqqa, qui gère la ville avec un courage inouï), d’Asrin Abdallah (porte-parole des combattantes Kurdes du YPJ) et d’Abd El Mehbach, co-président de l’administration autonome du Nord de la Syrie.

Nous les avons rencontrés juste après leur rencontre avec le président français, à l’initiative de Patrice Franceschi et de Khaled Issa, qui représente le Rojava en France.  A les entendre, Emmanuel Macron a renouvelé sa volonté de les aider militairement et financièrement. C’est l’intérêt de la France si elle veut stabiliser et sécuriser ce pays, où sont désormais gardés 6000 jihadistes de 54 nationalités, dont de nombreux Français.

Si nous ne voulons pas les rapatrier, la seule solution passe par la reconnaissance de l’autonomie judiciaire du Rojava. C’est ce qu’à demandé son représentant : « Nous demandons le soutien pour la création d’un tribunal qui permettent de juger ces mercenaires conformément au droit international ».

Sans cette solution, le sort de la Syrie et de ses prisonniers se jouera entre les griffes d’Erdogan et de Bachar El Assad. Le premier les laissera filer. Le second nous rendra complice de crimes contre l’humanité. L’Amérique comme la Russie jouent avec ce feu, et avec notre sécurité à tous. Si elle existait au lieu d’imploser, l’Europe pourrait y résister et sauver l’honneur. En son cœur, la France doit continuer à soutenir la voie Kurde, la seule à montrer un peu de lumière.

Caroline Fourest

Essayiste et réalisatrice de Soeurs d’Armes*

*Une épopée, un film de guerre. Zara, Yézidie, échappe à son bourreau jihadiste, et rejoint une brigade de femmes venues se battre aux côtés des Kurdes. 

Que faire de nos djihadistes ?

A part leurs familles, et encore, personne n’a envie de les voir revenir. Nos gouvernants n’ont négligé aucun effort, ni drones, ni opérations spéciales, pour éliminer un maximum de terroristes en Irak et en Syrie.

C’est une chose d’abattre un ennemi en plein conflit. C’en est une autre de tirer une balle dans la tête d’un prisonnier. Le premier est un fait d’armes. Le second est un crime de guerre. Cette frontière – que la perversité djihadiste nous pousse constamment à brouiller – sépare la sauvagerie de l’humanité. Nous n’avons pas gagné cette guerre contre la barbarie pour devenir des monstres.

De combien de prisonniers parlons-nous ? Cent trente, selon des fuites dans la presse. Le gouvernement reste vague. La ministre de la Justice a simplement précisé qu’il s’agissait en majorité de femmes et d’enfants.

Beaucoup ont moins de 7 ans. Ce chiffre et cette proportion risquent d’évoluer. La dernière poche de l’Etat islamique se vide et se rend. Un grand nombre de combattants étrangers y sont retranchés. Il faut s’attendre à une centaine de prisonniers français, adultes et fanatisés, dans les jours qui viennent. Un vrai casse-tête. Et un boulet.

Il serait commode de laisser nos alliés kurdes et arabes continuer à s’en charger. Cela peut-il durer ?

La situation devient très instable depuis que Trump menace de retirer ses troupes de Syrie, même après ses temporisations. En cas d’invasion turque du nord de la Syrie, « nos » djihadistes peuvent se retrouver entre les mains d’Erdogan. Un homme particulièrement doué pour les recycler ou les perdre dans la nature.

La situation n’est pas la même en Irak. Un Etat reconnu, où les djihadistes peuvent être jugés et emprisonnés. Il arrive d’ailleurs que certains prisonniers interpellés en Syrie « s’égarent », avant d’être arrêtés en Irak. Un arrangement pratique pour les plus redoutables, qui ne peut devenir la règle, ni concerner un groupe d’enfants.

La solution idéale serait de reconnaître l’autonomie juridique du Rojava, cette poche du nord de la Syrie libérée par nos alliés kurdes et de la protéger contre le risque de l’invasion turque.

Une justice reconnue, honorable et fiable, pourrait alors statuer et détenir ces prisonniers en toute légalité. Qui sait, ce séjour prolongé finirait par leur donner le mal du pays.

Ce scénario est encore possible. Si la communauté internationale, si Donald Trump et si Vladimir Poutine le voulaient vraiment, on pourrait y arriver. Mais le monde tremble devant le pouvoir de nuisance de la Turquie et de l’Iran dans la région. Deux pays qui préféreront toujours les islamistes aux Kurdes à leurs portes.

A cause d’eux, nous devons nous préparer au pire : rapatrier certains prisonniers. Une fois devant un tribunal français, ils jureront n’avoir jamais combattu. Les hommes disent déjà s’être engagés comme humanitaires et les femmes, pour faire la cuisine. Faute de preuves, il sera très difficile de les enfermer pour longtemps. Une juridiction spéciale est possible, mais risque de les faire passer pour des martyrs. On entend déjà la colère des associations défendant les droits de l’homme. Il en faut. Pourtant, à la moindre libération anticipée, au premier attentat commis par un récidiviste, nous connaissons la sentence. Il ne sera plus question de « déchéance de la nationalité » mais bien de rétablir la peine de mort… à l’issue d’un référendum institutionnel ou d’un RIC – qu’entre-temps nous aurons adopté.

Dans tous les cas, c’est l’enfer. Si on les libère, ces djihadistes vont parader et tuer. Si on les enferme, ils radicaliseront les autres prisonniers. Si on les isole, ils vont devenir fous, nous coûter une fortune, et nous ne pourrons jamais les réinsérer.

Que faire alors ? Aucune solution n’est parfaite. Il faut l’accepter et s’y préparer. Faire confiance à la justice pour statuer au cas par cas. Mettre en place des programmes de désendoctrinement taillés sur mesure, à l’aide d’une armée de stratèges et de psys. Le risque d’échec est probable. Cette faillibilité, c’est le propre d’une démocratie. Et c’est notre honneur. Nos ennemis veulent que nous leur ressemblions. Nous pousser à agir comme des monstres leur permet de se plaindre, de recruter et de faire pousser une nouvelle génération de tueurs. Une fournée plus nombreuse et redoutable que quelques récidivistes. L’anticiper, c’est déjouer le piège qu’ils nous tendent.

PAR CAROLINE FOUREST
8 février 2019

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Violence et nécessité du débat sur la GPA

Il y a des débats plus intimes que d’autres. Dans ce pays passionné, il arrive qu’on s’écharpe sur la création d’une taxe ou la piétonnisation des voies sur berges. Quand il s’agit du droit ou non d’avoir des enfants, un seul terme, une seule comparaison, même froidement pesée, peut s’avérer d’une grande violence pour les familles concernées. Et, pourtant, cette discussion citoyenne doit avoir lieu. Sans peur ni tabous.

Le livre de Marc-Olivier Fogiel, Qu’est-ce qu’elle a ma famille ?, a l’immense mérite de poser la question de la GPA de façon sensible, humaine et incarnée. L’auteur a longuement hésité. On le comprend. Il faut du courage pour exposer ainsi ce qui vous est le plus cher au monde, vos deux petites filles, votre famille, au regard inquisiteur. Qu’il en soit remercié.

Le plus dur est de rester patient, de garder ses nerfs, en entendant les autres vous disséquer comme un animal de foire, vous et vos enfants, du haut de leur «neutralité». Et pourtant, il le faut. Car nous vivons ensemble. Car ces débats regardent la société. Si l’avis des principaux intéressés doit compter, tout avis opposé ne peut être disqualifié en l’accusant d’«homophobie».

Certes, il est assez douteux de refuser aux autres le droit de se marier, juste pour maintenir un ordre où l’hétérosexualité reste privilégiée. Comme il est perturbant de refuser à une lesbienne le droit de tomber enceinte grâce à un don de sperme alors que cette pratique existe depuis des décennies pour les femmes stériles, y compris célibataires dans certains pays, sans émouvoir outre-mesure. En revanche, la GPA soulève une émotion légitime.

Contrairement à la PMA, qui n’engage que son corps, la gestation pour autrui suppose d’utiliser le corps d’une autre pour devenir parent. Ce n’est pas anodin. Porter un enfant dans son ventre exige neuf mois, précédé d’un long processus médical. Un trajet qui peut bouleverser le corps comme le mental. Surtout si la société continue de sacraliser le processus de l’enfantement. Ce n’est pas un hasard si les femmes américaines qui se portent volontaires pour porter les enfants des autres sont plutôt croyantes. Sans doute croient-elles rejouer la Vierge Marie, la première à avoir montré l’exemple en matière de GPA… On peine à comprendre leur vocation. Elle ne peut pas se résumer à une simple «formalité».

La motivation des femmes en Inde est clairement plus sinistre. Gagner de quoi sortir de la misère. Dans le premier cas, celui des «GPA éthiques» réalisées aux Etats-Unis, les mères porteuses signent un contrat. Elles sont suivies, et peuvent changer d’avis. Dans le cas des «usines à bébé» qui tournent dans les pays plus pauvres, on frôle l’esclavage. C’est d’ailleurs cette pauvreté et ce manque de régulation qui devraient choquer les opposants à la «marchandisation du corps». Et non le fait qu’un couple puisse payer jusqu’à 150 000 € aux Etats-Unis pour s’assurer que cette grossesse se passe dans de bonnes conditions médicales. Le plus choquant n’est pas que seuls des couples riches puissent avoir recours à la GPA, mais le fait que les mères porteuses soient si peu payées. Même aux Etats-Unis, elles ne touchent que 10 % de la somme versée.

Imaginons qu’une loi appliquée partout interdise aux mères porteuses de porter l’enfant d’une autre plus d’une fois dans leur vie… Les Américaines seraient protégées contre l’abus de leur générosité. Les femmes pauvres seraient davantage en position de force pour négocier de quoi les sortir, une fois pour toutes, de la misère.

On peut lever les yeux au ciel, condamner l’existence de la GPA au nom de la morale ou de la «marchandisation du corps», selon que l’on soit conservateur, féministe ou postmarxiste, cela n’y changera rien. A moins de généraliser le droit à l’adoption et d’en simplifier l’accès, des couples hétéros ou homos ne voyant aucune autre solution continueront à former leurs familles sans demander l’avis des autres. On ne peut les blâmer. La seule question qui vaille est de savoir si nous continuons à transformer leurs enfants nés de GPA en bâtards «sans papiers». Ou si nous cherchons une façon humaine et juste d’encadrer cette pratique sans les faire payer.

Caroline Fourest
Marianne, 2 novembre 2018

Frère Tariq, vrais mensonges et faux complot

Même en prison, affaibli et démasqué, frère Tariq continue de manipuler les plus crédules. On connaît sa technique de défense habituelle. Chaque fois qu’il est mis devant ses contradictions ou qu’il doit répondre de ses actes, Tariq Ramadan crie au complot. Au choix, «sioniste», «islamophobe» ou «fourestien». Depuis que des femmes l’accusent ouvertement de viol, toute la gamme y est passée. C’est bien normal. Que peut-il crier d’autre ? Ce qui l’est moins, c’est la facilité avec laquelle ses ruses trompent la presse. Il aura suffi qu’il se rende à sa convocation en civière et que ses avocats annoncent une «sclérose en plaques» pour qu’une certaine presse le dise mourant. Comme si Tariq Ramadan n’était pas coutumier de ces mises en scène, victimaires et hystériques. Après trois jours de théâtre, une expertise médicale indépendante a jugé son état de santé «compatible avec sa détention». Un bilan neurologique complet a été demandé. Ce qu’il n’avait donc jamais fait…

Attendons ses résultats.

Ce dont je suis sûre, sans la moindre expertise médicale, c’est que la tête et la plume de certains «journalistes» présentent des symptômes inquiétants chaque fois qu’ils reprennent, sans vérifier ni recouper, ses éléments de langage. Alors que j’étais bien loin de cette affaire et de France, j’ai lu un titre qui m’aurait sans doute fait moins rire dans un paysage moins beau : «Affaire Tariq Ramadan : de troublants soupçons de collusion impliquant Caroline Fourest». L’article, non signé, est paru sur le HuffPost Maghreb. Un ramassis de désinformations quand on connaît précisément les faits et leur enchaînement.

En réalité, l’enquête établit que les accusatrices de Ramadan ne se sont pas parlé au cours des six mois précédant l’affaire. L’article l’admet : «Selon un procès-verbal dont l’AFP a eu connaissance, les relevés téléphoniques ne font apparaître aucun contact direct entre Henda Ayari et Christelle entre le 6 mai et le 6 novembre 2017.» Cette information de taille dément catégoriquement la version complotiste de Tariq Ramadan. Elle pourrait justifier un titre comme : «L’enquête ne révèle aucune collusion entre les plaignantes accusant Tariq Ramadan de viol». Bizarrement, ce n’est pas ce que retient le HuffPost Maghreb, qui préfère ajouter : «En revanche, ils montrent des communications fréquentes de chacune avec la ligne de Fiammetta Venner, une intime de Mme Fourest (116 fois pour Christelle et 156 pour Mme Ayari), sur cette même période de six mois.» Un petit «en revanche» qui vient en écho au choix d’un titre accusateur : «De troublants soupçons de collusion impliquant Caroline Fourest».

Je ne vous dis pas la fête sur les réseaux sociaux ramadiens. En trois secondes, les voilà passés du complot juif au complot lesbien !

Le tout petit détail que cet article hasardeux oublie de préciser, et qui change tout, c’est que ces nombreux coups de fil et surtout SMS échangés avec Henda Ayari et «Christelle» ont eu lieu après et non avant le déclenchement de l’affaire : entre le 20 octobre et novembre… Pour les interviewer et les soutenir face au déluge de haine ! Quant au mystérieux complot lesbien, le nom de Fiammetta Venner n’apparaît dans la procédure que parce que ma ligne téléphonique est à son nom. Triste réalité fusionnelle, qui décevra les grands paranoïaques.

Certains ne sont plus dupes si l’on en juge par le bide des soirées organisées pour soutenir Tariq Ramadan. A Casablanca, les réseaux du PJD avaient prévu une salle de 400 personnes. Il n’en est venu que 40. Quant aux intervenants annoncés, la moitié d’entre eux ont démenti avoir donné leur accord pour cette soirée. Au pays des aveugles, les borgnes finissent parfois par ouvrir les yeux.

Caroline Fourest
Marianne 23/2/18