Après l’horreur d’Orlando

Retrouvez ma participation, en partie 1 et 2, à la matinale de France Culture consacrée à l’attaque d’Orlando.

Friends and family members embrace outside the Orlando Police Headquarters after a shooting at the Pulse night club in Orlando

Friends and family members embrace outside the Orlando Police Headquarters during the investigation of a shooting at the Pulse night club, where as many as 20 people have been injured after a gunman opened fire, in Orlando, Florida, U.S June 12, 2016. REUTERS/Steve Nesius TPX IMAGES OF THE DAY – RTX2FU6A

Panamza, Oumma et Soral condamnés pour « diffamation publique » à l’encontre de Caroline Fourest

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Hicham Hamza du site complotiste Panamza, Zouhair Amri de Oumma.com et Alain Bonnet dit Soral viennent d’être condamnés pour « diffamation publique » à l’encontre de Caroline Fourest

Dans un article de 2013 intitulé « 11 septembre : Caroline Fourest prise en flagrant délit de bidonnage », la fine équipe des désinformateurs habituels hurlait contre un documentaire démontant de façon implacable la rhétorique complotiste (« Les obsédés du complot », France 5).

On y voit notamment une séquence où des sympathisants de REOPEN 911 délirent de façon particulièrement nébuleuse et comique sur le lien entre 11 septembre et Mossad. Alors que tout le monde peut entendre leur propos, un sous-titre a été ajouté par la monteuse à cause de la mauvaise qualité du son. Plein de ressources, nos inspecteurs gadgets y ont vu la preuve qu’on cherchait — tenez-vous bien — à « dissimuler la connexion Israélienne du 11 septembre » (sic).

Certains sites sont même allés jusqu’à écrire que ce documentaire, mis en avant et salué par la chaîne, allait être « sanctionné par le CSA ». Ce qui est tout simplement faux et sorti tout droit de leur imagination. On sait maintenant ce que veut dire « ré-information » : désinformer, tout simplement.

 

Les casseurs d’unité

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Il existe décidément un gouffre entre le petit cercle ayant bien ri de voir une voiture de police en feu, posté des commentaires amusés, des tonnes de smileys, un pancarte « poulets rôtis ». Et la foule de ceux qui, bien plus nombreux, trouvent cette violence aussi stupéfiante qu’indécente.

Faut-il rappeler qu’il y a six mois, des policiers se trouvaient sous le feu de balles terroristes et qu’on y laissait 130 corps ? Faut-il rappeler que les forces de l’ordre peuvent être tirés comme des lapins, à tout moment, par des fanatiques en cagoule croyant jouer à la guerre sainte. Ils sont déjà bien assez épuisés, par des milliers d’heures supplémentaires, pour ne pas avoir à jouer à Kung fu Panda avec des faux rebelles à capuche, croyant rejouer Mai 68 ou la Commune.

Nous ne sommes ni en Mai 68 ni au bon vieux temps de la Commune. Mais en 2016. Et en 2016, la police a déjoué sept tentatives d’attaques depuis un an. On s’attend à tout moment à des tirs dans la foule. Chaque rassemblement est un enfer à sécuriser. L’Euro s’annonce comme un moment à haut risque.

C’est à cause de ce risque qu’il faut sans doute prolonger l’Etat d’urgence. Il n’empêche pas de manifester, tous les soirs si on veut, contre la loi travail ou les violences policières. Qui existent et se multiplient. Mais rien, absolument rien, ne justifie de s’en prendre physiquement aux gardiens de la Paix. Qui plus est quand la paix est autant menacée.

La responsabilité gouvernementale de la désunion

Le gouvernement porte clairement une part de responsabilité dans la désunion. Quand on prend des mesures à la limite de la démocratie pour lutter contre le terrorisme, on ne peut pas — en même temps — prendre le risque de fracturer un pays pour des raisons électorales ou sociales. La loi Travail est une loi incendiaire, propre à enflammer la gauche. Elle ne pouvait passer sans un bras de fer. Dans ce contexte, la brutalité symbolique d’un 49-3 s’ajoute aux mesures liberticides prises au nom de l’Etat d’urgence. Même s’il est prévu par nos institutions républicaines, n’empêche pas les navettes parlementaires, et prévoit la possibilité de censurer du gouvernement.

A un an d’une présidentielle aussi déprimante, en l’absence de perspective politique, la stratégie de l’ultra fermeté républicaine tous azimuts ne peut qu’exciter et ranimer un vieux rêve de gauche révolutionnaire ou anarchiste. De celle qui approuvait déjà qu’on pose des bombes aux terrasses des cafés sous la Troisième République, en tonnant contre les lois scélérates et une classe politique éclaboussée par le scandale de Panama. Par chance, à notre époque, c’est surtout le FN qui est concerné par les révélations des Panama Papers. Et la gauche républicaine reste largement majoritaire. Mais le Premier ministre, qui souhaite l’incarner, doit rassurer sur sa capacité à défendre autant la République que la Démocratie, en respectant davantage les contre-pouvoirs et son aile gauche.

Le chantage et l’amnésie de l’ultra-droite

Comme rien n’est jamais simple, sur son aile droite, le gouvernement est accusé de mollesse. Un refrain entendu sur toutes les chaines, en boucle, le soir de l’attaque contre la voiture de police. Le Front national, qui explose dans les intentions de vote des policiers, y tenait meeting, micro ouvert, parfois sans contradicteurs, pour accuser le gouvernement de laisser faire. Alors qu’il vient de prolonger l’Etat d’urgence, de procéder à des centaines d’interpellations et qu’il en est à assigner à résidence plusieurs militants pour leur interdire de manifester. Parfois sur des bases juridiques fragiles.

Parmi les quatre suspects arrêtés dans le cadre de l’enquête sur l’attaque contre la voiture de police, trois auraient fait « l’objet d’une interdiction de paraître dans les manifestations ». Des arrêtés cassés par le tribunal administratif. Même imparfaits, cela s’appelle des contre-pouvoirs. La preuve que nous ne vivons pas en dictature, contrairement à ceux qui croient défier un pouvoir quasi fasciste.

Les fascistes, les vrais, ne sont pas encore au pouvoir en France.

Si la gauche de gouvernement cédait à l’angélisme, sans doute, l’extrême droite aurait un boulevard. Et là, le vrai recul des libertés serait irratrapable. Dans l’opposition, elle propose déjà à mots couverts de dissoudre mettre en prison, préventivement, toute personne turbulente en manifestation voire de dissoudre l’ultra-gauche.

Bien sûr, cette droite radicale et même la droite plus républicaine s’indignaient lorsque la police interpellait les opposants ultra-violents au mariage pour tous. Par une heureuse reconstruction de la mémoire, elle ne se souvient aujourd’hui que de gentils veilleurs, assis en silence. Plus du tout des hommes en capuche rouant de coups les journalistes ou attaquant les forces de police avec la même férocité que leurs clones d’extrême gauche. Décidément, les extrêmes sont faits pour s’entendre.

En l’occurrence, l’image de cette voiture de police brûlée par des nervis d’ultra-gauche va régaler l’ultra-droite. Et encore, miracle républicain, le principal agresseur était blanc et le policier agressé, impeccable de professionnalisme, était noir. En voyant les images de l’attaque de son fils depuis la Martinique, sa mère a déclaré : « J’ai beaucoup pensé à Clarissa Jean-Philippe » (la policière tombée sous les balles de Coulibaly).

Cette peur de mère en dit long sur le traumatisme et les ressources d’un pays, qui n’a plus envie de frayeur ou de larmes inutiles, mais désespérément besoin d’unité.

Caroline Fourest

Chronique à retrouver tous les lundis sur France Culture à 7h18.

La mauvaise foi caractérisée de Raphaël Liogier

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Cette année encore, comme en 2013 et à bien d’autres reprises, Raphaël Liogier participe donc au Congrès annuel de l’UOIF. Quand je le souligne, il déforme ce que j’ai dit et rétorque qu’il ne fait pas partie de l’UOIF. Ce qui n’est pas mon propos.

1) J’ai dit — c’est précis — qu’il était un « compagnon de route » de l’UOIF, et c’est la stricte vérité. Il se rend presque chaque année à leur congrès et les défend dans tous ses livres.

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2) Il nie avoir fait une vidéo pour y inviter. Il a même écrit que c’était « faux » sur des médias complaisants n’ayant pas vérifier… Alors que c’est vrai (capture d’écran en tête de cet article).

3)  Liogier dit aussi se rendre au Congrès annuel de l’UOIF pour pour y tenir un discours « libre ». Certes, il est libre de ce qu’il dit. Mais s’il est si souvent invité, c’est qu’il tient un discours qui convient et qui arrange l’UOIF.

Tous les livres et interventions de Liogier vont dans le sens d’une critique de la laïcité française. Sa rengaine consiste à expliquer que le lobby médiatique et laïque — et non l’intégrisme ou le terrorisme — seraient responsables de la « mauvaise image » de l’Islam.

A propos de l’UOIF, il déclare : « On nous dit que c’est une organisation islamiste, quelque chose d’extrêmement dur, moi ce que j’ai trouvé dès la première année où j’y suis allé, c’est qu’ils étaient au contraire plutôt mous » (voir la vidéo ci-dessous).

Car oui, parfois, il réalise carrément des vidéos sur Oumma.com pour appeler à la « désobéissance civile » et à manifester en voile intégral pour défier la loi qui l’interdit, comme lors d’une « Muslim pride » qu’il a imaginée.

 

Suite à la publication de cet article la vidéo sur youtube a été supprimée. On peut toujours la visionner sur le site de Oumma Tv http://www.oummatv.tv/Raphael-Liogier-Les-francais

 

 

L’intimidation intellectuelle et la malhonnêteté sont des techniques assez habituelles pour empêcher toute alerte envers l’islamisme chez ce « chercheur », à l’origine de la pétition de soutien à Jean-Louis Bianco, avec Jean Baubérot, et qui dirige l’Observatoire du religieux depuis 2006. Quelques exemples.

En 2014, sur le plateau de Taddeï, il a hurlé lorsque David Thomson osait imaginer que des jihadistes partis en Syrie pourraient revenir frapper la France. Un propos qu’il accuse alors de « faire le jeu du populisme » (voir la vidéo ci-dessous à partir de 21’10 jusqu’à 23′).

 

 

En 2006, il a écrit une tribune très violente contre la remise du Prix du Livre politique à « La Tentation obscurantiste » qui s’inquiétait, il y a donc dix ans, de la complaisance d’une certaine gauche envers l’islamisme et l’antisémitisme. Une alerte qu’il qualifie de « petit bréviaire de la haine « qui va de soi » ». Rien que ça. Ceux qui ont lu le livre n’en sont pas revenus. Il faut dire que Raphaël Liogier a une imagination débordante.

Parfois, il invente carrément des propos. Je suis tombée des nues en lisant son livre, Le Mythe de l’islamisation, où il m’attribue tout simplement une fausse citation. Pour m’associer aux mouvements que je combats depuis toujours (comme Riposte laïque ou les partisans du complots « Eurabia »), il explique que moi aussi je fantasme et affabule. La preuve ? J’aurais dit que son Observatoire du religieux serait « financé par l’Arabie Saoudite ».

Une phrase sortie de nulle part (d’ailleurs non sourcée), d’autant plus étonnante que je reproche au contraire à Liogier de soutenir les Frères Musulmans (fâchés avec l’Arabie Saoudite depuis des années). Une fausse phrase donc qui lui permet de me discréditer sur trois pages, et de me traiter de menteuse (une accusation lancée par Tariq Ramadan depuis que j’ai prouvé sa capacité à mentir), sur la base d’un propos fantasmé.

Décidément, Raphaël Liogier a un sérieux problème avec la réalité.