Tentative de meurtre au Lavoir moderne contre les Femen

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Hier soir au Lavoir moderne, un homme est venu pour agresser Inna et les FEMEN. Ne les trouvant pas, il a poignardé des spectateurs.

Après l’attentat contre Charlie Hebdo, le Lavoir moderne qui a brûlé et maintenant cette tentative d’assassinat… Ceux qui mettent sur le même plan la violence symbolique des blasphémateurs et celle — réelle — des fanatiques (qu’ils soient islamistes ou nationalistes) vont-ils se réveiller ?

Caroline Fourest

L’article du Parisien

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Le communiqué des Femen

Hier soir vers 23h un homme d’une trentaine d’année armé d’un long couteau a poignardé 3 spectateurs du Lavoir Moderne Parisien.

L’homme traquait les Femen depuis trois jours et avait même loué une chambre dans l’hôtel en face du bâtiment. Il s’est présenté à plusieurs reprises au personnel demandant avec insistance où se trouvaient Inna Shevchenko et les Femen.

Le soir du drame, ne trouvant ni Inna, ni les Femen, l’homme s’en est pris à des inconnus, les poignardant au niveau du coup, du torse et des mains. Les victimes sont toujours à l’hôpital, leur pronostic vital n’est plus engagé.

Les spectateurs ont fuis dans la panique et l’homme est sorti lentement du théâtre avant d’être interpellé par la police.

Le personnel du Lavoir Moderne Parisien présent sur les lieux décrit une scène d’horreur, et un acte assurément prémédité.

Ils le décrivent comme un homme grand, au crâne rasé et tenant des propos nationalistes.

Nous sommes toujours dans l’attente d’informations de la part de la police, et espérons que cette nouvelle affaire ne sera pas étouffée comme celle de l’incendie vraisemblablement criminel de nos locaux en juillet dernier.

L’ensemble des activistes et membres du mouvement Femen adresse toutes ses pensées et son soutien aux victimes et à nos collègues et amis du Lavoir Moderne Parisien.

Les militantes Femen sont profondément choquées par cet acte de barbarie qui témoigne d’une terrifiante montée du fanatisme nationaliste, à l’encontre de militantes féministes.

La faute égyptienne

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La justice Égyptienne vient de rendre un jugement odieux. Le tribunal d’Al Minya a condamné à mort 529 sympathisants des Frères musulmans pour le meurtre d’un policier. On leur reproche d’avoir contribué, tous ensemble, à cette mort intervenue dans le cadre des manifestations de soutien au président islamiste déchu, Mohammed Morsi, en août dernier.

Ce crime collectif, matériellement impossible, débouche sur une sentence monstrueuse. La peine de mort n’est jamais justifiable. Elle déshumanise toute la société qui l’applique. Mais une peine de mort collective, à l’issue d’un procès collectif et politique, trahit une justice tout simplement sauvage… Au service d’un processus politique inquiétant.

Après le procès absurde contre des journalistes d’Al Jazira, c’est une preuve supplémentaire que ce régime de transition, issu d’un "coup populaire" (soutenu pas des millions de manifestants) et non d’un coup d’État, vire à l’État répressif. Il doit rendre, au plus vite, les clefs au peuple, avant de trahir l’espoir de restauration démocratique qu’il a su incarner.

Menace islamiste et démocratie

Quoi que l’on pense des Frères musulmans, sans doute l’internationale la plus dangereuse qui soit à l’échelle du monde, rien ne peut justifier d’utiliser à leur encontre des méthodes qui bafouent aussi grossièrement l’État de droit.

C’est une erreur que trop de gouvernements arabes ont faite et que leurs peuples leur demandent de ne plus faire depuis le printemps démocratique. Le général Sissi, si populaire, devrait entendre le message du peuple qui l’a porté. Avant que sa transition ne transforme une fois de plus les extrémistes des Frères musulmans en martyrs…

Avant de refaire toutes les erreurs que Nasser, en son temps, a commises face aux Frères.

Nasser et les Frères "martyrs"

Menacé par la confrérie (qui lui avait intimé l’ordre d’établir la charia), il a cru qu’on pouvait éradiquer ce danger, bien réel, en violant les droits de l’homme. Procès arbitraires, tortures, sentences collectives… Toute la sauvagerie de la police et de la justice Égyptienne a été mobilisée pour les briser. Elle n’a fait que les renforcer.

Les scènes de centaines de cadres des Frères musulmans mis en cage, puis relâchés (plus radicaux que jamais) ont donné lieu au cercle infernal que l’on sait. C’est en prison que Sayyed Qutb, l’un des cadres des Frères, a théorisé le droit de tuer les tyrans apostats et de passer au jihadisme. D’autres récits de tortures en prison, souvent à base de chiens, ont hanté des générations de jeunes Égyptiens au point de les faire basculer dans l’islamisme le plus radical, par refus du régime autoritaire de Nasser… Pendant que l’opposition démocrate et laïque, sans mosquées pour se réunir ni soutiens financiers étrangers, subissait le double fouet de la répression et de l’isolement.

La suite, nous la connaissons tous. Les cadres radicalisés des Frères musulmans ont essaimé en exil, dans les autres pays arabes et en Europe, où ils ont semé leur poison et lever des troupes pour préparer la revanche.

Dommages collatéraux algériens… et tunisiens ?

Les Algériens ont payé le plus lourd tribut. Tout juste sortis de leur guerre pour l’indépendance, alors que le FLN cherchait à "arabiser" les écoles, le pays manquait de cadres et de professeurs. Le grand frère Nasser s’est fait un plaisir de leur envoyer en priorité des enseignants issus de la confrérie des Frères musulmans, pour s’en débarrasser.

Une génération plus tard, des jeunes algériens formés à apprendre à réciter le Coran par cœur, dans un arabe qui n’était pas le leur, sont devenus non seulement aculturés mais fanatiques et ont ravagé l’Algérie. Des années noires qui ont fait plus de 100 000 morts.

Est-ce le destin funeste que l’Égypte actuelle souhaite à la Tunisie ? Sur les 529 condamnés à mort, seuls 153 sont en état d’arrestation. Les autres sont dans la nature et pourraient bien trouver refuge en Tunisie. Du moins si le président Moncef Marzouki, l’allié historique des islamistes tunisiens, saisit le prétexte des droits de l’homme pour les accueillir à bras ouverts. Ce qui semble se dessiner.

La faute Égyptienne se transformerait alors en fardeau supplémentaire pour la Tunisie, tout juste convalescente et déjà menacée par le retour de ses propres jihadistes partis en Syrie. Le printemps arabe, qui sortait enfin de l’hiver, pourrait replonger. Les Frères musulmans, réorganisés et de nouveau martyrs, pourraient de nouveau le gâter. Et cette fois pour longtemps.

Caroline Fourest

 

Le FN enfin responsable

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Dans certaines villes, les Français détestent tellement la classe politique, la politique en général, tous les responsables (ceux qui gèrent quitte à décevoir), qu’ils préfèrent voter Front national. Simplement parce que ce parti n’a jamais exercé le pouvoir. Ce n’est pas une surprise, c’est même assez banal, mais troublant quand on sait ce qui différencie vraiment le FN des autres partis… Avoir tous les défauts de politiciens usés par le cynisme et le pouvoir, sans avoir jamais (ou presque) exercé la moindre responsabilité.

Une certaine constance

Ne parlons même pas du fonctionnement autoritaire, népotique et fort peu transparent au niveau national. Ni du soutien à Bachar El Assad ou à Vladimir Poutine. Sur tous ces points, il n’existe aucun "renouvellement" entre Jean-Marie Le Pen et Marine Le Pen. Pour s’en convaincre, il suffit de lire Revenus du Front. Thierry et Nadia Portheault, deux militants qui ont cru au "nouveau" Front national et se sont donnés corps et âmes (Nadia Portheault a même été tête de liste pour les municipales à Saint Alban), avant d’en partir écœurés… Par le fonctionnement clanique, le double discours, le degré de racisme, d’antisémitisme et la nostalgie pour le nazisme de certains cadres locaux promus sous l’ère Marine Pen.

Mais parlons de ces élus locaux que le Front national vante comme un "espoir" de renouveau pour la vie politique. Non pas les quatre-vingt candidats étrangers que ce parti — opposé au vote des étrangers — a présentés pour boucler ses listes. Non, parlons simplement des candidats du FN français.

Cynisme et amateurisme

On nous dit que les Français votent FN parce qu’ils en ont marre des politiciens habituels, et de leur cynisme… Quoi de mieux que de voter pour Dominique Martin, arrivé en tête à Cluses ? En 2007, il était en charge des formations au Front. Ses conseils aux candidats ont été enregistrés à son insu par un journaliste. Il faut l’entendre parler du "client-électeur", qu’il propose d’alpaguer en étant "démago à mort". Son mépris pour les retraités et les "Portugais (qui) font selon lui tout à la main, roulé sous les aisselles"), ses imitations grotesques, ont visiblement séduit en Haute-Savoie… A croire que Dominique Martin a raison. Certains "clients électeurs" ne sont pas très regardants sur la marchandise.

La preuve, certains n’ont eu aucun mal à voter pour des listes FN bouclées à la va vite, où l’on trouve pêle-mêle des post-adolescents, une actrice porno, un ancien promoteur de slips, et beaucoup de retraités mis sur la liste sans le savoir… Dont certains sont finalement morts avant l’élection.

"Renouvellement" ou opportunisme ?

On nous dit : les Français votent FN parce qu’ils veulent le renouvellement. Ne plus voir toujours les mêmes têtes à la télévision, opportunistes et nombrilistes.

Quoi de mieux, en effet, que de voter pour Gilbert Collard à Saint Gilles ? Ou Robert Ménard, arrivé en tête Béziers ? L’homme qui a soutenu les journalistes islamistes à Reporters sans frontières avant de fréquenter les identitaires Bretons, celui qui a tendu le micro à Tariq Ramadan, touché de l’argent du Qatar, avant de préféré gagner son pain grâce au Front national. Connu pour son opposition féroce au mariage pour tous, on aimerait savoir s’il se réjouit du fait qu’Hénin-Beaumont va avoir un maire gay grâce au Front national ?

Il est vrai que les Héninois ne l’ont pas élu pour cette raison. Contrairement à la plupart des candidats FN parachutés ou collés in extremis sur une liste, Steeve Briois est réellement implanté. Il peut difficilement faire pire que ce qui l’a précédé, tant la gauche locale ne s’est pas ménagée pour pousser les électeurs dans les bras du FN, à force de magouilles et de clientélisme avéré. Mais il existait d’autres alternatives, plus constructives, que de faire une croix sur l’avenir économique de leur région, déjà sinistrée… Car c’est bien le choix qu’ils ont fait. La ville ne peut évidemment pas lutter contre la mondialisation et les délocalisations sans attirer des investisseurs et donc sans un important réseau politique. Ce qui sera infiniment plus difficile dotée d’un maire FN, épouvantail et isolé.

Il faut croire que pour certains électeurs, l’essentiel n’est pas d’avoir un travail mais de se sentir chez soi. Comme l’a si bien dit Thierry Paimparet, un candidat sur la liste de Dominique Martin à Cluses : "Plutôt être envahi par la Russie de Vladimir que finir par subir l’islamisation". Il pose volontiers en treillis avec une kalachnikov.

Un parti comme un autre ?

À moins d’enlever le mot égalité de notre devise républicaine, le FN ne sera jamais un parti républicain. Mais on nous répète qu’il a changé. C’est pourtant bien sous Marine Le Pen, à ces élections municipales qu’il a présenté un candidat admirant Mein Kampf ou une candidate ayant posé avec des drapeaux nazis. Une autre était fan d’uniformes SS et un autre encore ayant le blason de la Division SS Charlemagne tatoué sur le corps. Ce qui ne veut pas dire que le parti ne fait pas beaucoup d’effort pour s’inspirer de l’étranger…

Prenez David Rachline, arrivé en tête à Fréjus. Il s’est beaucoup inspiré de l’extrême droite suisse pour une affiche contre l’"islamisation". Poursuivie en justice, elle montrait un grand drapeau algérien envahissant la France, soudainement hérissée de minarets. Comme si tous les Algériens, même ceux ayant fui l’islamisme, représentaient en soi un risque d’invasion intégriste… Attention, si le FN peut se montrer méfiant envers l’immigration laïque, tous ses candidats ne sont pas racistes envers les islamistes. La candidate arrivée en tête à Tarascon, Valérie Laupies, est une grande admiratrice d’Alain Soral et donc de ses amis du Hezbollah et de l’Iran.

Certes, Julien Sanchez, arrivé en tête à Beaucaire, a été condamné pour "provocation à la discrimination et à la haine raciale et religieuse". Un commentaire de sa page Facebook reprochait au député UMP du coin d’avoir "transformé Nîmes en Alger". Mais sa camarade, Marie d’Herbais de Thun, celle qui l’aide à interviewer chaque semaine Jean-Marie Le Pen pour la télé web du Front, elle, n’a rien contre certains Arabes et certains Noirs… Du moment qu’ils s’appellent Bachar El Assad ou Dieudonné. Elle était chargée de mener la liste à Savigné L’évêque. Mais elle n’a pas trouvé assez de candidats pour former une liste… Même dans les maisons de retraite.

Dans le 12e arrondissement de Paris, Pierre Panet, également admirateur de Dieudonné, a réussi à boucler sa liste et à tenir le flambeau. Et quel flambeau ! L’homme explique à qui veut l’entendre que le négationniste Faurisson est "un grand humaniste".

Non vraiment, le FN a bien changé. Et grâce à lui le "renouveau" de la classe politique est bien engagé. Quand on connaît la qualité de sa contribution au débat public et politique, sans avoir le moindre pouvoir ou la moindre responsabilité, on a vraiment hâte de le voir enfin travailler.

Caroline Fourest

Publication: 25/03/2014

Conférence au Danemark 2014

Conférence à Copenhague et retrouvailles avec Flemming Rose (qui a publié les caricatures de Mahomet). Sur la liberté d’expression, la montée de l’extrême droite en Europe et le risque d’un conflit mondial suite à l’annexion de la Crimée par Poutine. Nombreux entretiens (radio, télé, presse écrite). Merci à l’ambassadeur François Zimeray et à toute son équipe pour ce dynamisme au service d’une ambassade des droits de l’homme.

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Ukraine: comme un parfum de guerre froide

Il flotte bien dans l’air ce parfum. Moscou en joue et en surjoue pour tenter de présenter la crise actuelle comme le résultat d’un complot "occidental", tout en criant au "putsch fasciste". Plus c’est gros, plus ça passe. La réalité, rappelons-la au cas où, c’est que Moscou et non Washington, Paris ou Berlin, est à l’origine de cette crise.

Ce n’est pas plus l’Occident fantasmé qui a sommé l’Ukraine de choisir entre l’Europe et la Russie, mais bien la Russie. Ce n’est pas l’Occident mais Moscou qui a poussé Ianoukovitch à se montrer brutal envers son peuple, si brutal que se peuple s’est soulevé et l’a destitué.

Enfin, c’est Moscou et personne d’autre qui viole l’intégrité territoriale de l’Ukraine en annexant militairement la Crimée. Ce qui lui faisait envie depuis longtemps. Par-delà la référence à la guerre froide, c’est une guerre coloniale qui se déroule sous nos yeux.

Une colonisation

Elle devrait choquer tout le monde. Et pourtant à l’extrême droite comme à gauche de la gauche, des voix s’élèvent pour justifier l’ingérence et l’agression unilatérale de Moscou…

C’est assez tordant de la part d’une extrême droite souverainiste. Si pro-Poutine qu’elle en vient à soutenir l’agression de la souveraineté ukrainienne pour assouvir les visées impérialistes de la Russie et de son extrême droite. C’est moins surprenant venant de ceux qui analysent toute crise, surtout si l’Otan doit s’en mêler, comme au temps de la guerre froide. Sur Internet, rien n’est plus vendeur que le complot façon CIA, quel que soit le conflit et l’enchaînement des faits. Hier, c’était le printemps arabe qui était manipulé. Aujourd’hui, c’est donc la révolte de Maïdan.

En plus de tordre la réalité, ces hypothèses -fortement manipulées par des auteurs conspirationnistes très souvent pro-Russes- survalorisent le rôle des États tout en méprisant la montée en puissance des sociétés civiles, de plus en plus motrices de l’Histoire.

Bien sûr, des capitales occidentales soutiennent (et c’est bien normal) les revendications démocratiques de ces sociétés civiles, mais elles n’ont ni les moyens ni même la possibilité pratique d’inventer des foules ou de les contrôler.

Les Etats-Unis n’avaient d’ailleurs aucun intérêt à imaginer pareille opération en Ukraine et, tout au contraire, besoin de ménager Moscou sur les dossiers iraniens et syriens, autrement plus prioritaires à leurs yeux.

En revanche, Moscou ne recule devant aucune opération d’intoxication pour effrayer les Ukrainiens russophones, les monter contre ceux de Maïdan, dans l’espoir de susciter des heurts qui lui fourniront un prétexte pour intervenir militairement et annexer au moins la Crimée. Un lieu stratégique pour ses intérêts.

Vers une guerre civile ?

Le risque d’une guerre civile existe-t-il? Il est possible que des Ukrainiens russophones, apeurés par la propagande de Moscou, tabassent ici ou là, c’est déjà arrivé, des pro-Européens. Il est possible que face à ces violences et à l’agression de leur territoire, faisant suite à des décennies d’ingérence post-coloniale, des Ukrainiens nationalistes attaquent des pro-Russes.

Mais pour l’instant, ce n’est pas le cas. Et même si c’était le cas, ce serait l’affaire des Ukrainiens, plus attachés à leur unité et à leur indépendance qu’on ne le dit, y compris à l’Est. Si la Russie prenait l’initiative d’une guerre sur le sol ukrainien, elle prendrait le risque de les révolter, comme elle finirait par soulever le cœur de ses propres citoyens, qui ne sont plus enfermés derrière le rideau de fer de l’information russe et ont accès à Internet, donc à d’autres visions de l’actualité.

Il n’y a plus de rideau de fer

L’autre différence avec la guerre froide, c’est l’absence de rideau de fer économique. Les intérêts sont bien plus imbriqués qu’au temps de la guerre froide.

Si l’Europe a besoin du gaz russe, la Russie a besoin de vendre son gaz à l’Europe, notamment à l’Allemagne. Ses oligarques vont aussi dépenser leur argent sur la côte d’Azur. La menace de sanctions économiques, le fait que la crise fasse plonger le cours des actions Gazprom, peut donc avoir un véritable impact.

La Russie est un colosse plus fragile qu’il n’y paraît. Ne serait-ce que pour rembourser l’immense dette que doit l’Ukraine à Gazprom.

On peut donc espérer une désescalade, mais pas sans avoir haussé le ton d’abord. Car c’est bien connu, Vladmir Poutine ne connaît et ne respecte que le langage de la force. Il méprise les faibles comme Viktor Ianoukovitch ou les Européens quand ils tergiversent. Il faut donc être déterminés à ne rien laisser passer pour espérer un compromis et ne surtout pas mésestimer la logique belliqueuse dans laquelle se trouve Vladimir Poutine. Ne pas penser selon les standards démocratiques et s’attendre à tout de sa part.
Il faut surtout espérer que cette crise soit résolue par une médiation de l’Union européenne et non pas par une intervention de l’Otan.

L’honneur européen en jeu

Dans cette histoire, il ne s’agit pas seulement -mais c’est déjà beaucoup- d’éviter un bain de sang aux portes de l’Europe, de faire respecter les traités internationaux, d’encourager la suite du printemps démocratique. Il est aussi question de construire enfin une Europe politique et un monde multipolaire, loin, justement, des vieux schémas de la guerre froide.

C’est lors de crises comme celle-ci que se bâtissent les Nations. Et non pas dans le fait de savoir s’il faut réglementer la taille des légumes.

Si l’Union européenne veut être un jour plus qu’un édifice artificiel, si elle veut devenir une vraie Nation européenne, elle doit défendre l’Ukraine et parler d’une seule voix et d’une voix ferme face à la Russie. En s’y prenant bien, elle dégonflera peut-être le poids de l’extrême droite en Ukraine mais surtout la menace extrémiste qui existe en son sein. En s’y prenant mal, elle ravivera les deux.

Caroline Fourest

 

Alerte propagande sur l’Ukraine

Des manifestants tués à balles réelles, le 20 février, par la police à Kiev.

Usant des vieilles méthodes habituelles, le régime russe tente de discréditer par tous les moyens les manifestants de la Place Maïdan. Ses supplétifs, les réseaux de Dieudonné et Soral, et les sympathisants du FN, diffusent partout l’idée que flotterait un portrait d’Hitler sur les barricades. Sauf qu’il s’agit d’une manipulation. Comme le fait de faire passer quelques carabines (effectivement présentes parmi les manifestants) pour une tentative de « coup d’État » (américain bien sûr). Exactement comme ils sont capables d’accuser, dans la même phrase, les Femen d’être à la fois financées par Israël et nazis, les supplétifs de Moscou sont donc capable d’accuser les États-Unis (et pourquoi pas le Mossad) de vouloir renverser le pouvoir ukrainien pour mettre au pouvoir Hitler ! La vérité, moins romanesque et plus sinistre, c’est que le régime voyou de Ianoukovitch (l’homme qui avait volé l’élection en 2004 et déclenché la Révolution Orange) est détesté dans son propre pays, par son propre peuple (y compris dans la partie russophone) et qu’il laisse des « snipers » tirer sur des manifestants, même lorsqu’ils ne sont qu’armés de boucliers et non de carabines. La vérité, c’est que des opposants ont été enlevés et torturés par des miliciens parlant avec un accent russe et non ukrainien, comme souvent lorsque la « marionnette de Moscou » préfère laisser faire les basses-oeuvres par son « grand frère », qui lui réclame du « tonus » et de s’essuyer les pieds sur son peuple, tout en dénonçant (on se tord de rire) l’ « ingérence » européenne. La vérité, n’en déplaise aux adeptes de la propagande russe déguisée en « réinformation », c’est que la France n’est pas « dictature » comme le disent partout les opposants au mariage pour tous, mais que leur modèle, Moscou, est un colon, qui ne respecte pas la souveraineté de l’Ukraine, ni la liberté d’expression, la vraie. Celle qui ne consiste pas à inciter à la haine ou à la discrimination, mais à réclamer le droit de vivre libre et non enchaîné.

Caroline Fourest

Ps : le fait qu’il y ait des manifestants d’extrême droite parmi les centaines de milliers d’opposants au régime de Ianoukovitch ne change rien à l’affaire. Quand des militants fascistes en France veulent renverser une démocratie pour lui substituer, par la violence, un ordre autoritaire, il faut les combattre. Quand des militants d’extrême droite manifestent, parmi d’autres, contre une démocratie corrompue qui tire sur la foule sans discernement, avec des snipers, sur ordre de Moscou, ils ont le droit d’être défendus. Au nom des droits fondamentaux sans frontières. Même si nous les combattrons le temps venu, comme il a fallu combattre les islamistes après le printemps arabe.

Contrairement à ce qu’essaient de faire croire les partisans de la "guerre de propagande électronique" lancée contre moi par les réseaux pro-Russes, ce n’est absolument pas une contradiction mais, tout au contraire, une question de lucidité et de principes. Ce que font semblant de ne pas comprendre les partisans de Dieudonné, adeptes du " deux poids, deux mesures" ?  Plutôt d’une ligne très claire. Eux sont pour la liberté d’expression quand il s’agit d’inciter à la haine et contre le droit de manifester quand il s’agit de militer pour la démocratie, en Ukraine ou en Iran. Au moins, c’est clair. Une position infecte et lucrative.