Hommage à Shaheen Nazdar, mort sur le front de nos libertés

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Loin de notre actualité, mais au milieu de notre guerre à tous, tristesse d’apprendre la mort de Shaheen Nazdar.

Nous l’avions connu cet été grâce à Jérémy André, qui couvre depuis des mois l’enfer du combat contre Daech en Irak. Comme guide et de traducteur, il nous avait permis de rencontrer des combattantes de la guérilla Kurde.

Je me souviens de sa migraine lorsqu’il a fallu traduire de bon matin nos échanges fusant dans tous les sens, au dessus de Sinjar, après une nuit étouffante passée sur les toits de la ville meurtrie, à 800 mètres de la ligne de front.

Juste avant, nous allions à la rencontre de rescapés du marché aux esclaves de Daesh, dans ce camp de déplacés où Shaheen dormait lui-même, sous une tente, avec le reste de sa famille.

Le jour, il aidait des journalistes et des réalisateurs à mieux connaître l’horreur ayant frappé son peuple. La nuit, il écrivait des poèmes pour crier la douleur des Yézidis, la sienne.

La barbarie est allée si loin, la haine si ancienne, qu’il doutait parfois que les peuples d’Irak puissent se pardonner… Il est mort en tentant de sauver, avec les forces arabe-kurdes, une petite fille arabe de l’enfer de Mossoul.

Ce symbole nous oblige. Comme il oblige tous ceux qui vont lui survivre. On pense à ses proches, qui ont tout perdu désormais. Et à ceux qui vont encore perdre la vie, pour nous libérer tous.

Ne laissons personne cracher sur leur héroïsme.

Caroline Fourest

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L’UOIF devrait voter Le Pen et non Macron

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Avec Fiammetta Venner, nous combattons l’UOIF et toute tentative d’entrisme des Frères musulmans depuis plus de quinze ans * *. Nous n’ignorons rien de leur tactique, de leur capacité au double discours, ni de la naïveté de certains politiques et journalistes.

Emmanuel Macron n’est pas responsable du fait que l’UOIF (extrême droite musulmane) appelle à voter pour lui. Pas plus que les « ninistes » ne sont responsables du fait que Tariq Ramadan appelle à s’abstenir… Le Front national, dont un collectif a invité Camel Bechikh (un islamiste de l’UOIF et de La Manif pour tous que Louis Aliot semble découvrir) ne devrait pas donner trop de leçons. Au jeu du détecteur d’intégristes, ils ne sont visiblement pas très doués.

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Cela ne veut pas dire qu’En Marche l’est. Les jeunes partis sont toujours très convoités par les militants pratiquant l’entrisme religieux. C’était le cas du Modem. C’est le cas de « En marche », qui attire fort heureusement aussi des candidats vigilants, motivés par le défense de la République et la laïcité, comme Aurore Bergé.

D’ici les législatives, avec l’aide de tous les vigilants, nous entendons dénoncer toute candidature qui ferait la part belle au communautarisme intégriste.

Mais chaque chose en son temps. Quelque soit le manque d’intérêt d’Emmanuel Macron pour ces sujets, il sera plus aisé de combattre l’extrémisme et le fanatisme sous sa présidence que sous une présidence d’extrême droite.

En cas d’arrivée au pouvoir du FN, en espérant que l’on puisse continuer à informer aussi librement , nos énergies seront entièrement absorbées par la résistance prioritaire au FN. Tandis que ces groupes islamistes aujourd’hui marginalisés et repoussoirs (l’UOIF, le CCIF, le réseau des frères Ramadan…) deviendront les martyrs d’un gouvernement raciste. Pour une association interdite, dix repousseront. Au risque de regagner tout le terrain perdu, à gauche et dans la société. La bataille culturelle contre l’islamisme reculera. Tout sera à refaire.

Votons contre le FN le 7 mai. Après 17H s’il le faut (pour ne pas être comptés dans les chiffres de la participation et envoyer un signal), mais votons. Plus le score de Marine Le Pen sera bas, plus le FN (et non la France) s’entre-déchirera.

Dès lundi, une fois le danger frontiste écarté, il sera temps de dénoncer toute candidature favorable à l’intégrisme, à haute voix. Aux législatives, il sera possible de voter pour des candidats progressistes impeccablement républicains et laïques, de peser sur la majorité et sur le futur gouvernement, en vue de pousser le candidat Macron à tenir sa promesse : « Démanteler les associations qui, sous couvert de religion, s’attaquent la République ».

Caroline Fourest & Fiammetta Venner

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Dupont-Aignan ou le théâtre de Guignol

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Le marché conclu entre Monsieur Dupont-Aignan et Madame Le Pen est peu surprenant mais laisse un fumet malodorant. Il ne s’agit pas d’un ralliement désintéressé dans l’intérêt du pays, ni d’un appel républicain à faire barrage (coûteux pour certains), mais de son exact contraire : un petit deal politicien.

Il aura donc suffi de peu, la promesse d’un poste et peut-être de rembourser ses frais de campagne (un peu léger avec le concept de dette, « Debout la France » a dépensé trop d’argent en pensant faire plus de 5%) pour ravaler ses diatribes contre le FN et solder l’héritage gaulliste, dont il se revendique en bombant le torse.

Je regrette souvent que tous les électeurs d’un pays n’aient pas la chance d’approcher certains animaux politiques de près. On y apprend tellement plus qu’à la télévision. Il m’est arrivé d’interviewer Monsieur Dupont-Aignan et aussi de débattre avec lui. J’ai rarement croisé un personnage politique aussi factice et démagogue.

Juste une anecdote. Il y a quelques années, Le Nouvel Obs nous avait invité à débattre de la laïcité à Strasbourg. Il est arrivé très en retard. J’avais commencé à mettre en garde contre l’aveuglement d’une certaine gauche, la montée du danger intégriste, et la nécessité de renforcer notre vigilance. Nicolas Dupont-Aignan est parti dans une diatribe grossière contre les médias, les élites, le système, et les politiques, tous pourris, tous lâches, sauf lui. Ne pouvant accepter ce raccourci grossier, visant uniquement à le mettre en valeur, sans rien apporter, j’ai précisé que le danger venait moins des politiques en général que des concessions clientélistes faites par des élus locaux au détriment de la loi de 1905. Nicolas Dupont-Aignan m’a ri au nez avant d’expliquer que lui même prêtait un local municipal à une association musulmane pour prier et qu’il ne voyait pas le problème. Son propre public n’en revenait pas. Le numéro de claquettes se dégonflait.

Avec cet accord honteux, politicien en diable, le masque est tombé. Espérons que les électeurs dupés en tirent quelques leçons. Ceux qui vomissent le « système » qui les fait vivre sont souvent les pires… Quant à ceux qui les croient et pensent que la politique est un spectacle, même pour se divertir, il n’est pas superflu de bien choisir ses guignols.

Caroline Fourest