La bande-annonce de « Soeurs d’Armes » !

Comme un avant-goût… La bande-annonce de « Soeurs d’Armes » !  vient de franchir les 700 000 vues en quelques heures . Merci… Continuez à faire tourner ! Et rendez-vous le 9 octobre au cinéma.

Deux jeunes françaises, Kenza et Yaël, rejoignent une brigade internationale partie se battre aux côtés des combattantes Kurdes. Leur quête croise celle de Zara, une rescapée Yézidie. Issues de cultures très différentes mais profondément solidaires, ces Sœurs d’Armes pansent leurs blessures en découvrant leur force et la peur qu’elles inspirent à leurs adversaires.

Un film de Caroline Fourest

Avec Dilan Gwyn, Amira Casar, Camélia Jordana, Maya Sansa, Esther Garrel, Nanna Blondell, Korkmaz Arslan, Noush Skaugen, Mark Ryder, Youssef Douazou, Filip Crine, Pascal Greggory, Roda Canioglu, Darina Al Joundi, Shaniaz Hama Ali, Roj Hajo, Mouafaq Rushdie

 

Sisters in arms is the history of an international brigade of female volunteers inside the Kurdish Resistance joigned a by a young Yazidi kidnapped and sold as a slave who managed to escape.

Director: Caroline Fourest

Writer: Caroline Fourest

Cast: Dilan Gwyn, Amira Casar, Camélia Jordana, Maya Sansa, Esther Garrel, Nanna Blondell, Korkmaz Arslan, Noush Skaugen, Mark Ryder, Youssef Douazou, Filip Crine, Pascal Greggory, Roda Canioglu, Darina Al Joundi, Shaniaz Hama Ali, Roj Hajo, Mouafaq Rushdie

 

#sistersinarms #soeursdarmes

To know more about Caroline Fourest work.

Hello to all of you. Here are links to my articles in different languages. A big thank you the fantastic translators who worked to make this work accessible. Some blogs are more provided than others.All goodwill to translate are welcome.

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Bonjour à toutes et à tous.

Voici des liens renvoyant à mes articles en différentes langues.
Un grand merci aux fantastiques traducteurs qui ont travaillé pour rendre ce travail accessible. Certains blogs sont plus fournis que d’autres.
Toutes les bonnes volontés pour traduire sont les bienvenues.

Caroline Fourest

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Le tournant laïque d’Emmanuel Macron ?

 

Alors que ses annonces ont déçu sur le plan social, le président de la République a tenu un discours régalien qui a le mérite de clarifier sa position sur la laïcité : « La loi de 1905 est notre pilier, pertinente, fruit de bataille. Elle doit être renforcée et appliquée. » Il a même nommé ceux qui la menacent : « Aujourd’hui, nous ne devons pas nous masquer : quand on parle de laïcité, on ne parle pas vraiment de laïcité mais du communautarisme qui s’est installé dans certains quartiers de la République. […] On parle des gens qui au nom d’une religion poursuivent un projet politique, celui d’un islam politique qui veut faire sécession avec notre République. »

Il n’en fallait pas plus pour que La France insoumise y voie un clin d’œil à l’extrême droite. Un amalgame dangereux, entre vigilance laïque et racisme. L’appel du pied se trouve plus loin. Lorsque le président a annoncé un débat annuel sur l’immigration. Comme s’il n’avait pas lieu toute l’année et ne partait pas déjà dans tous les sens. Sur la laïcité, au contraire, la clarté présidentielle a le mérite de couper l’herbe sous le pied des extrémistes. Ce n’était peut-être pas le lieu, ni le moment, plutôt celui de répondre aux « gilets jaunes ». Mais, comme il doit rassembler les républicains des deux rives, ceux qui seront toujours du parti de la République face au chaos, ce n’était pas superflu. D’autant que le président les inquiétait sur ces sujets.

Pendant sa campagne et les premiers mois de son mandat, il a plus souvent dénoncé la « radicalisation » de la laïcité que celle des intégristes. Tout en encourageant l’Eglise à « aller au bout de sa vocation », y compris sur les questions temporelles, il n’a cessé de minimiser les atteintes à la laïcité. Jusqu’à redouter un « réveil laïque qui tend à faire du camp laïque une religion ». Une approche qui pouvait donner le sentiment d’hésiter entre la « laïcité d’ouverture » façon Paul Ricœur et la « laïcité ouverte » façon Jean Baubérot. Le discours de l’autre soir marque un coup d’arrêt, en levant cette ambiguïté. Dans son discours aux intellectuels, quelques semaines plus tôt, Emmanuel Macron avait déjà pris le temps de dessiner une vision plus précise des enjeux de la séparation. En expliquant qu’il croyait à la laïcité comme « cadre » et non comme « religion ». Tout en précisant qu’il ne voulait ni l’ouvrir ni la fermer : « La laïcité n’a pas d’adjectif. » Ce qui va toujours mieux en le disant. Le vrai tournant est ailleurs. Il n’est pas philosophique mais politique.

Tant qu’il devait se démarquer de Manuel Valls, Emmanuel Macron insistait beaucoup sur le risque d’une certaine radicalisation de la laïcité. Il existe. Lorsque certains veulent aller jusqu’à interdire le voile à l’université, sur la plage ou dans la rue. Ce que le président a raison de refuser. Son tort était de minimiser la montée de l’intégrisme et le recul, bien réel, de la sécularisation. Cette cécité semble cesser.

Lors de cette rencontre avec des intellectuels, Emmanuel Macron s’est alarmé de voir des enfants juifs quitter l’école publique par peur de l’antisémitisme. Il a nommé le défi du « communautarisme », porté par des groupes « qui ont une vision très conservatrice et de type politique de l’islam », comme « les frères musulmans ou les salafistes ».

Un danger pris au sérieux : « Toute immixtion dans ce qui est de l’ordre de l’Etat ou de l’organisation d’une société du fait de la religion ne peut être acceptée. » C’est notamment le cas lorsqu’un « islam consulaire » s’immisce dans nos affaires au point d’entraver l’intégration. « Pour se parler franchement, a ajouté le président, nous avons un vrai sujet avec la Turquie. » Une alerte qui a du cran.

C’est un bon point, assurément. Cette clarification va rassurer les républicains des deux rives. Elle ne suffira pas à convaincre les républicains de gauche. Emmanuel Macron est-il vraiment déterminé à protéger les intérêts de l’Etat contre tous les particularismes, religieux ou financier ? S’il persiste à vouloir privatiser Aéroports de Paris, une entreprise de service public stratégique qui ne perd pas d’argent, son discours risque de sonner creux. Les questions régaliennes méritent, absolument, d’être réaffirmées. Elles ne peuvent masquer l’urgence de protéger l’Etat contre les intérêts privés.

Caroline Fourest

Marianne

3 mai 2019

Une Censure victimaire

Hier encore, des intégristes mettaient des œuvres à l’Index au nom du blasphème. Le nouveau péché, aux yeux de la gauche identitaire, s’appelle l’« appropriation culturelle ». La France résiste. L’exposition « Exhibit B » sur les « zoos humains » a bien eu lieu, mais sous protection policière. Le spectacle inspiré par le dernier livre de Charb a bien été vu, mais il faut veiller sec pour que le courage tienne. Malgré la polémique, la pièce Kanata a connu ses premières représentations sur les planches du Théâtre du Soleil, grâce à la ténacité légendaire d’Ariane Mnouchkine. L’agression contre la troupe qui voulait jouer les Suppliantes, d’Eschyle, à la Sorbonne, a fait la quasi-unanimité contre elle. Jusqu’à quand ?

Aux Etats-Unis, en Angleterre ou au Canada, la censure victimaire aurait mis à bas ces expositions et ces pièces. Même en France, elle gagne la nouvelle génération à une vitesse stupéfiante. La dérive de l’Unef n’est qu’une alerte parmi d’autres. Dans le dossier consacré aux « obsédés de la race » dans Marianne (no 1152, du 12 avril 2019), Etienne Girard a très bien décrit la « guerre des facs » qui se joue en coulisse, au sein de la sociologie notamment. Les universalistes l’ont perdue.

A l’Ehess, à Paris-VIII, à l’Ecole normale supérieure, la norme est désormais d’appartenir à cette gauche identitaire, anti-Charlie, fan des indigènes de la République, férue de ségrégation entre « racisés » et « non-racisés », de procès d’intention en « islamophobie » et de mises à l’index en « appropriation culturelle ». Chez eux, la « lutte des races » a remplacé la lutte des classes. L’ennemi bourgeois s’appelle l’universalisme laïque, jugé raciste. Soumis à l’impérialisme culturel, ils importent des concepts anglo-saxons simplistes et grossiers. Un politiquement correct excessif qui n’est pas loin d’expliquer, par retour de bâton, le succès d’un Donald Trump. Ce qui nous pend au nez. Dans la Dictature des identités, Laurent Dubreuil décrit parfaitement cette dérive de la « politique de l’identité » *, ses dégâts sur la gauche et les campus. Les études de genre, les études décoloniales, m’ont fait rêver il y a quelques années. Depuis, ces cursus ont tourné au ghetto culturel. Pas tous. Certains continuent de forger un esprit critique permettant de déconstruire les processus de domination de façon universelle. D’autres se sont enfermés dans ces catégories qu’ils devaient dénoncer, par goût de l’entre-soi et de l’« authenticité », au point de refuser le mélange et le débat intellectuel.

Aux Etats-Unis et au Canada, les professeurs sont terrorisés à l’idée d’aborder certains sujets devant leurs étudiants, capables de les faire virer à la moindre remarque « insécurisante » pour leur identité. Ils doivent prévenir à l’avance leurs élèves, de vrais clients, s’ils comptent aborder des œuvres pouvant comporter des contenus potentiellement « offensants » ou des « microvexations ». Comme Gatsby le Magnifique qui évoque le suicide et contient des scènes de violences sexuelles explicites. Les élèves redoutant que cette littérature ne réveille leurs démons peuvent demander à ne pas assister au cours. Ils se « retirent » alors dans des safe space, avec conseillers psychologiques, ou entre étudiants de la même identité, parfois entre croyants pour prier. De vrais chérubins, protégés de l’altérité et de l’esprit critique par la grâce de l’université !

Oubliez les débats contradictoires. Le moindre intervenant proposant une autre approche, jugée en soi offensante, est souvent agressé, voire désinvité. Ne parlons pas des programmes pouvant tomber sous le coup de l’« appropriation culturelle ». A l’université d’Ottawa, un cours de yoga gratuit a été retiré du programme à la demande d’étudiants handicapés… qui s’inquiétaient de s’approprier la pratique d’un pays « ayant subi le colonialisme occidental ». Ne riez pas. Ou si, plutôt, riez. Dans dix ans, vous ne pourrez plus.

Caroline Fourest 

Marianne

26/4/2019

 

*Gallimard. Lire l’article dans Marianne no 1151, du 5 avril 2019.

 

Notre-Dame et le brasier identitaire

Depuis l’incendie de Notre-Dame, le ciel de Paris est plus bas. Il n’y a plus de flèche pour piquer notre imaginaire, juste un vide piquant nos cœurs. Ils saigneraient à en faire déborder la Seine si les anges du feu n’avaient pas sauvé l’essentiel. Notre-Dame a tenu, grâce à tous ces bras, à ces lances, à ces regards tournés vers elle, et à ces larmes pleuvant sur elle. A l’intérieur, la croix est restée debout pour rassurer les croyants. A l’extérieur, ses cerisiers sont toujours en fleur pour ombrager les passants et couver les amants. Notre-Dame est toujours là. Notre-Dame est restée belle.

Et si, au lieu de vingt ans d’échafaudages auxquels elle était promise, nous rassemblons les fonds pour lui offrir la plus élégante des restaurations, si nous arrivons à imaginer un artifice pour couvrir ses plaies, si nous replantons tous les arbres qu’il faudra couper pour sculpter sa charpente, alors nous pourrons être fiers d’être redevenus des bâtisseurs d’éternel. Par la force d’une nation et d’un Etat laïque qui, comme le disait Hugo, ce grand amoureux de la séparation et de Notre-Dame, veille à se garder « chez lui et l’Eglise chez elle »… Sans jamais oublier que la beauté architecturale, ce patrimoine sacré, est notre maison à tous.

C’est au nom de cette séparation et de son intelligence que l’Etat laïque dépense chaque année plusieurs centaines de millions d’euros pour restaurer notre patrimoine, dont de très nombreuses cathédrales reconnues comme monuments historiques. Depuis 1905, l’Etat paye pour entretenir ces murs sans se mêler des âmes. Sans cet argent public, ces lieux tomberaient en ruine. Notre-Dame n’était pas si vaillante avant la séparation. Au moment d’écrire son roman, en 1831, Victor Hugo se lamentait devant ses « mutilations » et craignait pour elle. C’est pour réveiller les consciences qu’il a imaginé cet immense incendie dans son roman. Ses bâtisseurs lui ont donné la vie ; la littérature, cet amour profane, lui a offert l’éternité.

Qui sait si la cathédrale aurait tenu si elle n’avait pas été restaurée, pierre après pierre, depuis toutes ses années, qu’elle que soit l’étiquette ou la foi des élus. Cette permanence, à laquelle nous nous sommes habitués, n’allait pas de soi quand les églises représentaient seulement le christianisme. Aujourd’hui, le monde pleure quand une part d’elles, et donc de nous tous, s’envole en fumée. C’est la force de l’universel.

Une fois l’émotion passée, comme après les attentats, il y a toujours des voix pour tenter de briser cette communion. Des voix qui viennent des ennemis de l’universalisme. Au milieu du brasier ravageant la cathédrale, des nationalistes tentaient de nous faire croire qu’il s’agissait d’une malédiction contre l’Etat et son gouvernement. D’autres fanatiques, des trolls turcs, sont sûrs d’y voir une punition d’Allah, juste parce qu’une députée française a osé évoquer le génocide arménien lors d’une visite en Turquie ! Quelques « gilets jaunes » égarés penchent plutôt pour un complot de Macron pour détourner l’attention. Mais le plus pénible est venu d’une poignée de militants de l’Unef. Une certaine Hafsa, membre de son bureau, s’est lâchée sur Twitter : « Je m’en fiche de Notre-Dame de Paris car je m’en fiche de l’histoire de France », « Les gens ils vont pleurer des bouts de bois wal-lah vs aimez trop l’identité française alors qu’on s’en balek objectivement c’est votre délire de petits Blancs. »

Nos yeux pleuraient déjà en voyant les flammes. Ils brûlent en lisant ces tweets. Décidément, les membres de l’Unef méritent leur nouvelle réputation de talibans en culottes courtes. Quand il ne soutient pas le « hijab day » à Sciences-Po, le syndicat se bat pour faire interdire une pièce d’Eschyle à la Sorbonne parce que mettre des masques cuivrés pour raconter la tragédie des migrants – en l’occurrence des Danaïdes – serait un blackface ! Pire que les hébertistes qui brisaient les icônes pendant la Révolution, les iconoclastes d’aujourd’hui sont bigots quand il s’agit de religion et analphabètes quand il s’agit de culture. Exactement comme les identitaires racistes qu’ils dénoncent, mais à qui ils ressemblent comme des frères jumeaux sous un autre masque. A les lire, ce n’est pas seulement notre patrimoine et notre idéal universel qu’il faut protéger de leurs incendies, mais toute une culture politique qu’il faut rebâtir.

 

PAR CAROLINE FOUREST
19 avril 2019
Marianne

L’Hypocrisie du Sultan de Brunei

On a tort de moquer l’appel au boycott lancé par George Clooney, Elton John et Ellen De Generes contre les hôtels de luxe que possède le sultan de Brunei. Il ne s’adresse pas aux seuls fortunés qui ont les moyens de séjourner ou de bruncher au Meurice, au Plaza Athénée, au Principe de Savoia à Milan, au Dorchester à Londres ou au Beverly Hills de Los Angeles. La cible d’un appel au boycott est bien plus large : faire peur aux partenaires de ces établissements grâce au name and shame (« nommer et faire honte »).

George Clooney, qui a impeccablement maîtrisé sa campagne de communication, l’a expliqué d’emblée : « Après des années de pratique des régimes meurtriers, j’ai appris que vous ne pouvez pas leur faire honte. Mais vous pouvez faire honte aux banques, aux financiers et aux institutions qui font des affaires avec eux en choisissant de détourner le regard. »

En l’espace d’un appel, l’acteur américain et les stars qui l’ont rejoint ont donc réussi à braquer le regard du monde sur le sultanat de Brunei et son processus visant à instaurer la charia, à lapider les homosexuels et les adultères. L’impact a été mondial. De nombreux partenaires, comme la Deutsche Bank, ont annulé des événements prévus dans ces hôtels, soudainement moins glamour. De l’encre a coulé d’un bout à l’autre du globe. Plus personne n’ignore la radicalisation mais aussi la décadence et l’hypocrisie du sultan de Brunei.

C’est un adage qui se vérifie toujours. Ceux qui sermonnent les autres sont les plus obsédés. Comme tous les rois auparavant, les sultans sont de fieffés hypocrites. Celui de Brunei est un vrai cas d’école. Il a toujours fait semblant de pratiquer et a mis en avant l’islamité de son pays. Mais personne n’a jamais pensé qu’il y croyait. Surtout pas les centaines d’escort girls engagées par lui et son frère pour être enfermées, parfois des mois durant, dans leur harem. Plusieurs ont raconté l’indécence et la décadence qui règnent au palais. Elles ont vu le sultan et son frère partouzer et se soûler, mille et une nuits durant. Certaines fêtes ont coûté jusqu’à 25 millions d’euros. Des festivités où la cour a joué au polo avec le prince Charles, avant d’écouter un concert privé de Michael Jackson.

Le frère préféré du sultan, partenaire de toutes ses frasques jusqu’à leur brouille, a longtemps possédé un yatch baptisé du nom de la première épouse de Mahomet : Khadidja. Non, je plaisante. Il s’appelait Tétés. Ses frégates, elles, se nommaient respectivement Sein 1 et Sein 2. C’est dire si Brunei ne sait pas à quel sein se vouer… D’où vient cette soudaine poussée de fièvre puritaine ?

Depuis cinq ans, le sultan parle d’instaurer la charia à Brunei, avec toute la sévérité qui s’impose, pour punir les adultères ou les homosexuels. On raconte qu’en prenant de l’âge le sultan voudrait nettoyer sa réputation. Histoire de laisser une meilleure trace et de protéger sa descendance… qui promet. Les fils du sultan semblent tout aussi noceurs, parfois même plus sympathiques, voire excentriques. On peut suivre l’un des princes sur Instagram, de fête en fête, entouré de people comme Pamela Anderson, Janet Jackson ou Mariah Carey.

Bizarrement, surtout des stars connues pour leur engagement en faveur des LGBT. Il se murmure que cette préférence ne doit rien au hasard. Et l’on voit mieux pourquoi leur père tient à soudainement lapider quelques homosexuels du bas peuple. Pour couper court aux rumeurs pouvant toucher ses fils. Ainsi va la vie de cour chez nos derniers sultans. A côté, « Game Of Thrones » est une comédie romantique.

Preuve que nous vivons bien dans le même univers, à défaut du même monde, le sultanat a dû répondre à George Clooney. Le bureau du Premier ministre a cru nécessaire de rappeler que le pays possède un « double système judiciaire » : l’un, islamique, ne s’applique qu’aux musulmans, et l’autre, civil, concerne les habitants chrétiens ou bouddhistes du pays. Deux poids, deux mesures, toujours. Nous voilà rassurés. Les homosexuels chrétiens ou bouddhistes, ou qui connaissent l’un des princes, ne devraient pas être lapidés tout de suite. Si c’est le cas, le monde entier saura pourquoi. Ce n’est pas grand-chose, me direz-vous. Mais, pour un appel, c’est déjà beaucoup.

PAR CAROLINE FOUREST
12 avril 2019