Régionales : des racistes au RN ? Incroyable ! Pas possible ! Qui l’eût cru ?

Malgré l’évidence, des électeurs feignent de croire que le RN a changé, déplore notre chroniqueuse Caroline Fourest. Ils en veulent pour preuve le nombre de candidats virés des listes pour propos racistes ou antisémites. Rien de très nouveau, on vous dit. Ah ! si ! Cette fois, ces élus, détectés ou non, vont peser sur la culture et la solidarité dans presque toutes nos régions.

Qui a dit que l’actualité n’était pas rieuse ? Il y a quelques jours, sur le site d’une grande radio, on lisait cette manchette : « Des militants juifs au RN protestent contre des candidats au passé “sulfureux” ». Pas possible ! Mais qui donc ? L’ancien conseiller économique de Marine Le Pen, Jean-Richard Sulzer, cite trois noms de premier plan qui le grattent un peu.

Gilles Pennelle, tête de liste en Bretagne, vient du groupuscule néopaïen Terre et peuple. De grands gaillards qui croient à la supériorité biologique et au droit du sang. Ce qui ne l’empêche pas de tweeter contre la montée d’« idées racialistes » du camp d’en face. Comique.

Même sens de l’humour chez un autre poids lourd, Axel Loustau. Mouillé dans toutes les affaires de financement du parti, formé par le GUD, son antisémitisme et sa fascination historique pour le national-socialisme, aryen ou arabe. Trop voyant, il ne sera pas candidat aux régionales mais reste un homme clé du parti.

Autre nom « sulfureux », Philippe Vardon qui conseille la campagne de Thierry Mariani. Rassurant quand on connaît son parcours, forgé par le Bloc identitaire et Unité radicale. Ce grand fan du nazi belge Léon Degrelle a troqué son vieux bomber pour un costume bien sage. On rit quand même en lisant ses tweets contre le « rap haineux »… Qu’est-ce qu’il chantait déjà, Vardon, au micro de son ancien groupe de rock identitaire ? Ah ! oui : « Nous sommes la Zyklon Army, l’armée des skinheads ! »« Les lampistes dégagent. Les durs sont rangés en coulisse. La boutique tourne toujours. Elle n’a jamais présenté autant de candidats. »

Malgré ces évidences, des électeurs feignent de croire que le RN a changé. Ils en veulent pour preuve le nombre de candidats virés des listes pour propos racistes ou antisémites. Des fournées entières, comme à chaque élection. En Auvergne-Rhône-Alpes, Mme Planche s’est fait pincer en train de relayer le tweet d’un néofasciste négationniste. En Gironde, Mme Le Nair a perdu son investiture pour une blague antisémite : « C’est comme quand tu serres la main d’un juif, tu as intérêt à voir si tu as toujours tes dix doigts. » Dans la Creuse, Mme Veslin s’est lâchée contre « les prétendues chambres à gaz hitlériennes et le prétendu génocide juif ».

Tous ces candidats seraient toujours en lice sous la bannière du RN si la presse ne les avait pas grillés. Les lampistes dégagent. Les durs sont rangés en coulisse. La boutique tourne toujours. Elle n’a jamais présenté autant de candidats, qui déchantent une fois à l’intérieur.

Pour ces régionales, c’est l’ancien trésorier de la fédération de la Manche, investit en septième position, qui atterrit. Il appelle carrément à voter contre sa propre liste : « Un ramassis de fachos alcooliques incapables de sortir trois mots. » Rien de très nouveau, on vous dit. Ah ! si ! Cette fois, ces élus, détectés ou non, vont peser sur la culture et la solidarité dans presque toutes nos régions. Après la crise que nous venons de traverser. Le monde de demain, il paraît.

Caroline Fourest, Marianne, 18/6/2021