La défense honteuse d’Edwy Plenel (et de Mediapart)

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Non content d’avoir promu un prédicateur fondamentaliste misogyne (« c’est un intellectuel respectable »,  » je le lis, je l’écoute, je ne vois pas d’ambiguïtés »), tout en faisant passer ceux qui enquêtaient et alertaient pour des racistes (« Mélange de peur, d’ignorance et de préjugé, l’excommunication politicienne de Tariq Ramadan déshonore la France »), voilà donc qu’Edwy Plenel amalgame la couverture de Charlie Hebdo à une « affiche rouge » nazie et ceux qui critiquent son aveuglement idéologique à de la « haine »… Or c’est bien cet aveuglement, et non d’avoir tu des viols sans plaintes ou preuves, qui pose question. Au lieu d’admettre que ceux qui dénonçaient sa duplicité avaient raison, Mediapart continue de s’en prendre aux lanceurs d’alerte (sa revue dénonce les « ambiguïtés » d’Elisabeth Badinter). Quand il ne parle pas de « croisade » à propos de l’affaire Ramadan ou de mes alertes. Honteux.

Caroline Fourest

Capture d’écran 2017-11-08 à 08.08.18.pngQuelques souvenirs..

Et une petite vidéo.

Mais la SDJ de Mediapart a aussi quelque chose à dire…

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Pour revoir ce moment, stupéfiant.

 

 

Avec Tariq Ramadan, ce n’est jamais sa faute

Aux abois, Tariq Ramadan ne sait plus quoi inventer. Ainsi donc, après le complot « sioniste international » (selon un post de son lieutenant qu’il a relayé), ce serait un complot « Fourest »… Son avocat annonce porter plainte contre moi pour « subornation de témoin »… Pour avoir rencontré des victimes en 2009, soutenu l’une de celles qui voulaient porter plainte et avoir respecté son choix quand elle a renoncé après avoir reçu des menaces ! On résume. L’extrême droite veut me poursuivre parce que je n’ai rien dit mais Tariq Ramadan, lui, veut me poursuivre parce que j’ai dit.
Quel rapport avec le début de toute cette affaire et Henda Ayari ? Je l’ai découverte, comme tout le monde, lorsqu’elle a fait savoir qu’elle portait plainte pour des faits datant de 2012. Dans la mesure où c’est « balance ton porc » et le courage des actrices ayant dénoncé Weinstein qui lui a donné cette force, je propose une autre théorie à nos amis ramadiens… Et si c’était — en fait — un « complot antisioniste international » ? Cela ferait de Tariq Ramadan, lui-même, un complot sioniste ! Bon sang mais c’est bien sûr ! Un jour, il faudra que Monsieur Ramadan accepte qu’il est responsable de ses actes. Et que ses actes ont des conséquences. Tout simplement.

Tariq Ramadan et son double

J’ai prouvé la  duplicité de Tariq Ramadan dès 2004 dans « Frère Tariq ». Mais certains confrères n’ayant pas trouvé le temps d’enquêter ne trouvaient pas non plus le temps de lire…  Alors en 2009, j’ai décidé une énième tentative d’alerte : mettre mes sources à la disposition de tous (notamment ses prêches) sous la forme d’une enquête radio. Cela ne vous prendra qu’une heure à écouter.

Pour commander le livre : Frère Tariq.

Ce que je ne pouvais dire au débat face à Ramadan

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Deux des victimes de Tariq Ramadan viennent enfin de porter plainte. Comme je l’ai écrit dans Marianne, je savais depuis 2009. Juste avant mon duel annoncé face à lui sur France 3, des victimes ont commencé à me contacter. Je les ai rencontrées. Elles m’ont montré des photos explicites et raconté des horreurs, mais les agressions subies restaient impossible à révéler sans plaintes. Deux d’entre elles avaient même décidé de s’inscrire pour assister au débat. Elles étaient assises dans le public pendant toute la durée de notre confrontation.

Plus d’une heure sur le ring, face à un monstre de duplicité, capable de mentir à chaque coup porté, quand vous êtes tenue à la précision, au calme et au sourire, pour tenter de le révéler par petites touches. Un vrai jeu d’escrime, qui l’a profondément déstabilisé, jusqu’à fissurer sa façade à jamais.

Je savais que ce coup porté me vaudrait la haine décuplée de ses fans, qui réécrivent l’histoire et ne diffusent que des bouts tronqués du débat. Démasquer Ramadan m’a coûté quinze ans de procès dégueulasses en « sérial menteuse » et en « islamophobie », relayés par des centaines de trolls haineux et d’authentiques faussaires.

Il y a quelque chose de très particulier à se voir traiter de menteuse pour avoir révélé les mensonges d’un imposteur. C’est encore plus pénible quand vous savez que vous êtes loin de pouvoir dire toute la vérité, et qu’il est bien plus dangereux — à tous points de vue — qu’on ne pourra jamais le démontrer sur un plateau de télévision.

Je me souviens de son regard quand j’ai souligné avec une très légère ironie (que lui seul pouvait comprendre) qu’il défendait une vision extrêmement moraliste de la sexualité « en discours », et qu’il devait bien sûr se l’appliquer à lui-même… A la fin du débat, deux de ses proies, dont celle qui vient de raconter courageusement l’atrocité des sévices qu’elle a subis, se sont levées pour me dire « bravo » et « merci », devant lui. Tariq Ramadan se démaquillait en parlant avec son ami Taddeï. Il s’est décomposé. Je n’oublierai jamais son regard, livide et défait. Ce jour-là, il a su… Qu’un jour tout se saurait.

Je n’oublie pas ceux qui ont continué à le mettre à l’antenne pour faire de l’audience et à le présenter comme un intellectuel (alors que son imposture universitaire était prouvée et que mon livre détaillait la portée intégriste de son double discours). Ceux-là portent la responsabilité de l’avoir laissé séduire la jeunesse musulmane d’Europe, même après le 7 janvier et ses commentaires ignobles sur Charlie. Sans vouloir réfléchir à leur métier. Par complicité virile, parfois par paresse ou naïveté, ils ont nourri un monstre qui a fait reculer les droits des femmes et la laïcité dans les esprits, mais aussi brisé quelques vies.

Caroline Fourest

La plainte de Henda Ayari La plainte de Henda Ayari 

Mon soutien dans Marianne

Une deuxième plainte pour viol

La preuve du double discours (analyse de ses cassettes)

Ni porcs ni dindes

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On s’excuse auprès de ces animaux adorables et bons, qui n’ont jamais harcelé personne et qu’on découpe pourtant en morceaux. Il vaudrait mieux couper en rondelles ceux qui vous collent leur groin partout. A défaut, il faut bien en parler, franchement et crûment. Comme dans tous les déballages, il y aura des moments gênants, des sorties de route, des dérapages, des délations douteuses, de fausses victimes et de faux bourreaux, de mauvais procès et quelques émasculations regrettables. C’est le prix à payer pour des siècles de silence et tant de malentendus millénaires qui empoisonnent les relations hommes-femmes.Première clarification.

Le harcèlement n’est pas du libertinage. Pas plus que le féminisme ne devrait tourner au puritanisme. La séduction est un art délicat, élaboré, et consenti. Un prédateur n’est pas un séducteur. C’est même l’inverse. Un pauvre type qui use de son pouvoir ou de l’effet de surprise pour obtenir ce que son absence de charme, de talent ou d’humour ne lui permet pas de décrocher : un consentement. Il aime le pouvoir car il permet d’en abuser. Et, bien souvent, il ne s’aime pas. Or qui ne s’aime pas ne peut aimer.Sortir d’une douche et ouvrir son peignoir demande peu d’estime de soi et bien peu d’imagination. Il faut vraiment être un homme pour croire qu’une femme puisse être excitée à la vue d’un pénis en érection qu’on lui colle sous le nez ou dans la gorge par surprise, que ce soit dans le métro ou dans un palace. Tout son corps, horriblement agressé, se ferme et se sent sale, gagné par la nausée. Le porc s’en fiche et se frotte.

Il n’est pas là pour aimer et se faire aimer, ni pour échanger, encore moins pour fusionner. L’autre n’est pas soi ni un égal, une terre à découvrir, une glace à faire fondre, un épiderme à adoucir. Non, l’autre n’est qu’un objet de masturbation. Une question se pose. Le porc est-il manchot ? N’est-il pas capable de se soulager lui-même au lieu de déborder ainsi sur les autres ? Ces invasions intempestives ont un effet dégueulasse sur la vie en société.

 

Depuis la nuit des temps, les femmes se sentent sales, fragiles et en danger. Quand elles n’ont pas été violées enfants par leur père et qu’elles ont été protégées, elles découvrent brutalement – à l’âge adulte – qu’elles ne sont pas des êtres à part entière mais secondaires, scrutés comme des objets, envisagés à tout moment comme un bout de viande. Elles marchent vite, et de jour. Car, si elles tardent, elles se font siffler comme un chien, sont suivies, insultées, et parfois violées.

Il faut être une femme pour comprendre qu’on ne marche jamais dans une rue déserte sans avoir peur, sans guetter les pas derrière soi. Naître femme, c’est grandir dans un immense billard, où il faut en permanence ranger son corps, pour éviter les queues et les boules de ces messieurs qui dépassent. Certaines ont appris à courir, à moucher et à taper là où ça fait mal (la glotte et les couilles). On les dit froides ou garçons manqués. Elles savent juste qu’il faut toujours tenir à distance pour ne pas risquer d’être envahies. Crevant. Beaucoup de femmes sont épuisées. Elles n’arrivent pas à réagir quand la goujaterie ou l’agression surgit. On appelle ça la sidération. Cette sidération, qui facilite l’agression, est construite, préparée en amont, par des siècles de dressage. Depuis l’enfance, on leur apprend à rester sages et polies, en toutes circonstances, pour être jolies. Sinon, ce n’est pas «féminin».

Mais, à force de vouloir rester «féminine» face aux porcs, si virils, on finit par se prendre soi-même pour un bout de viande, et à se comporter comme une dinde (pardon pour les vraies dindes). Pas très exigeantes en matière de séduction, les dindes ne cherchent ni le beau, ni l’intelligence, ni l’humour, ni l’originalité, mais un portefeuille, un statut, une situation, et bien sûr une grosse bague. Comme elles ne sont pas sujets mais objets, elles ne disent jamais oui que du bout des lèvres. Ce qui engendre des générations de lourdauds et encourage les porcs à tenter leur chance. Quand le non surgit et surprend, les hommes se racontent que toutes les femmes sont des dindes. Et les femmes se disent que tous les hommes sont des porcs. La basse-cour continue. Heureusement, l’art délicat de l’amour libre, épanoui et consenti, existe pour nous rendre notre humanité.

Caroline Fourest

Marianne, no. 1074-1075

Éditos, vendredi 20 octobre 2017, p. 47

Valls – Mélenchon : La guerre des gauches

 

 

 

On aurait tort de réduire l’affrontement entre Manuel Valls et Jean-Luc Mélenchon à une guerre d’ego ou de «bandes». C’est bien la guerre des gauches qui se joue. Elle nous rappelle que la bataille des idées n’est pas morte. On se plaint souvent de ne plus compter d’hommes politiques ayant l’épaisseur d’antan. Voilà deux hommes qui ont le mérite de dénoter parmi les jeunes loups, tout lisses et bienveillants, «en même temps» de droite et de gauche pourvu qu’il y ait un siège, une carte de visite et quelques «like» à la clé. Mélenchon et Valls parlent franchement, et savent prendre des coups. Ils ont du coffre, le goût des livres et du combat. Avec de tels gladiateurs, nul doute que la guerre sera rude. Mais une gauche qui se dispute, c’est une gauche qui vit.

Loin des encéphalogrammes plats de la Rue de Solferino, c’est donc à travers ce duel que s’arbitrent provisoirement deux clivages : sur le social et sur la République. La première des fractures est dramatiquement classique. Elle oppose depuis toujours la gauche réformiste à la gauche révolutionnaire, Jaurès à Guesde. On sait ce qui les a départagés : l’affaire Dreyfus et la séparation de l’Eglise et de l’Etat. La laïcité aurait pu les rapprocher. Mais la «bande à Guesde» – pour parler comme Mélenchon – était si sectaire et monomaniaque qu’elle a méprisé le procès du petit capitaine (un militaire juif ne pouvait qu’être lié au grand capital) puis la grande réforme révolutionnaire de 1905. Jean-Luc Mélenchon s’identifie plus à Jaurès. Pourtant, ces derniers temps, il se «guesdise», et ses troupes avec lui.

Les signaux ne datent pas d’hier. La ligne rouge a été franchie avec l’élection de Danièle Obono, si proche des indigènes de la République, si fière de ne pas avoir manifesté le 11 janvier et qui ne dit jamais Charlie sans le mot «islamophobe». Elle ne voudrait surtout pas qu’on ferme des mosquées incitant au terrorisme parce que la Bible contient aussi des mots violents. Quand elle ne trouve pas si «radical» mais juste «sexiste» qu’un chauffeur de bus refuse de prendre le volant si une femme l’a touché. Insoumission, on vous dit.

Au niveau local, La France insoumise recycle un nombre inquiétant de sympathisants dc Parti des indigènes de la République (PIR). On les reconnaît facilement. Ils ont des «pudeurs de gazelle» pour parler de «radicalisation», mais taxent volontiers de «racisme» le moindre laïque. Et, bien sûr, ils sont obsédés par Israël.

On attendait de Jean-Luc Mélenchon qu’il clarifie. Quand on dirige la première force d’opposition, celle qui influence la jeunesse et les artistes, cela donne des responsabilités. Il a bien tonné contre une militante communiste qui avait parlé de «martyr» à propos de l’assassin djihadiste de Marseille. Il réaffirme parfois son refus de l’islam politique. Mais la vigilance ne va pas jusqu’à nettoyer les liaisons dangereuses qui se multiplient dans les organisations de jeunesse et dans certains recoins de La France insoumise, ni à calmer la haine de ses militants contre la gauche défendant réellement la laïcité. Cogner sur «l’ignoble Valls» l’exciterait plutôt. Jean-Luc Mélenchon pouvait s’opposer à l’ex-Premier ministre sans aller si loin dans l’incitation à la haine et la calomnie, jusqu’à l’accuser de «proximité avec les thèses ethnicistes de l’extrême droite». Son tweet liant «la bande à Valls» à «la fachosphère» achève d’encourager les amalgames chez les insoumis. Sur les réseaux, ses sympathisants ressassent une photo de Manuel Valls aux côtés d’une ministre lors d’un voyage en Israël. Oubliées, ses positions en faveur de Shalom Arshav. Et tant pis s’ils jouent ainsi le jeu des réseaux dieudonno-soraliens, qui ont mené une campagne si violente à Evry. Qui dira aux jeunes insoumis de ne pas tout mélanger si leur parti ne le fait pas ? Alors que ces confusions tuent en France. Et que nous sommes en plein procès Merah, où est le courage de cette gauche-là ?

A force de reproduire les erreurs passées, notamment celle du NPA, La France insoumise pourrait connaître la même impasse. Le gouvernement, lui, tient son opposition idéale. Et la gauche de gouvernement reste orpheline. Pour la rassembler, il faudra plus que du courage. Un nouveau Jaurès. Capable de défendre une République à la fois laïque et sociale.

Caroline Fourest

Marianne, no. 1073

Éditos, vendredi 13 octobre 2017, p. 49

Macron, jésuite de la laïcité ?

 

Tout occupé à réformer le code du travail, sa terre promise, Emmanuel Macron nous a peu parlé de son rapport à la République et à sa laïcité. On ne l’aperçoit qu’à travers ses caricatures, bénissant le Puy-du-Fou, célébrant Jeanne d’Arc ou posant les bras en croix. C’est un président de la République bien plus complexe que nous révèle son discours prononcé devant la Fédération protestante de France à l’occasion des 500 ans de la Réforme. On y discerne un rapport dialectique à la laïcité, teinté d’une relation jésuitique à la politique.

C’est ainsi qu’il a commencé son discours. En assumant parler en «élève mêlé de l’école de la République et des Jésuites». Sa première pique concerne (sans le nommer) Régis Debray et ceux qui verraient en lui «l’incarnation contemporaine d’un néoprotestantisme anglo-saxon». On sait ce que pense le président des intellectuels ne cédant pas à la macronmania : «de vieux instruments». Ils sont pourtant utiles pour décoder la partition présidentielle, plus démocrate et œcuménique que républicaine et laïque.

A côté d’un hommage à l’esprit protestant et son apport à la laïcité ou à l’«esprit critique français», Emmanuel Macron n’a pas résisté à la tentation de parler foi : «Votre identité de protestants ne se construit pas dans la sécheresse d’une sociologie mais dans un dialogue intense avec Dieu. […] La République ne vous demande pas de nier votre foi ou de l’oublier. Elle la reconnaît dans sa plénitude.»

Ce besoin incoercible de parler de transcendance n’est pas sans rappeler Nicolas Sarkozy. Bien que plus subtil, dans son rapport aux mots ou à l’histoire, le nouveau président ne cesse d’insister sur l’importance de «reconnaître» l’apport des religions au débat public. Au point d’en bafouiller lorsqu’il aborde enfin la PMA : «La manière que j’aurai d’aborder ces débats ne sera en rien de dire que la politique a une prééminence sur vous, et qu’une loi pourrait trancher ou fermer un débat qui n’est pas mûr.» Faut-il comprendre que la foi aura le dernier mot sur la loi attendue ? Pas si l’on écoute attentivement la suite du discours : «J’ai, sur certains sujets, pris des engagements pendant la campagne présidentielle.» Mais il ajoute : «J’ai aussi pris des engagements de méthode et je ne souhaite pas que la société se divise.» Nous voilà au cœur du «en même temps» jésuitique d’Emmanuel Macron. Les plus laïques ont entendu que la politique n’aurait pas le dernier mot sur le religieux. Les plus religieux ont compris exactement le contraire.

La subtilité est parfois une ambiguïté (ou le contraire).

Pour lire entre les lignes, il faut se reporter à l’œuvre du maître à penser présidentiel plusieurs fois cité : Paul Ricœur, en même temps protestant et laïque. Comme président de la Fédération protestante de l’enseignement, Ricœur refusait le statut dérogatoire d’Alsace-Moselle, le dualisme scolaire, et lui préférait une école laïque pour tous. Comme philosophe, il se méfiait de la «laïcité dogmatique» interdisant aux religions de participer à la vie de la cité. Convoquant plutôt cet aspect de son maître, Emmanuel Macron a redit toute sa méfiance envers ce «réveil militant qui tend à faire du camp laïque une religion». Est-ce bien le danger qui nous guette ? N’est-ce pas plutôt la laïcité «ouverte» ? (A ne surtout pas confondre avec la «laïcité d’ouverture» de Paul Ricœur.) Quand le philosophe plaidait pour une «laïcité d’ouverture», il invitait les religions à s’ouvrir, pour être plus tolérantes envers la laïcité. Quand des croyants plaident aujourd’hui pour une «laïcité ouverte», ils veulent exactement le contraire : que l’Etat soit plus souple envers les revendications des religions. Est-ce bien le moment ?

Ce discours d’ouverture, le président ne le tient pas uniquement devant des militants apaisés, comme au bon vieux temps où les protestants accompagnaient la séparation, mais devant une assemblée submergée par l’activisme réactionnaire des évangélistes. Et que leur dit-il ? Qu’on doit «coexister». Un credo martelé par le président. Il ajoute que la laïcité n’est pas «la négation des religions», mais «la capacité à les faire coexister dans un dialogue permanent». Ce qui relève plutôt de l’œcuménisme. Lutter contre la radicalisation et le recul dramatique de la sécularisation demandera plus de courage que cette bienveillance mièvre.

Caroline Fourest

Marianne, no. 1071, 29 septembre 2017, p. 45