À mes procureurs Ruquier et Caron

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Ce samedi soir, de façon assez sidérante, Laurent Ruquier m’a excommuniée d’On n’est pas couché. Car, dit-il, je lui aurais « menti ».

De quoi parlons-nous? Toujours de cette plainte ubuesque intentée en 2013 par la famille d’une jeune femme voilée suite à l’une de mes chroniques dénonçant les agressions contre des femmes voilées. Sans la nommer, j’invitais mes interlocuteurs à ne pas s’emballer sur une affaire instrumentalisée par des collectifs intégristes, où la version de la victime est confuse, et où l’avocat, maître Hosni Maati, parle d’agression commise par un skin « à crête rouge ».

C’est cette plainte qu’Aymeric Caron n’a cessé d’agiter pour tenter d’entacher ma crédibilité et de m’empêcher de parler de mon livre, jusqu’à ce que je lui dise ses quatre vérités. Le début d’un « buzz » imbécile aboutissant à cette excommunication.

Tout est symptomatique dans cette affaire. Visiblement influencé par la version de maître Maati, Laurent Ruquier m’accuse d’avoir « menti » pour avoir dit à Aymeric Caron de passer à autre chose, puisque ce procès avait été « gagné » en appel.

En l’occurrence, je me référais à un message de mes avocats: « C’est bon. Ils n’ont pas interrompu le délai de prescription pour l’appel… ». N’étant pas juriste, j’ignorais qu’il existe un délai technique entre le moment où les avocats constatent la prescription, et le moment où la Cour d’appel doit statuer pour le déclarer. Ce que j’ai appris le lendemain matin.

J’ai aussitôt fait cette précision sur mon blog, ainsi que sur Europe 1et LCP. Tout comme mon avocat. Maître Richard Malka a ainsi écrit: « Je confirme que ma cliente a toutes les raisons d’être sereine. Comme je l’en ai informée avant l’enregistrement de On n’est pas couché, nous avons constaté que le délai n’ayant pas été interrompu par la partie adverse, l’action est prescrite. Ce que nous allons demander à la Cour de constater. »

Pourquoi Laurent Ruquier a-t-il choisi de ne pas dire cette vérité à l’antenne ? Pourquoi ne pas avoir cité la mise au point de mon avocat, qui a été transmise à son équipe, au lieu de m’accuser d’avoir menti ? Serait-ce parce que la vérité importe moins que de me faire payer un crime de lèse-majesté, presque un blasphème: avoir égratigné On n’est pas couché dans la presse ?

Faut-il s’en étonner ? Nous parlons d’une équipe plusieurs fois rappelée à l’ordre par le CSA (iciici et là également), connue pour ses dérapages sexistes (iciici et ), capable d’annoncer la mort d’une femme qui vit encore, de sauver au montage les propos douteux d’Aymeric Caron sur les crimes de Mohammed Merah face à Alexandre Arcady, d’inviter Tariq Ramadan sans vraiment le contredire, de promouvoir des conspirationnistes, de mettre cinq ans à l’antenne un procureur xénophobe comme Eric Zemmour (condamné pour provocation à la « haine raciale »), quand elle ne met pas en scène la gauche « idiote et utile » à travers Eric Naulleau et Aymeric Caron…

Un chroniqueur prêt à tout pour éviter le débat de fond sur cette gauche islamo-gauchiste qu’il relaie. Y compris m’accuser d’avoir « modifié » et fait disparaître cette fameuse chronique sur l’agression des femmes voilées pour effacer mes traces… Alors qu’elle est passée en direct à la radio et toujours disponible, telle quelle, sur le site de Radio France!

Laurent Ruquier a-t-il demandé à Aymeric Caron de s’excuser à l’antenne de cette accusation mensongère? Pas du tout. Pas plus qu’il ne lui a demandé de s’excuser d’avoir mis en cause ma présomption d’innocence, qui court tant que la procédure court aussi. J’éclaterais de rire si cette polémique absurde n’avait pas pour effet d’occulter l’essentiel.

Faut-il rappeler le contexte dans lequel nous essayons d’avoir un débat sur le droit au blasphème? Le nombre d’amis déjà morts, celui en danger, les menaces qui pleuvent? Les amuseurs de foule, de buzz et de clash, ne pourraient-ils pas cinq minutes mettre de leur côté leurs recettes habituelles au lieu de participer au lynchage par jeu?

Cette excommunication hors de propos va nourrir la propagande de mes adversaires habituels. Ceux qui m’accusent de mentir pour me faire payer d’avoir démonté, preuves à l’appui, les mensonges de Tariq Ramadan, les Pascal Boniface, les Indivisibles, les Indigènes de la République… Leurs campagnes calomnieuses et leurs procès d’intentions visent depuis des années à attaquer ma crédibilité pour éviter d’avoir à répondre à mes arguments.

Drôle de monde, où l’on réussit à faire passer l’anecdotique pour l’essentiel, les pacifistes pour des violents, les tueurs pour des victimes, et au final le vrai pour du faux.

Combien de temps allons-nous accepter ce triste spectacle capable de noyer des débats aussi vitaux dans l’absurde?

Caroline Fourest

Pour mémoire

La première fois que j’ai croisé Laurent Ruquier, c’était en 1999. Il animait une émission de radio, rêvait de réussir à la télévision, à l’époque sans succès, mais il avait déjà ce pouvoir: celui de faire ou défaire une réputation. L’un de ses chroniqueurs venait de diffamer Lionel Poilâne dans une vanne, en ironisant sur ce marchand de pain faisant son beurre pour financer le Front national. Une accusation lancée par un concurrent, reprise pendant des années par des journalistes mal informés, malveillants ou simplement trop paresseux pour mener l’enquête.

Cette enquête, nous l’avions menée avec Fiammetta Venner, qui faisait alors une thèse de Sciences politique sur l’extrême droite. Ensemble, nous avons passé près d’un an à éplucher le Journal officiel recensant toute personne morale ayant fait un don aux partis politiques.

À la demande de L’Evènement du Jeudi, qui voulait en avoir le cœur net, nous avions demandé à voir tous les comptes de la Société Poilâne. Lionel Poilâne nous avait tout ouvert, tellement il souffrait de cette rumeur, injuste et infondée. Forcé d’admettre l’erreur de son chroniqueur, qui s’en est excusé, Laurent Ruquier a décidé, pour se rattraper, d’inviter Lionel Poilâne dans son émission. Le boulanger insista pour que je le sois aussi, afin de parler de mon enquête, parue dans une petite maison d’édition.

Je n’avais que vingt-trois ans, peu l’habitude des médias et je venais en confiance pour parler de ma méthode de travail. Je pensais naïvement que Laurent Ruquier aurait à cœur de se rattraper en me laissant parler de mon enquête. Pas du tout. À ma grande surprise, il passa l’émission à m’agresser et à m’accuser d’avoir d’avoir donné des noms… Ceux des entreprises finançant -réellement- le FN. J’en suis sortie passablement troublée.

Un an de travail méthodique venait d’être ridiculisé par un animateur m’ayant invité pour se dédouaner d’une rumeur qu’il avait relayée sans la vérifier… Le monde des médias, il faudrait s’en souvenir, était un monde cruel.

J’avais totalement oublié cette anecdote, elle ne m’est revenue que samedi soir, en entendant Laurent Ruquier me bannir de « ses émissions ».

 

Des plaintes pour intimider 

L’avocat à l’origine de cette campagne folle, Hosni Maati, est aussi l’avocat des Indivisibles, l’un des groupes que je mets en cause pour sa campagne infâme menée depuis des années contre Charlie Hebdo.

Ne reculant devant aucune méthode d’intimidation, les Indivisibles et leur avocat sont allés jusqu’à porter plainte contre Jeannette Bougrab qui, après la mort de Charb, leur reproche d’avoir contribué à ce climat meurtrier en nous traitant à longueur de journée « d’islamophobes ». Pour me faire payer mes années d’alertes, leur avocat a porté plainte contre l’une de mes chroniques de France Culture de 2013.

Celle où je prends position contre l’agression de femmes voilées, en les qualifiant de racistes, tout en mettant en garde contre l’emballement médiatique concernant deux affaires où les versions sont à la fois confuses et instrumentalisés par des collectifs intégristes.

Je ne suis pas la seule à avoir recommandé la prudence. Slate l’a faitLibération a parlé de versions divergentes.  L’Express l’a fait. L’avocat, lui-même, reconnaît n’avoir pas tous les éléments.

On peut lire ainsi dans un article de L’Express : « Selon Me Hosni Maati, qui défend les deux victimes, les agresseurs dans ces deux affaires, un homme au crâne rasé et en veste de cuir, et un autre portant une petite crête, se ressembleraient. Interrogé par l’AFP jeudi après-midi, l’avocat a toutefois appelé à la prudence, expliquant n’avoir pas encore pu parler directement à sa cliente mais seulement à son mari. »

C’est pour avoir émis ce même doute, tout en prenant soin de dire que cette agression a pu avoir lieu et qu’il fallait attendre la fin de l’enquête, que j’ai été condamnée en première instance. De façon totalement incompréhensible, mais banale.

Ces procédures finissent généralement pas tomber en appel ou en cassation. La vie d’un journaliste travaillant sur des sujets qui fâchent est faite de plaintes, souvent gagnées, parfois perdues.

Un exemple : nous avons gagné l’essentiel des points soulevés par le FN contre notre livre : Marine Le pen démasquée. Comme l’existence d’emplois fictifs, une tentative d’extorsion de fonds et les menaces proférées par Jean-Marie Le Pen contre l’ancien imprimeur du Front… Mais nous avons perdu pour avoir rappelé les propos de Pierrette Le Pen rapportant l’antisémitisme « privé » de Jean-Marie Le Pen. Absurde, mais cela suffit à Marine Le Pen pour tenter de décrédibiliser le livre.

Le FN a également réussi à salir l’excellente enquête de Guy Konopnicki, Les Filières Noires, où il révèle l’existence d’un compte en suisse dès 1996, bordereau à l’appui… Simplement parce qu’il a été condamné en diffamation pour un commentaire ironique quelques pages plus loin. Tout le monde reconnaît aujourd’hui qu’il avait raison.

Entre les Lignes

 

L’invitée de la semaine dans « Entre les Lignes » est Caroline Fourest, auteure de « Éloge du blasphème » (Ed. Grasset). A partir de 37’20

Chaque semaine, Entre les lignes propose également dans le « Kiosque », une lecture éclairée de « quatre news magazines » : Le Figaro Magazine, Le Point, Marianne et Le Nouvel Observateur.

Titre à la Une, angles choisis, images sélectionnées… Frédéric Haziza orchestre le débat entre quatre rédacteurs en chef de news magazines sur les choix éditoriaux réalisés par les rédactions respectives.

Les invités cette semaine :

Fabien-Roland Lévy (Le Point)

Carl Meeus (Figaro Magazine)

Anne Rosencher (Marianne)

Carole Barjon (L’Obs)

 

« Rire du fanatisme religieux, ce n’est pas raciste » (BFM)

Caroline Fourest, journaliste et essayiste, était l’invitée mercredi soir de Laurent Neumann dans BFM Stories. Elle était venue présenter son nom livre « Eloge du blasphème », publié chez Grasset. Interrogée sur la différence entre Charlie Hebdo et Dieudonné, elle a répondu:  » Si vous êtes réellement antiraciste, vous ne pouvez pas ne pas comprendre que rire du fanatisme religieux, ce n’est pas raciste. C’est de l’ordre du débat d’idées. Ça fait partie de la démocratie et c’est même quelque chose de progressiste. Ce que Dieudonné fait ce n’est pas rire du judaïsme (…) C’est rire des juifs pour inciter à la haine des juifs, des homosexuels. Charlie est antiraciste, Dieudonné est raciste. Charlie se moque du terrorisme. Dieudonné rit avec le terrorisme. »