Dupont-Aignan ou le théâtre de Guignol

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Le marché conclu entre Monsieur Dupont-Aignan et Madame Le Pen est peu surprenant mais laisse un fumet malodorant. Il ne s’agit pas d’un ralliement désintéressé dans l’intérêt du pays, ni d’un appel républicain à faire barrage (coûteux pour certains), mais de son exact contraire : un petit deal politicien.

Il aura donc suffi de peu, la promesse d’un poste et peut-être de rembourser ses frais de campagne (un peu léger avec le concept de dette, « Debout la France » a dépensé trop d’argent en pensant faire plus de 5%) pour ravaler ses diatribes contre le FN et solder l’héritage gaulliste, dont il se revendique en bombant le torse.

Je regrette souvent que tous les électeurs d’un pays n’aient pas la chance d’approcher certains animaux politiques de près. On y apprend tellement plus qu’à la télévision. Il m’est arrivé d’interviewer Monsieur Dupont-Aignan et aussi de débattre avec lui. J’ai rarement croisé un personnage politique aussi factice et démagogue.

Juste une anecdote. Il y a quelques années, Le Nouvel Obs nous avait invité à débattre de la laïcité à Strasbourg. Il est arrivé très en retard. J’avais commencé à mettre en garde contre l’aveuglement d’une certaine gauche, la montée du danger intégriste, et la nécessité de renforcer notre vigilance. Nicolas Dupont-Aignan est parti dans une diatribe grossière contre les médias, les élites, le système, et les politiques, tous pourris, tous lâches, sauf lui. Ne pouvant accepter ce raccourci grossier, visant uniquement à le mettre en valeur, sans rien apporter, j’ai précisé que le danger venait moins des politiques en général que des concessions clientélistes faites par des élus locaux au détriment de la loi de 1905. Nicolas Dupont-Aignan m’a ri au nez avant d’expliquer que lui même prêtait un local municipal à une association musulmane pour prier et qu’il ne voyait pas le problème. Son propre public n’en revenait pas. Le numéro de claquettes se dégonflait.

Avec cet accord honteux, politicien en diable, le masque est tombé. Espérons que les électeurs dupés en tirent quelques leçons. Ceux qui vomissent le « système » qui les fait vivre sont souvent les pires… Quant à ceux qui les croient et pensent que la politique est un spectacle, même pour se divertir, il n’est pas superflu de bien choisir ses guignols.

Caroline Fourest

Paris et Londres doivent (vraiment) s’unir face au terrorisme

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Après les attentats de Paris, j’ai entendu tant de journalistes anglais lier ouvertement les attentats de Paris au modèle d’intégration français et à sa laïcité, présentés comme « islamophobes ».
Il y a encore quelques jours un grand journal anglais présentait l’attentat d’Orly (visiblement très impulsif et peu préparé) comme une « faille » de plus en France… Alors qu’il s’agit d’attaques quasi impossibles à éviter.
A la minute où l’on a appris l’attentat à Londres, des twittos se sont rués sur leur smartphone pour nous expliquer que les chaînes anglaises, au moins, ne se précipitaient pas pour parler d’attentat, contrairement aux chaines françaises. C’est faux. Les chaines d’information britanniques ont très vite parlé d' »incident terroriste ». Elles se permettent des commentaires que je n’ai jamais entendus sur les chaines d’infos françaises. L’une d’elle s’est même trompée en diffusant un faux nom et une fausse photo du terroriste… Qui s’avère être un citoyen britannique, né et « made in » UK.
Ce que j’essaie de dire, c’est qu’il est peut-être temps d’arrêter de croire qu’un modèle culturel protège du mal terroriste. Il nous frappe tous.
Comme il est temps d’arrêter de trouver des mobiles sophistiqués à des tueurs qui agissent comme des monstres.
Il est temps d’accepter qu’on ne peut arrêter toutes les attaques (on en arrête déjà beaucoup) quand on vit sous la menace de groupes aux abois.
Il est temps de regarder ce qui nous unit : faire horreur aux fanatiques, totalitaires et terroristes.
Toute ma solidarité avec Londres et la Grande-Bretagne, injustement frappées, comme le sont toute les villes et tous les pays.

Caroline Fourest