L’échec américain en Afghanistan

Les talibans ont repris l’Afghanistan en moins de dix jours. Aucun responsable américain, à commencer par le président Biden, n’avait vu venir la chose. Une naïveté sidérante. Cet échec n’est une bonne nouvelle pour personne. Ni pour les Afghans ni pour le monde.

Les Américains sont d’une balourdise incroyable pour faire souffler la démocratie, mais au moins ils la souhaitent. Les petits hommes verts de Poutine, ses techniques rusées pour déstabiliser des pays libéraux, le cynisme intéressé des Chinois, ne risquent pas de démocratiser la planète.

La démocratie ne pousse que de bas en haut, mais elle grimpe mieux si l’on refuse d’arroser les totalitaires. En Afghanistan, l’argent investi a engraissé la corruption. Un pourrissement dont les talibans se sont gavés pour renaître.

NE PAS NOURRIR LA BÊTE

Leur parade mortifère pose la question du délicat droit d’ingérence. Mais la vraie faillite, c’est la stratégie des Américains en matière de lutte contre l’islamisme. Un désastre complet. En raison de leur histoire et de leur sanctification de la « liberté religieuse », ils ont tout faux dès qu’il s’agit de contrer la tyrannie religieuse. À la fois, ils peuvent taper comme des sourds contre le terrorisme et viser à côté, et sont capables de soutenir le moindre mouvement intégriste se présentant comme démocrate.« Barack Obama n’a rien trouvé de mieux que d’expliquer au monde arabe que le vrai problème n’est pas l’intégrisme mais la laïcité à la française… »

Les moudjahidines en Afghanistan, Ben Laden, la Ligue islamique mondiale et les Frères musulmans… La liste est longue. Aujourd’hui encore, malgré les attentats du 11 septembre et tous leurs déboires, les Américains n’ont toujours pas compris que le danger ne naissait pas avec le terrorisme mais avec la propagande et l’idéologie politique, l’islamisme, qu’il faut couper à la racine, au lieu de tailler tout ce qui bourgeonne à coups de sabre. Ce qui fait pousser l’hydre !

La guerre du Golfe ou celle contre l’« axe du mal », façon Bush père et fils, ont nourri la bête. Au Caire, pour réparer, Barack Obama n’a rien trouvé de mieux que d’expliquer au monde arabe que le vrai problème n’est pas l’intégrisme mais la laïcité à la française… Avant de soutenir en priorité les Frères musulmans lors du printemps arabe

Sous Donald Trump, ce fut pire. Le président narcisse a tout cédé au calife Erdogan, abandonnant ses alliés arabes et kurdes à la menace djihadiste et à l’influence turque. Marchant dans ses pas en Afghanistan, Biden vient d’offrir le dernier mot aux talibans. Un symbole qui va galvaniser l’hydre.

Au même moment où leur hard power échoue, le soft power américain ne désarme pas contre notre modèle de résistance laïque et nous attaque dès que l’on ose tenir tête à la propagande islamiste ou dissoudre une ONG salafiste comme BarakaCity. Son président vient de se réjouir publiquement du retour en force des talibans, mais il n’a plus accès à son trésor de guerre pour enrôler la jeunesse.

Caroline Fourest, Marianne, 20/8/2021

Une réflexion sur “L’échec américain en Afghanistan

  1. Chère Caroline,

    Ne lapidons pas Joe Biden, il fait ce qu’il peut, hélas, il peut peu. Lorsqu’on n’arrive pas à construire quelque chose de pérenne au bout de 20 ans, il faut savoir se retirer. On ne peut pas exporter la démocratie, c’est au peuple afghan de construire son futur. Cependant, on peut toujours rêver et imaginer que dans un avenir lointain, vous dispenserez quelques cours magistraux aux 🚺 🤼‍♀️ afghanes, in situ et ce serait Byzance…à Kaboul.

    Cordialemente,

    Adèle

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