« Cahiers de doléances » : Trop d’immigrés ?

« Cahiers de doléances », la série qui fâche les racistes et les intégristes, c’est tous les mercredi à 21H30 sur la Chaîne parlementaire…

Ce soir, un épisode émouvant, qui tord le cou aux raccourcis xénophobes.

Ps :  ceux qui ont hurlé aux amalgames sans avoir vu la série (parce qu’ils ont confondu le fait de poser une question et d’y répondre, la question de l’épisode 1 et celle de l’épisode 2) vont-ils s’excuser ?

Tunisie : défaite historique des islamistes

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Les islamistes ont reconnu leur défaite. Si elle se confirme, elle est historique et vient démentir ceux qui, parmi les journalistes ou les diplomates, n’ont cessé de répéter que les intégristes représentaient la Tunisie véritable. Ceux-là n’ont pas voulu voir la colère, profonde et populaire, contre Ennahdha et ses alliés.

Une photographie plus juste qu’après la Révolution

Le résultat annoncé n’est pas un revirement, mais le retour à une photographie réelle de la Tunisie. Le score des intégristes au lendemain de la Révolution s’expliquait essentiellement par le fait qu’ils étaient à la fois les martyrs les plus connus du régime de Ben Ali et les mieux organisés pour tirer profit de son départ. Les forces laïques s’étaient présentées en ordre très dispersé. Près d’une centaine de listes, parfois inconnues du grand public. Trois ans plus tard, la Tunisie a mûri. Les listes sont toujours nombreuses mais les Tunisiens ont souhaité voter utile pour placer Nidaa Tounes en tête et tirer les leçons de cet éparpillement. Tout valait mieux que le retour au pouvoir des intégristes, leur louvoiement face au terrorisme et leurs tentatives pour inscrire la charia dans la Constitution.

Même si elle a fini par être votée et qu’elle contient à peu près tout et son contraire -la liberté de conscience et le refus de porter atteinte au sacré-, cette Constitution a été adoptée dans un climat très lourd.

Les Ligues dites de protection de la Révolution, longtemps encouragées par la troïka au pouvoir, ont fait régner une terreur toute salafiste… Qui a culminé avec le meurtre de deux figures de la gauche tunisienne anti-islamiste, Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi. Leurs morts, aggravées par la menace terroriste grandissante, ont provoqué un électrochoc dans un pays plongé dans une crise à la fois morale, économique et politique. Une crise qui a contraint les islamistes à quitter le gouvernement jusqu’aux élections, qu’ils espéraient gagner.

L’évolution tactique d’Ennahdha

Le fait que ce parti islamiste ait accepté de quitter le pouvoir pour laisser un gouvernement provisoire organiser les élections législatives n’est pas, contrairement à ce que l’on entend partout, la preuve qu’il ait renoncé à tout objectif d’islamiser la société, de la base jusqu’au sommet. Conformément à la doctrine des Frères musulmans, il s’agit d’un repli stratégique. Ne pas être au pouvoir quand cette échéance législative arriverait était le seul moyen de limiter la casse.

Et encore… Il aura fallu leur tordre le bras, la peur du scénario égyptien et d’assumer la mise en faillite du pays, pour qu’ils rendent les clefs d’un gouvernement qui est allé bien au-delà du mandat pour lequel il avait été nommé. C’est donc un gouvernement de transition qui a permis de mettre la Tunisie sur les rails de ces élections. Elles donnent raison à ceux qui ont cru à l’espoir soulevé par le printemps arabe, malgré le chaos et les difficultés.

Que penser de Nidaa Tounes ?

Béji Caïd Essebsi est un vieux renard de la vie politique tunisienne. Ministre sous Bourguiba, simple élu sous Ben Ali, retiré de la vie politique dans les années 90, il a gagné en popularité pour avoir bien géré, comme premier ministre, l’un des gouvernements provisoires de l’après révolution. Aidé par la peur des islamistes, il a réussi le tour de force de rassembler autour de lui à la fois des anciens du RCD et des gens bien plus à gauche. De ceux qui ont fait la révolution et veulent conserver ses acquis démocratiques, tout en craignant plus que tout les intégristes.

Le fait que Nidaa Tounes arrive en tête va permettre de sauver cette modernité, tout en conservant les acquis démocratiques. Surtout si Nidaa Tounes doit faire alliance avec un parti plus à gauche. Après les débats pour la survie du pays et l’affrontement entre laïcs et intégristes, le pays pourrait enfin connaître des débats plus classiques.

On espère déjà le jour où les Tunisiens pourront véritablement choisir entre un camp conservateur non dangereux, un centre et un véritable camp progressiste. En attendant, le « vote utile » a évité le pire. En chemin, il y aura encore de nombreuses crises politiques, des claquages de porte, des alliances étonnantes et des revirements… Mais c’est la loi de la démocratie. Si Nidaa Tounes parvient à les accepter sans céder à la tentation paternaliste, la Tunisie deviendra, après bien des sacrifices, la démocratie sûre que son peuple et sa société civile méritent.

Caroline Fourest

Plainte du père d’une femme voilée : je fais appel

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Le père d’une jeune femme voilée a obtenu gain de cause contre l’une de mes chroniques de France Culture. Alors que des sites victimaires sommaient « les féministes » de prendre positition contre l’agression de femmes voilées, j’ai pris volontiers position contre ces agressions… Tout en expliquant qu’il fallait les dénoncer en tant qu’antiracistes plus qu’en tant que féministes.

J’insistais aussi sur la nécessité d’attendre les résultats de certaines enquêtes. Des élus locaux doutant de la version d’agressions montées en épingle par des réseaux intégristes.

Pour avoir émis ce doute, le père d’une jeune femme voilée (qui nie influencer sa fille) a porté plainte et me réclame des dommages et intérêts. Radio France et moi-même faisons appel. Nous sommes confiants sur l’issue finale de cette procédure.

Bien entendu, si nous gagnons, les sites qui guettent et médiatisent la moindre plainte ou campagne de courriers contre moi (Oumma, Egalité et réconciliation…) auront à cœur de rectifier.

Caroline Fourest

 

 

Dernier édito video de Caroline Fourest : https://www.youtube.com/watch?v=-7i2geopVY4

Chronique « Faut-il être féministe pour dénoncer l’agression de femmes voilées ?« 

 

« Todos somos Kobané », el grito de los resistentes al integrismo

Fue entre sollozos que Maryam Namazie, una marxista iraní en el exilio, subió a la tribuna para leer un mensaje de apoyo a los kurdos de Siria: « Todos somos Kobané« .

El pasado fin de semana [11-12 de octubre], en Londres, Namazie organizaba, junto con la argelina Marieme Helie Lucas y otros activistas, un coloquio que reunía a la flor y nata de la resistencia a los integrismos. Una sala llena de héroes de los que apenas se oirá hablar, porque nunca han matado ni han decapitado a nadie. Sin embargo, resisten al totalitarismo de este siglo, con frecuencia jugándose la vida. Espíritus libres, a veces ateos pero no siempre, que vienen de Pakistán o de Bangladesh, de Afganistán o de Siria, de la India, de Estados Unidos, de Marruecos, de Túnez y por supuesto, muchos de Irán y de Argelia.

Todos creían haber dejado atrás el integrismo al refugiarse en Inglaterra, en la India o en Europa. Todos explicaron cómo esta plaga les había perseguido hasta el corazón de sus refugios, gangrenados por la confusión racista y tolerancia hacia el integrismo, en nombre del multiculturalismo.

Confusiones en nombre del multiculturalismo

Esto es particularmente cierto en Inglaterra, donde nunca se han llegado a romper los vínculos entre el Estado y la religión anglicana, y donde los políticos intentan compensar esta ventaja de la Iglesia anglicana mediante la concesión de derechos particulares a las demás comunidades religiosas. Como el derecho a los arbitrajes familiares ejercidos por tribunales basados en la sharia: una mujer musulmana que no conozca bien sus derechos puede acabar dependiendo de un imán integrista para divorciarse o saber qué hacer en caso de violencias conyugales. Es para batirse contra esta segregación en nombre de la religión que diversos laicos ingleses, muchos de origen iraní, han creado la asociación « One law for all » (Una sola ley para todos). Otros combaten los llamados « accommodements raisonnables » (encajes o acomodos razonables) en la ley común en Canadá: Homa Arjomand, presente en el coloquio, ha evitado el reconocimiento legal de los tribunales basados en la sharia en Ontario. Una victoria entre otras, para que se deje de tolerar el integrismo en nombre de una visión exótica de las culturas y las identidades.

Contra todos los integrismos

El coloquio no trataba exclusivamente sobre el integrismo musulmán; se abordó igualmente los integrismos judío y cristiano. Se pudo escuchar el emotivo relato de Sue Cox, fundadora de una asociación para dar visibilidad a las víctimas de pederastia a manos de miembros del clero. O el de un sociólogo muy crítico sobre el papel jugado por el integrismo judío en la radicalización del conflicto israelo-palestino.

También se pudo asistir a una intervención hilarante de un profesor de filosofía de la Universidad de Oxford, A. C. Grayling, sobre ciertas creencias y supersticiones heredadas del monoteísmo. Todo ello, bajo severas medidas de seguridad. En Europa, en 2014, sigue siendo peligroso reírse de la religión, defender los derechos de las mujeres, el derecho a la blasfemia o el ateísmo. Y aunque diversos ponentes insistieron, con razón, en que la laicidad no equivale al ateísmo sino al derecho a creer y a no creer, este balón de oxígeno nos recuerda hasta qué punto vivimos en un mundo ahogado, temeroso de faltar al respeto a las religiones. Frente a este temor, numerosos ponentes de todos los continentes ratificaron su rechazo a toda xenofobia, pero también su insistencia en poder respirar de nuevo libremente, en un mundo más laico.

Un ideal laico sin fronteras

Se dice con frecuencia que el modelo laico no es exportable; que no es conveniente hablar de Pakistán o de Irán. Pero aquí no se trata de importar o exportar un modelo u otro, sino de compartir un ideal. Los que piensan que un ideal tiene fronteras deberían haber asistido a estos dos días de coloquio. Una decena de relatos convergían todos, de forma universal, en la misma reivindicación: la de vivir en una sociedad donde el Estado esté separado de la religión. Una conclusión vital, visceral, suplicante, a la que llegan todos los que han vivido bajo el yugo de regímenes teocráticos, y han acabado por huir. O bien luchan en este mismo momento para que esa separación entre Estado y religión no sea desmantelada, como la brillante diputada turca Safak Pavey.

El coloquio concluyó con un Manifiesto por la laicidad, firmado por resistentes del mundo entero, que exigen la separación completa de Estado y religiones, la libertad de creer y de no creer, el derecho a la blasfemia y la igualdad entre hombres y mujeres; en todos los lugares donde los seres humanos aspiran a la dignidad y a la libertad. Es decir, en todos los continentes, en todas las religiones. Mal que les pese a los adeptos al exotismo y a los partidarios de un Derecho separado, distinto para cada cultura.

Un contagio integrista muy político

Hay que escuchar estos relatos para tomar conciencia de la velocidad a la que una sociedad más bien secularizada en un principio puede acartonarse y volverse integrista.

Los independentistas argelinos habían imaginado una Constitución laica, antes de que los autócratas del FLN monopolizaran el Estado en su provecho y jugaran con el fuego de la « religión oficial » para consolidar su poder. En El Cairo, en tiempos de Nasser, las mujeres vestían en manga corta y se desplazaban libremente. La mera idea de imponerles el velo, como exigía el guía de los Hermanos Musulmanos, causaba hilaridad.

En Irán, Jomeini había jurado que jamás impondría el velo, antes de cambiar de opinión tan pronto como alcanzó el poder merced a una alianza anti-imperialista entre integristas religiosos y marxistas contra el Shah. Hay que ver las multitudes de mujeres libres, con el pelo suelto, manifestándose en la calle para protestar contra el velo cuando éste fue finalmente impuesto. Las imágenes, impresionantes, han sido borradas de nuestra memoria, sustituidas por las imágenes que nos llegan de hoy: las calles de Teherán inundadas de velos negros. Un documental de Lila Ghobady -« Forbidden Sun Dance », del cual se proyectaron algunos extractos en el coloquio- nos permite volver a ellas. Ghobady tuvo que huir de Irán recientemente a causa de este documental, en el que entrevistaba a bailarines y coreógrafos: algunos de ellos habían participado en la revolución de 1979, antes de perder sus puestos de profesores de danza justo después de su triunfo.

El fanatismo prende rápidamente, más rápido de lo que parece

El caso de Bangladesh es muy ilustrativo. Se trata de un país que consiguió su independencia de Pakistán en 1971, motivada en la existencia de una lengua distinta, el bengalí. Al principio, los independentistas bengalíes soñaban con un país laico. La Constitución así lo preveía. Pero enseguida, los militares tomaron el poder, impusieron un régimen autoritario y se sirvieron de la religión para legitimar su poder. A partir de entonces, el país se deslizó hacia el integrismo. Años más tarde, individuos radicalizados se creyeron legitimados para perseguir a espíritus libres como la escritora Taslima Nasrin, presente en el coloquio de Londres, simplemente porque ésta se había atrevido a defender las minorías religiosas hinduistas o a criticar el islam.

Los « mártires » de la laicidad

Los dos días de coloquio sirvieron para recordar una evidencia muy sencilla: la laicidad es la mejor protección para las minorías religiosas.

Lo recordó Pervez Hoodboy, un científico pakistaní. Evocaba el asesinato de su vecino, un profesor ahmadi, perteneciente a esa minoría musulmana perseguida por los suníes en Pakistán. Un día lo encontraron, con su hija, ensangrentado y gravemente herido en el portal de su casa. Murió durante su translado al hospital. Cuando lo enterraron, ninguno de sus colegas, todos ellos eminentes intelectuales, acudieron a la ceremonia. Simplemente porque era ahmadi.

Kamira Bennoune, una profesora de Derecho norteamericana, de origen argelino, nos mostó los rostros que habíamos olvidados, asesinados por fanáticos integristas en las calles de Argel, de El Cairo, y más recientemente de Iraq. Simplemente porque eran artistas, ateos, pertenecientes a una minoría o vestían de forma inapropiada, según los cánones integristas. Bennoune pedía que los medios de comunicación hablaran también de ellos, y no sólo de sus asesinos. El coloquio rindió así homenaje a Raad al Azzawi, ese periodista iraquí asesinado por haber rechazado colaborar con los hombres de ISIS… y que siempre será menos conocido que Bin Laden.

Por una vez, es a ellos, los resistentes, y no a sus verdugos, que esta crónica está dedicada.

Caroline Fourest

[Artículo traducido por Juan Antonio Cordero Fuertes, publicado en la versión francesa de The Huffington Post y reproducido en CRÓNICA GLOBAL con autorización]