Caroline Fourest, une bio plus exacte que Wikipédia

*EXCLUSIF*PARIS: "Cafe Picouly" sur France 5

© JP. BALTEL

1975 : Naissance à Aix-en-provence

1976 à 1993 : études à Aix dans un établissement privé catholique, puis collège et lycée à Paris dans un établissement public

1993-2003 : Bac économique et social, Deug d’histoire (Sorbonne), diplômée de l’EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales), DESS de Sciences politiques (Sorbonne).

1994 : Débuts dans le journalisme à France 3 (comme stagiaire pour l’émission « Français si vous parliez ») puis au magazine étudiant Transfac (un gratuit tiré à 200 000 exemplaires). Pour son premier article, le rédacteur en chef (un peu macho) propose à Caroline Fourest un petit encadré sur Tabatha Cash, la reine du porno… Pas vraiment sa tasse de thé. Mais après enquête, notamment à Assas, Caroline Fourest découvre un scoop : la reine du porno est aussi la fiancée officielle du chef des skins de Paris, Serge Ayoub, dit Batskin.

Le papier suivant, elle propose d’infiltrer une secte évangélique qui recrute chez les étudiants. Elle se fait passer pour une adepte et revient avec un récit hilarant. Elle est embauchée ! A 20 ans, elle gagne sa vie, prend un petit appartement et obtient sa première carte de presse. Tout en continuant ses études.

1996  est l’année d’une rencontre décisive, avec Fiammetta Venner. La jeune politologue (qui n’a pas encore passé sa thèse) a publié un livre d’enquête retentissant sur les réseaux d’extrême droite anti-avortement L’Opposition à l’avortement du lobby au commando (chez BERG, un tout petit éditeur). Sur le plateau de Tina Kieffer, devant des millions de spectateurs, elle mouche Noëlia Garcia, qui est alors l’une des égéries montantes de la Trêve de Dieu, l’une des associations anti-IVG les plus actives.

Caroline Fourest la remarque et souhaite l’interviewer pour le magazine Transfac. Fiammetta Venner est alors sous le coup d’un procès de la part des anti-IVG, qui cherchent à la faire taire. Ces deux là ne pouvaient que se plaire. C’est le début d’une complicité, à la fois personnelle et professionnelle, à toute épreuve.

Elles travaillent un moment à Transfac mais se font renvoyer… Le propriétaire commence à se lasser des enquêtes sur les sans-papiers ou les anti-avortement. Caroline Fourest l’attaque aux prud’hommes et se défend elle-même en dénonçant le statut précaire des pigistes : « j’ai travaillé 4 ans comme journaliste en étant payée aux AGESSA, comme si j’étais danseuse ou intermittente du spectacle ».

Les dommages et intérêts obtenus ne sont pas mirobolants mais suffisent pour voir venir quelques mois. Fiammetta Venner et Caroline Fourest vont pouvoir prendre le temps de travailler sur les sujets qui les passionnent. Elles proposent des enquêtes sur l’extrême droite catholique à L‘Evénement du jeudi et Fiammetta pige pour Charlie Hebdo (une collaboration arrêtée suite à un article homophobe de Siné) mais aussi Golias (un magazine catholique de gauche).

1997 date leur première participation commune à un ouvrage collectif, co-dirigé par Fiammetta Venner et Claudie Lesselier, sur les Femmes et l’extrême droite (aux éditions Golias). Caroline Fourest a rédigé l’un des articles, sur les féministes face au FN. Débute une série de conférences à travers toute la France, dans les réseaux antifascistes, antiracistes et féministes. La couverture, elle, est (déjà) signée Cabu…

En décembre 1997, Fiammetta Venner et Caroline Fourest ont  l’idée de lancer une revue où elles pourraient à la fois publier leurs enquêtes et produire des analyses autour du droit de choisir. Elles co-fondent la revue Prochoix, pour la défense du libre choix au sens large, c’est-à-dire le choix de mener sa vie envers et contre tout dogme liberticide, essentialiste, raciste ou intégriste. Ses thèmes de prédilection sont la protection de la laïcité, les droits des femmes et des homosexuel-le-s. Le mot « prochoix » s’opposant à celui de Prolife, mais pas seulement. La revue (au début très artisanale, mise en page sans imprimante et tenue par des agrafes) se vend dans les manifestations féministes et antifascistes.

En 1998, Caroline Fourest et Fiammetta Venner répondent à un appel d’offres. Une nouvelle maison d’édition (Edition Raymond Castells) cherche de nouveaux auteurs. Caroline et Fiammetta proposent un livre d’enquête sur les financiers de l’extrême droite, Le guide des Sponsors du FN et de ses amis, uniquement basé sur des sources officielles et documentées (Journal officiel, publicités dans des magazines d’extrême droite ect). Ce livre permet aux citoyens de connaître les dessous du financement de l’extrême droite mais aussi de tordre le cou à certaines rumeurs en rétablissant la vérité sur une entreprise comme Les pains Poilâne, qui avaient été accusés à tort de financer le Front national.

Il fait un peu de bruit et leur attire quelques ennuis. Une campagne de presse de la part de certains sponsors, des menaces venant de militants d’extrême droite. Le standard d’un journal d’extrême droite en particulier donne leur adresse. Leur éditeur fera faillite quelques mois plus tard, sans jamais avoir versé le moindre droits à ses auteurs, ni sans avoir fait remarquer à Caroline Fourest qu’il l’a trouvé trop « marquée » (sous-entendu trop lesbienne) pour être médiatisée.

Caroline Fourest et Fiammetta Venner sont déjà dans une autre bataille. Celle du PaCS, que Caroline mène le combat sur deux fronts : en tant que journaliste pour Têtu magazine (elle signe des enquêtes sur les collectifs anti-PaCS qui cherchent à déguiser leur intégrisme) et comme présidente du Centre gai et lesbien.

Sa première intervention télévisée ne passe pas inaperçue. Il s’agit de l’émission « Public » de Michel Field. En plateau, face à Jack Lang, Michel Pinton (initiateur d’une pétition de maires contre le PaCS organisée par des proches de l’Opus Dei) réitère que les homosexuels n’ont pas à pouvoir s’unir puisqu’ils ne peuvent pas faire d’enfants. Depuis le public, Caroline Fourest prend la parole et lui demande s’il compte installer des « détecteurs » pour empêcher également les couples hétérosexuels stériles d’aller en mairie ! Le public rie. De nombreux journalistes commencent à la solliciter.

Mais Caroline Fourest n’aime militer qu’en écrivant. Après avoir rétabli les comptes et la visibilité du Centre gai et lesbien (menacé de fermeture lorsqu’elle a accepté de prendre la présidence), elle convoque une Assemblée générale extraordinaire pour remettre les clefs à une nouvelle équipe et se consacrer à ce qu’elle aime faire… Enquêter et écrire.

En 1999, la revue ProChoix devient une petite maison d’édition. Caroline Fourest et à Fiammetta Venner y publient leur second livre :  Les Anti-Pacs ou la dernière croisade homophobe, une enquête fouillée sur les mouvements anti-PaCS, leurs liens avec la droite catholique radicale et le vrai visa

ge de Christine Boutin. Auto-édité et auto-diffusé, il se vendra bien et permettra d’éditer d’autres livres et d’autres auteurs sur les thèmes du droit de choisir.

En août 2001, alors qu’elles viennent de gagner la bataille du PaCS et que Fiammetta Venner vient de terminer sa thèse sur les « mobilisations de l’entre soi » de l’extrême droite française (20 000 mobilisations recensées, l’une des plus grosses bases de données effectuées pour une thèse de Science politique), elles lancent une souscription pour pouvoir se rendre à la Conférence contre le racisme de Durban et y représenter la revue Prochoix.

Elles viennent dans l’idée d’élargir la lutte contre le racisme à la lutte contre le sexisme et l’homophobie… Elles découvrent, stupéfaites, une conférence marquée par des incidents antisémites, où certains militants tiers-mondistes n’hésitent à prêter main forte à des activistes islamistes ultra-radicaux. Des liens qui apparaîtront dans le climat post – 11 septembre.

Le 11 septembre 2001, elles sont invitées sur une RCJ pour raconter ce qu’elles ont vues à Durban… lorsqu’un auditeur commente les attentats du 11 septembre en focalisant sur la violence intrinsèque à l’Islam. Caroline Fourest lui répond très sèchement. Atterrées par le climat qu’elles perçoivent, où le racisme anti-musulmans le dispute au racisme anti-juifs, elles ne se sentent pas le coeur de continuer à travailler uniquement sur l’extrême droite chrétienne.

Elles décident d’écrire un livre qui comparerait les intégrismes (juifs, chrétien et musulman) pour montrer leur convergences (sexisme et homophobie notamment) mais aussi leur divergences (moins de contre-pouvoirs laïques dans les pays musulmans). Le synopsis est envoyé à de nombreuses maisons d’édition par la poste. Quand Caroline ne dépose pas elle-même le courrier dans les boîtes au lettres. Marc Grinsztajn chez Calmann-Lévy est intéressé et propose de les éditer.

En 2003 paraît donc leur premier livre dans une grande maison d’édition : Tirs Croisés : la laïcité à l’épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman. Ce livre s’élève à la fois contre la tentation de diaboliser l’islam, comme ayant le monopole du fanatisme, et contre la tentation de minimiser le danger de l’intégrisme par peur du racisme. Il démontre que sur bien des points, le Coran est un texte moins sexiste que la Bible. Mais refuse de nier le fait que l’intégrisme musulman est aujourd’hui le plus dangereux des trois intégrismes, notamment pour les droits des femmes. Loin d’une approche essentialiste ou civilisationnelle à la Oriana Fallacci, il détaille au contraire les raisons géopolitiques et historiques expliquant ce surcroît de dangerosité. Il s’est vendu à plus de 20 000 exemplaires, a reçu de nombreux prix et il est désormais disponible en poche. Caroline Fourest est de plus en plus sollicitée par des journalistes et continue à donner de très nombreuses conférences sur ces thèmes.

DCF 1.0

En décembre 2003, Caroline affronte Tariq Ramadan sur le plateau de Campus, l’émission de Guillaume Durand sur France 3. L’homme vient de défrayer la chronique en dressant une liste d’intellectuels juifs qu’il accuse de défendre Israël parce que juifs. Or Caroline Fourest et Fiammetta Venner parle de lui dans Tirs Croisés, écrit bien avant la polémique ! On leur a présenté comme un intellectuel laïque et moderniste, mais des musulmans laïques les ont mis en garde contre son « double discours ». Sans avoir ni le temps ni la place de trancher, les deux auteurs refusent de conclure à un double discours volontaire mais note en effet des déclarations contradictoires et mêmes intégristes de la part de Tariq Ramadan.

Sur le plateau de France 3, Caroline Fourest cite notamment un extrait de cassette où Tariq Ramadan rend hommage à son grand-père (pourtant à l’origine d’une vision politique réellement totalitaire de l’Islam). Ce qui fait sortir Tariq Ramadan de ses gonds et permet au public de voir son vrai visage. Bien que très efficace, Caroline Fourest sort très frustrée de cette émission.  Elle est persuadée que le mensonge peut toujours triompher en télé et se décide donc à enquêter pour savoir, une bonne fois pour toutes, si Tariq Ramadan tient le double discours qu’on lui reproche. Fiammetta Venner, de son côté, prépare un livre sur Thierry Meyssan pour Grasset, avec Christophe Bataille, qui appelle Caroline et lui propose d’éditer cette enquête sur le prédicateur.

En 2004, Caroline Fourest publie donc « Frère Tariq« . Un livre de 426 pages fouillé et documenté, où elle décortique le double discours de Tariq Ramadan, et démontre, citations et preuves à l’appui (chaque propos cité renvoie à une note et à sa source), la vraie nature fondamentaliste et réactionnaire de Tariq Ramadan. Le livre fait changer d’avis de très nombreuses personnes, persuadées jusque là que Tariq Ramadan incarnait le modernisme musulman… alors qu’il combat la réforme moderniste de l’Islam. Il va donc permettre aux véritables musulmans laïques de retrouver un peu de visibilité. Ce que souhaitait, avant tout, Caroline.

Les partisans de Tariq Ramadan lui font payer en envoyant une menace avec son adresse et son code de porte sur le site Oumma.com et en noyant le Net de contre-vérités à son sujet. En revanche, ceux qui ont lu le livre de bonne foi sont épatés par la rigueur de l’écriture et la force de la démonstration.

En 2005,  Caroline FOUREST et Fiammetta VENNER reçoivent le prix national de la laïcité « pour leurs actions contre tous les fondamentalismes religieux et leurs avatars liberticides, ainsi que pour leurs engagements face à l’extrême droite ».

Dans la foulée de la loi sur les signes religieux ostensibles à l’école publique (qu’elle a soutenu), Caroline Fourest ressent la nécessité de s’élever contre les confusions qui empêche une certaine gauche de défendre la laïcité et l’égalité hommes-femmes face à l’intégrisme musulman par peur de l' »islamophobie » (un mot dont elle dénonce la confusion sémantique). Elle publie donc La Tentation obscurantiste. Un plaidoyer contre la complaisance envers l’intégrisme, qui obtient le Prix du livre politique 2006. Richard Descoings, directeur de Sciences Po et président du jury, parle de ce livre comme faisant tout parliculièrement preuve de « discernement, de rigueur et du courage de dire ». Il lui propose d’animer un séminaire d’ouverture à Sciences-Po Paris. La Tentation recevra aussi le Prix Jean Zay.

La même année, Caroline Fourest et Fiammetta Venner renoue avec Charlie Hebdo (qu’elles avaient quitté à cause de Siné). Elles signeront désormais toutes les deux des enquêtes contre tous les intégrismes. Tout en continuant à animer la revue ProChoix.

En 2005, dans ProChoix, Caroline Fourest publie notamment un « épitre à Nicolas Sarkozy de la part d’une laïque ni sectaire ni désespérée » qui réfute point par point son livre sur La République, les religions, l’espérance. Notamment la nécessité de modifier la loi de 1905 pour financer des lieux de culte. Elle dresse un bilan ravageur de la politique menée par le ministre de l’intérieur en matière de relations avec les cultes.

En 2006, au moment de l’affaire des caricatures, Caroline Fourest joue un rôle décisif. Interrogée parmi les premières à la radio, elle déclare qu’elle ne voit aucune raison de céder aux menaces et que Charlie Hebdo les publiera si toute la rédaction en est d’accord. Ce qui est le cas. Philipe Val propose d’ailleurs à d’autres rédactions d’en faire autant, mais seules quelques-unes auront le courage de les publier toutes. Caroline Fourest se charge de rédiger un article pour les remettre dans leur contexte et expliquer la genèse de cette affaire. Un manifeste de citoyens de culture musulmane pour la liberté d’expression accompagne le numéro spécial, orné d’un dessin de Cabu faisant bien la différence entre l’Islam et les islamistes… Puisque Mahomet — que la légende du dessin dit « débordé par les intégristes » — se désespèrent de leur manque d’humour : « Que c’est dur d’être aimé par des cons ! »

Quelques numéros plus tard, assailli par la presse, les félicitations et les intimidations, Charlie Hebdo publie un Manifeste — « Ensemble contre le nouveau totalitarisme » — que Caroline Fourest a rédigé avec un intellectuel iranien réfugié au Danemark, Mehdi Mozaffari.  Il s’agit d’insister sur la nature politique et totalitaire du danger intégriste en cours. Traduit et diffusé  en plusieurs langues, il est signé par douze noms : Ayaan Hirsi Ali, Taslima Nasreen, Salman Rushdie, Philippe Val, Bernard-Henri Lévy, Irshad Manji, Mehdi Mozaffari, Maryam Namazie, et Ibn Warraq. Les signataires sont menacés de mort sur un forum djihadiste anglais.

Toujours pour contextualiser, Caroline Fourest et Fiammetta Venner rédige un Hors-Série de Charlie Hebdo consacré au blasphème (« Charlie Blasphème« ), où l’on retrouve toutes les affaires de blasphème, et les campagnes menées par tous les intégrismes, croquées par Charb et Luz. Hilarant.

Février 2007, c’est le fameux procès de Charlie Hebdo. Caroline Fourest a beaucoup fait, aux côté de Philippe Val, pour en faire un rendez-vous où l’on puisse expliquer l’importance du droit au blasphème, qui ne doit pas être confondu avec le droit d’inciter à la haine de façon raciste. Elle anime les conférences de presse, répond aux journalistes du monde entier, prend part aux débats improvisés qui ont lieu à l’extérieur du tribunal (notamment face à Dieudonné, qui en devient fou et se ridiculise devant plusieurs caméras). Elle témoigne aussi à la barre. En expliquant l’intention de ce dossier, la confusion du mot « islamophobie » et la nature liberticide de certaines associations portant plainte. A la fin des débats, l’avocat de Charlie Hebdo, Richard Malka, fait une plaidoirie restée mythique sur l’égalité de traitement de toutes les religions… face au droit à la satire et à la critique.

En 2007, plusieurs mois avant l’élection présidentielle, Caroline Fourest pense qu’il est temps d’insister sur le bilan catastrophique de Nicolas Sarkozy comme ministre de l’intérieur. D’autant qu’il a soutenu Charlie Hebdo dans l’affaire des caricatures et qu’il est bien placé pour gagner… Politique du chiffre, « laïcité positive », non respect de la séparation des pouvoirs et de l’indépendance de la justice, tout ce qui va marquer le mandat de Nicolas Sarkozy comme président est annoncé dans ce numéro spécial de Charlie Hebdo, ravageur. Mais Caroline Fourest ne s’en tient pas là.

Elle publie Le Choc des préjugés (Calmann-Lévy). A partir d’une analyse sociale des révoltes de novembre 2005 — qui tord le coup aux fantasmes du complot ethnique ou religieux — elle renvoie dos à dos les postures sécuritaires (l’impasse de la politique sarkozyste) et la posture victimaire (l’impasse de mouvements comme les Indigènes de la République ou de la dérive d’un Dieudonné). Rien n’y fait. Nicolas Sarkozy est élu.

Caroline Fourest, qui est l’une des rares journalistes à critiquer haut et fort Sarkozy sur les plateaux, s’attend à ne plus être trop invitée en télé… Ce qui arrive au début mais change très vite, dès les premiers sondages critiques envers le chef de l’Etat. Une grande partie de la presse étant bien plus indépendante qu’on le croit souvent. Elle obéit avant tout à l’opinion.

Entre-temps, Caroline Fourest a conquis un véritable espace de liberté. Gérard Courtois lui a proposé une chronique hebdomadaire dans Le Monde, où elle a « carte blanche », y compris pour faire ses titres. Elle peut enfin laisser libre-cours à sa plume d’éditorialiste. Elle se sent, en revanche, de plus en plus à l’étroit à Charlie Hebdo… où la fonction d’éditorialiste reste très masculine.

En 2008, c’est la radio qui lui fait signe. Ali Baddou lui propose une chronique tous les vendredis dans les Matins de France culture. Elle y restera quatre ans, passant du vendredi au lundi, de 7h40 à 8h20.

Le 10 février 2008, Caroline Fourest accueille Ayaan Hirsi Ali pour un meeting destiné à provoquer la création d’un Fonds de soutien européen pour les personnes menacées de mort en raison de leur liberté d’expression. Il réunit entre autre Rama Yade, alors secrétaire aux droits de l’homme, et Bernard-Henri Lévy qui a co-organisé l’événement.

En septembre 2008,  Benoît XVI  est attendu en France. En prévision, Fiammetta Venner et Caroline Fourest ont décidé de reprendre leurs enquêtes sur les réseaux intégristes catholiques, de plus en plus puissants au sein du Vatican. Ce qui donne lieu à un livre intitulé Les nouveaux soldats du pape (Légion du Christ, Opus Dei, Traditionalistes) chez Panama. Elles le publieront dans une petite maisons d’édition, Panama, où elle retrouve Marc Grinsztajn, qui leur avait donné leur chance au moment de Tirs Croisés. La maison d’édition fera faillite, mais le livre est désormais disponible en poche. Comme la plupart des livres de Caroline Fourest, qui figurent souvent parmi les meilleurs ventes des essais en poche.


2009 voit l’aboutissement d’un long projet. Depuis la Tentation obscurantiste, Caroline Fourest donne des cours et réfléchit sur la crise du multiculturalisme et celle de l’universalisme. Elle rêve d’un livre qui pourrait clarifier ces enjeux, les lignes de fractures, expliquer en quoi cette crise n’est pas due au multiculturel (ce que pense l’extrême droite) mais à la montée de l’intégrisme (ce qui change tout), mais surtout proposer une ligne de conduite qui respecte à la fois les libertés individuelles (y compris religieuses) sans nuire à l’universalité et à l’égalité des droits. Ce sera La Dernière utopie : menaces sur l’universalisme, parue en 2009  chez Grasset. Qui lui vaut de recevoir le Prix Adrien Duvand de la très prestigieuse Académie des sciences morales et politiques.


En septembre 2009, Tariq Ramadan a fait la tournée des médias, et  diffame Caroline Fourest dans l’émission de Laurent Ruquier (« On n’est pas couché »). Elle réagit sur internet. Frédéric Taddeï (plutôt proche de la tendance « indigènes de la République) lui propose un face-à-face d’une heure. Elle accepte. Ramadan, qui avait toujours jusqu’à là évité une nouvelle confrontation (tout en mentant et en faisant croire le contraire) n’a d’autre choix que d’accepter. Le 17 septembre, pendant une heure, malgré la mauvaise foi et le tours habituels de Tariq Ramadan, Caroline Fourest va démonter — calmement et implacablement — sa mécanique et son double discours. Au point de le rendre méconnaissable à la fin du duel… Il ne s’en relèvera jamais tout à fait.

Elle mettra un point final à ses enquêtes sur le prédicateur dans un documentaire audio pour France Culture, qui apporte la preuve du double discours de Tariq Ramadan.


Le 15 octobre 2009, Caroline Fourest et Fiammetta Venner quittent Charlie Hebdo. Un départ qu’elles expliquent pudiquement : « L’audace se cherche ailleurs. » En réalité, elles se sentent à l’étroit depuis un moment. Le journal traverse une crise financière qui rend nécessaire certains licenciements… Caroline et Fiammetta savent qu’elles pourront écrire ailleurs, mais surtout elles ont besoin d’une totale liberté d’expression. Ce qui est moins le cas depuis que Charlie hebdo est sous le feu des attaques, notamment de la part des partisans de Siné Hebdo. A l’extérieur comme à l’intérieur du journal, ces critiques ont fragilisé la ligne de ceux qui pensent qu’il faut à la fois critiquer Nicolas Sarkozy et la gauche pro-intégriste. Un article sur Dieudonné n’est jamais passé… Cavanna et Caroline Fourest ont aussi échangé des mots aigres doux, à travers des tribunes publiées dans le journal, sur leur définition respective de l’audace. Visiblement, une vieille tradition « bête et méchante », peu compatible avec le féminisme de Caroline, refait surface à Charlie. Comme une première fois, dans les années 90, Caroline Fourest part donc de Charlie à cause de cette ligne, qui va de Siné Hebdo aux fans du professeur Choron en passant par Cavanna. Elle part sans regrets et en souhaitant bon courage à ceux qui restent des amis.

En 2010, Caroline publie des « conversation mécréantes » avec Taslima Nasreen, intitulé Libres de le dire. Les deux femmes parlent de leurs combats respectifs, mené dans des pays très différents.

Elles se connaissent depuis plusieurs années. Taslima Nasreen est dans une situation désespérée, plus menacée que jamais. Face aux pressions des extrémistes, l’Inde ne veux pas renouveler son visa et cherche à s’en débarrasser. Le livre permet une campagne de soutien, appuyée par l’ambassade de France en Inde, qui va changer la donne. Le visa de Taslima Nasreen est prolongé.

En avril 2010, Caroline Fourest est invitée à l’émission « On n’est pas couché » de Laurent Ruquier pour son livre avec Taslima Nasreen. L’occasion de mettre quelques pendules à l »heure face à Eric Zemmour et Eric Naulleau, qui s’étaient littéralement couchés devant Tariq Ramadan. Ils l’attaquent, très violemment, pour tenter de le faire oublier. La réponse de Caroline Fourest les mettra KO debout. De manière calme mais ferme, elle pointe du doigt leur numéro de cirque, le peu de courage de ces deux commères du PAF, toujours prompts à se montrer violents envers les démocrates mais d’une rare lâcheté face aux apprentis totalitaires…

2011, alors que l’échéance présidentielle approche, le FN a changé de visage (Marine Le Pen succède à son père) et mène une opération séduction, notamment sur le thème de la laïcité, qui lui permet d’être à 20% d’intention de vote dans les sondages. Caroline Fourest qui a appris à aimer la laïcité face au FN, a toujours combattu le racisme et l’extrême droite, n’a pas l’intention de laisser faire… Avec Fiammetta Venner, elles reprennent le chemin de l’enquête et la plume. Et publie un livre ravageur, sobrement intitulé Marine Le Pen, chez Grasset, qui met à jour les contradictions, les fréquentations inavouables et met fin à l’opération « dédiabolisation ».

Le 23 juin, sur la plateau des paroles et actes de David Pujadas, Caroline Fourest lui assène le coup de grâce. En lui posant une question, très claire, dévoilant le le racisme anti-musulmans du FN, qui embarrasse fortement Marine Le Pen. Elle ne répond pas, invoque un problème de « point » au milieu de la phrase… qui ne change rien ! Mais surtout attaque en se référant à Pascal Boniface, un intellectuel faussaire, connu pour sa mauvaise foi, ses obsessions douteuses et ses positions pro-islamistes et pro-Tariq Ramadan !

A la rentrée 2011, Caroline Fourest continue ses chroniques dans Le Monde (daté du samedi) mais accepte de quitter France culture pour France Inter, où elle tient chronique le vendredi à 8h38 et participe au débat « Cogito » tous les dimanche à 8h40.

2012 : L’année commence de façon agitée. Le 7 février, alors qu’elle vient donner une conférence contre l’extrême droite et le racisme à l’Université libre de Bruxelles, Caroline Fourest est vivement prise à partie par une soixantaine de militants pro-voile, hurlant et menaçants, qui oblige l’université à interrompre le débat et suscite ue vive émotion dans la presse Belge. Des sanctions concernant le leader de ce « Burqa blabla » appelant à « lapider » symboliquement Caroline Fourest sera renvoyé de son poste de chargé de cours à l’ULB.

A l’époque, elle prépare une bande-dessinée sur « La vie secrète de Marine Le Pen« , ainsi qu’un documentaire « Marine Le Pen l’héritière » qui rend furieuse Marine Le Pen et réalise l’un des plus beaux scores de la case Infrarouge sur France 2.

Dans la foulée de l’élection de François Hollande, Caroline Fourest perd sa chronique sur France Inter puis sa chronique « Sans détour » au Monde. A la suite de mois de campagne de quelques journalistes, du service religieux ou d’autres en désaccord avec sa lecture critique du gouvernement islamiste tunisien.

L’ensemble de ses chroniques, écrites et radios, paraît dans un ouvrages intitulé « Quand la gauche a du courage : chroniques résolument républicaines, laïques et progressistes ». Elle y développe sa conception du journalisme engagée en introduction.

France Culture la rappelle pour lui demander de reprendre sa chronique dans les Matins (le mardi à 7h18) et Marie-Claire lui propose de tenir une chronique mensuelle. Elle participe aussi un vendredi sur deux à l’émission « Questions critiques » sur France Inter,

2013

La rentrée 2013 commence par un autre débat interrompu, en septembre, à la Fête de l’humanité. Alors que Caroline Fourest vient parler de l’extrême droite et du racisme, des militants des Indigènes de la République (proches de ceux qui l’ont attaqué en Belgique), mais aussi du STRASS (lobby pro-prostitution) et des Indivisibles (pro-voile et pro-statistiques ethniques) tentent de lui lancer une banane et de monter sur scène. Apeuré, le service d’ordre décide d’annuler le débat. Une agression qui choque.

Mais l’année 2013 sera celle du combat physique, avec le débat sur le mariage pour tous.

Il commence par un débat serein, à Mots Croisés, face à Christine Boutin (quinze ans après leur affrontement au moment du PaCS). Mais Christine Boutin promet déjà un début de guerre civile…

Il continue sur les bottes de néo-fascistes. Le 18 novembre lors de la manifestation contre le mariage pour tous de CIVITAS, alors qu’elle est avec une équipe de France 2 pour filmer les FEMEN, Caroline Fourest est mise à terre et rouée de coups, puis frappée à la tête, par cinq nervis, bientôt arrêtés et poursuivis en justice. Bien que la scène soit filmée, des sites d’extrême droite ou proches du Printemps Français osent affirmer qu’elle a tout inventé !

Malgré les coups, elle répondre très calmement, argument après argument, face à Frigide Barjot, l’égérie de la Manif pour tous, quelques jours plus tard sur le plateau de « On n’est pas couché ».

Les menaces, pourtant, redoublent. De la part de tous les groupes extrémistes, très actifs sur la toile, que Caroline Fourest vient de décortiquer et donc de fâcher sur France 5, à travers quatre documentaires consacrés aux « réseaux de l’extrême » : les obsédés du complot, les radicaux de l’Islam (record de la case), les enragés de l’identité et les naufragés de Sion.

Prévenue par le Réseau Voltaire, l’ambassade d’Iran tentera d’empêcher la diffusion du film sur les « obsédés du complot ». Le film sur les « naufragés de Sion » (qui renvoie dos à dos Dieudonné et la LDJ) sera très difficile à terminer en raison des réflexes procéduriers de Dieudonné, qui empêche l’exploitation de certaines archives. Mais au final, la série sera un succès et n’a connu aucun procès.

En revanche, les réseaux dévoilés se vengent sur Internet et dans la rue.

Le 13 avril 2013, alors qu’elle se rend à Nantes pour un débat sur l’Islam dans le cadre des « Journées du Nouvel Observateur », Caroline Fourest est accueillie par 300 militants du FN et de la Manif pour tous, qui la huent, la sifflent et la poursuivent dans les couloirs de la gare malgré sa protection. Des manifestants perturbent également le débat et lancent un jet lacrymogène irritant vers la tribune, avant d’être évacués. Puis la traque se poursuit à la gare (les militants bloquent le train pendant 40 minutes) et enfin à l’arrivée. Cette fois, par 200 militants ultra-nationalistes, de Jeunesses nationalistes et des Identitaires, emmenés par un prêtre intégriste, qui tentent d’enfoncer le cordon des gardes mobiles pour l’atteindre en hurlant : « Cours, cours Fourest ». Une allusion aux menaces qui circulent contre elle sur Internet de la part du groupe néo-fasciste l’ayant roué de coup à la manifestation de CIVITAS. Elle signe une tribune où elle déclare que les « homophobes sont allés trop loin ».

Ces agressions répétées contribuent à discréditer le mouvement d’opposition au mariage pour tous, surtout lorsque l’égérie du Printemps français se met à nier cette violence face à Caroline Fourest sur un plateau de France 3.

Enfin, à la veille du vote de la loi, elle affronte et défait Henri Guaino, l’ancienne plume de Nicolas Sarkozy, ayant l’opposition au mariage pour tous. le jour du vote devant la Mairie du IVème arrondissement de Paris. Le jour du vote, devant la Mairie du IVème arrondissement de Paris, elle est applaudie et embrassée par les partisans de la loi.

2014 promet d’être tout aussi agitée. Puisque Caroline Fourest sort un livre intitulé « INNA », où elle ne cache pas leur romance, mais raconte surtout leurs disputes, politiques, à propos du féminisme ou de la laïcité.

Inna-ok

Petits exemples de contre-vérités ou de manipulations véhiculées par Wikipédia

Les islamistes et les militants d’extrême droite, ou leurs amis, se donnent la main pour attaquer la page Wikipédia de Caroline. On cherche à tout prix à la dire proche du Grand Orient, un loge franc-maçonne uniquement masculine, alors qu’elle partage leur combat pour la laïcité sans faire partie d’aucune loge.

On reprend surtout, sans les vérifier, toutes les contre-vérités véhiculées par Egalité et réconciliation, la planète Dieudonné ou les partisans de Ramadan… Ce qui donne l’impression d’une cascades de critiques (presque l’essentiel de la page), alors qu’il s’agit des mêmes mensonges, répétés en boucle, venant de ceux qu’elles critiquent et dont elle a démontré, justement, la capacité à mentir.

Par exemple lorsque Boniface qualifie Caroline Fourest de « sérial-menteuse » et l’accuse « d’attribuer à ses adversaires des propos qu’ils n’ont jamais tenus pour s’en offusquer ». Pur procès d’intention venant de Tariq Ramadan (prêt à tout pour se défendre), repris par Boniface (qui le soutient) puis par Marine  Le Pen pour la disqualifier, et qui repose sur une manipulation des citations de Caroline Fourest comme le montre très bien ce site (bizarrement non cité sur Wikipédia).

En revanche, ses détracteurs, eux, n’hésitent jamais à déformer ses propos (voir à en inventer !) pour pouvoir brouiller ses alertes et se disculper. C’est notamment le cas des Y a bon Awards et de Raphaël Liogier.