Peut-on critiquer le pouvoir (provisoire) tunisien ?

janvier 25, 2012

Les soutiens du nouveau président tunisien et leurs alliés intégristes sont bien entendu fâchés après mon article sur les “promesses non tenues de Moncef Marzouki“. Je précise que contrairement à certaines insinuations faites par des anonymes, je n’ai jamais soutenu le régime de Ben Ali, qualifié de “dictature” dans mon livre “Tirs Croisés” (paru en 2003). Un livre édité en arabe par mon ami Abdelmajid Charfi, un opposant tunisien que j’ai rencontré au Maroc et revu en Tunisie, la seule fois où je m’y suis rendue avant la révolution…

J’ai redit avec force combien rien ne justifiait la dictature, pas même l’intégrisme, dans mon livre d’entretien avec Taslima Nasreen, paru avant le printemps.

Je fais partie des toutes premières journalistes françaises à avoir soutenu les manifestations en Tunisie et en Algérie comme étant des révoltes politiques et non simplement sociales. J’ai condamné l’attitude scandaleuse du gouvernement français. Dans Le Monde, j’ai signé un article — “Le Mur du Caire doit tomber” — demandant de soutenir les Egyptiens contre Moubarak à un moment décisif : celui où des Européens se demandaient s’ils fallait se réjouir du printemps ou en avoir peur.

Quant aux habituels et pathétique procès en “sionisme” ou en “islamophobie” fait par les intégristes à tout laïque, ils en disent long sur leur pathologie mentale. Qu’ils se mettent d’accord avec les racistes que je combats et qui me traitent d’”islamophile”. Ou avec les extrémistes sionistes qui m’insultent parce que j’ai pris critiqué le gouvernement Israélien, leur refus de geler les colonies, et pris position pour la reconnaissance de l’Etat Palestinien à l’ONU.

Je précise également que j’ai écrit un livre contre la droite religieuse américaine et George Bush, que j’ai manifesté contre la guerre en Irak, et que j’étais opposée à la réintégration de la France au sein de l’OTAN. Mais là n’est bien entendu pas la question pour les amis de Marzouki et d’Ennahdha…

J’ai bien compris que les nouveaux gouvernants de Tunisie cherchent à couper les liens entre Tunisiens laïques et Français et surtout à accréditer l’idée que les écrivains Français n’ont pas le droit de parler sur la Tunisie. Dommage pour eux, je suis une journaliste libre, universaliste, attachées aux libertés de tous (notamment des Tunisiens) et je ne sais pas me taire.  Alors je continuerai à parler de ce pays qui me tient à coeur. Et d’y soutenir tous ceux qui se battent pour ne pas voir leur révolution confisquée. A bons entendeurs.

Caroline Fourest

Marine Le Pen, fâchée avec les chiffres et les journalistes

janvier 24, 2012

Chronique du vendredi 20 janvier 2012

Etudiants étrangers : Claude Guéant doit s’excuser

janvier 16, 2012

Photo prise lors de la cérémonie de parrainage avec César Silva, mon “filleul”.

César, vénézuélien, est architecte. Il est venu étudier à l’Ecole spéciale d’architecture de Paris, où il a obtenu le Prix du meilleur diplôme. Un cabinet new-yorkais cherche à le recruter depuis des mois. Lui a préféré Paris. “Parce que j’aimais la France, son histoire et son architecture.” Il hésite à en parler au passé. Avant, il disait “j’aime la France” sans hésiter. Aujourd’hui, il ne sait plus. La circulaire Guéant a tout brisé. Ses rêves, son CDI dans un cabinet parisien, et son projet : une résidence étudiante à Boulogne (156 logements étudiants), sur lequel il planche depuis un an et qui, du coup, va prendre beaucoup de retard. A croire que ce gouvernement en veut à la jeunesse…

Ils sont des milliers dans son cas. Sid est tunisien, diplômé d’un master et spécialisé dans la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Un domaine où la maîtrise de l’arabe peut aider. Pourtant, la société de conseil qui comptait sur lui va devoir se passer de ses talents. Indésirable… Parce qu’étranger. Allez me chercher un bon Français !

Bienvenue au pays de la “préférence nationale”, dans toute son absurdité. Morale, économique et culturelle. Elle fracasse l’image de la France à l’étranger et le modèle français, basé sur le partage des savoirs. Elle prive la France de sa principale force : le rayonnement culturel grâce à la francophonie. Elle prive les entreprises françaises de talents dont elles ont besoin pour gagner des parts de marché. Il ne faudra pas s’étonner si les élites de demain ne parlent plus français, mais uniquement anglais !

Claude Guéant a beau reculer, amender sa circulaire, le mal est fait. Des milliers de jeunes sont punis pour avoir choisi la France. D’autres s’en détournent. Les entreprises françaises, qui comptaient sur eux, sont pénalisées. Tout ça pourquoi ? Grapiller quelques voix aux FN ? Un effet d’annonce, vite ravalé ? Monstrueux.

De toutes les décisions douteuses prises ces dernières années, c’est peut-être la plus grave. L’aboutissement d’une logique chiffrée politicienne et infantile, qui n’en finit plus de brutaliser ce pays et son image.

Dégâts humains

Une autre France a décidé de se faire entendre. Le Collectif du 31 mai et les organisateurs de l’appel pour une “université universelle” (30 000 signatures) viennent de lancer une série de parrainages. En présence d’intellectuels et de présidents d’université, consternés à l’idée de ne plus pouvoir attirer en France les élites de demain… Chacun a “adopté” un filleul. Dans l’espoir d’aider ces talents à retrouver immédiatement le droit de travailler. Mais pas seulement. Pour rappeler que la France est toujours plus grande quand elle rayonne. Qu’il est temps d’en finir avec un certain état d’esprit qui mine l’esprit français.

Claude Guéant ne doit pas simplement retirer intégralement sa circulaire. Il doit mobiliser les préfets pour débloquer l’ensemble des dossiers. Et il doit s’excuser. Pour les dégâts humains, économiques et culturels engendrés. Pour rassurer. Les étudiants qui aimeraient faire le choix de la France, et ceux qui ne supportent plus de les voir hésiter.

Caroline Fourest

Sans détour | Le Monde | 13.01.12 | 13h37   •  Mis à jour le 13.01.12

A quoi joue Moncef Marzouki ?

janvier 13, 2012

Pour écoutez cette chronique de Caroline Fourest du 13 janvier 2012.

En 2012, j’achète une cotte de maille !

janvier 4, 2012

Il y a des années, comme ça, où l’on sent qu’il vaut mieux sortir couvert… Entre les insultes sexistes et homophobes qui pleuvent sur les réseaux frontistes ou intégristes (à la rigueur, c’est bien normal…) et les procès en trahison communautaire qui se préparent de la part d’activistes gays, je me dis parfois que la voie universaliste, égalitaire ET laïque, n’est pas de tout repos.

Frédéric Martel me réserve un retour de bâton dans son prochain livre. Il a beaucoup soutenu Martine Aubry au moment de la primaire et m’en veut d’avoir été critique sur la façon dont la maire de Lille y gère la laïcité (même si j’ai contré les amalgames véhiculés par l’extrême droite contre son mari…).  Il évoquera, je l’espère, l’historique de nos différents idéologiques, qui remontent à loin. Avant le vote du PaCS. Alors que je me battais contre les discriminations homophobes avec quelques camarades, et que nous nous faisions traiter de « communautaristes » (pour avoir revendiqué l’égalité !), lui sortait un livre pour taper sur le communautarisme gay. Aujourd’hui, après un long séjour aux Etats-Unis, le voilà retourné, à 180 degrés. A tel point qu’il n’est plus d’accord avec moi lorsque je dénonce certains élus locaux faisant le lit du vrai communautarisme : le repli intégriste. Frédéric, tu ne veux pas juste arrêter d’avoir toujours une guerre de retard ?

Pendant ce temps, de vrais communautaristes homos, Didier Lestrade et quelques militants gays de minorities.org, font de la couture… Pour me tailler un joli costume d’”islamophobe”, dans un livre et une revue à paraître (j’y reviendrai). Oui parce que pour eux attaquer le sexisme et l’homophobie de l’intégrisme musulman, ou simplement critiquer Tariq Ramadan, c’est être islamophobe. Si vous considérez que les musulmans forment une communauté, forcément, ceux qui critiquent les intégristes attaquent tous les musulmans… Bon là aussi, les gars, vous hiberniez ou quoi ? C’est pas très original de reprendre aujourd’hui les raccourcis malhonnêtes rabâchés depuis la sortie de Frère Tariq par les compagnons de route des Frères musulmans (Les Indigènes de la République, Dieudonné, Boniface et j’en oublie tellement !). Vous n’avez pas d’autres lesbiennes à fouetter ?

A l’autre bout du manche, les excités de Riposte laïque me verraient plutôt comme une « collabo de l’Islam ». Ils me consacrent plus de billets haineux qu’aux islamistes, c’est dire… Je m’en réjouis. Car au moins, c’est logique. J’ai toujours critiqué ceux qui confondent « Islam » et  « Islamisme » (de même que je refuse de confondre « communautaire » et communautarisme »). Dès mes premiers travaux sur le sujet, c’est à dire dès Tirs Croisés, en 2003, où nous prenons le contre-pied d’Oriana Fallacci (j’ai découvert avec stupeur, cet Hiver, qu’elle avait une rue à son nom en Italie…).

Je suis aussi l’une des premières à avoir dénoncé la dérive de Riposte laïque, dès leur début en 2007. Je refuse la confusion du terme « islamophobie » (qui confond la critique de la religion ou de l’intégrisme avec du racisme) mais je refuse aussi toute forme de racisme envers les musulmans. Et je combattrai toujours ceux qui utilisent la laïcité pour renouveler un vieux fond de commerce xénophobe. Comme récemment face à Marine Le Pen, ou dans le film qui lui est consacré. Il me vaut de me voir décerner le Prix Goebbels par Riposte laïque. Très touchée… Vu où ils situent désormais sur l’échiquier politique, ça doit être un compliment.

Roger Heurtebise, l’un des collaborateurs de Riposte laïque (enfin quand il n’écrit pas pour le site d’extrême droite Novopress) m’a même envoyé une jolie lettre pour Noël, où il nous menace — Fiammetta et moi — sur un ton très poétique : « Vous êtes vraiment des ordures immondes, qui se nourrissent de la pourriture
 des poubelles. Mais bon, on a connu ça à d’autres époques, sous les nazis.

 J’espère pour vous que vous échapperez aux tondeuses. Peut-être que votre
 ami BHL pourra vous accueillir dans son palais de Tanger ? A moins que le
 “printemps arabe” qui finit en hiver islamiste (comme nous l’avions
 prévu…) ne lui règle son compte. »

J’aime quand les grandes inspirations se mélangent. De Boniface au FN, en passant par Didier Lestrade et Riposte laïque, je sens qu’au fond, un certain courant passe…

Au passage, Riposte laïque avait prévu l’hiver avant le printemps. Quand d’autres, j’en fais partie, ont été parmi les premiers à se réjouir du printemps, mais sans jamais cacher qu’il fallait se préparer à ce que les intégristes cherchent à gâter le temps. Ce qui n’est ni une raison pour soutenir les dictatures (voir nos échanges avec Taslima Nasreen dans Libres de le dire, bien avant le printemps démocratique), ni une raison pour minimiser le danger représenté par les partis intégristes en train de prendre le pouvoir en Tunisie, en Libye et en Egypte.

Mais ce ne sont pas ces grands combats qui intéressent nos valeureux détracteurs. Des garçons courageux, mais qui mènent des batailles plus hexagonales… Enfin, quand ils n’arrivent pas après. Je ne parle pas de celle contre le VIH, que Didier Lestrade a remarquablement mené. Mais celle qui consiste à se battre en même temps contre l’obscurantisme ET le racisme depuis 2001. Les uns ne sont pas là lorsqu’il s’agit de prendre des coups pour défendre la laïcité et l’émancipation sexuelle face à l’intégrisme. Les autres sont cruellement absents lorsqu’il faut cogner le racisme anti-musulmans des frontistes. Souvent, ils ne font ni l’un ni l’autre, ou jamais au bon moment. Mais ils veulent bien cogner — après coup ! — sur ceux et celles qui se sont battus… Pour le PaCS, pour la loi de mars 2004, et en ce moment même contre Marine Le Pen.

Et bien, messieurs, je vous envie ! Ca doit être fort reposant. Mais je vous conseille quand même, une fois l’an, de chasser du gibier un peu moins tendre. Essayez du Tariq Ramadan ou du Marine Le Pen. Vous verrez, c’est beaucoup plus sportif et bien meilleur pour la ligne.

C’est d’ailleurs, tout le mal que je vous souhaite pour 2012. De retrouver la ligne. Au moins une ligne. Et je laisse le mot de la fin à Sophia Aram. Parce qu’elle a tout résumé et que c’est si drôle.

Allez, bonne année à tous (même à mes adversaires). Qu’elle soit moins brutale que prévue et plus juste. Mais là je parle de la vraie brutalité, celle de la crise.

Caroline Fourest 

PS : Renseignements pris, Frédéric Martel m’accuse d’être “anti-Islam” (raccourci malhonnête et faux mais peu original). Mais aussi, et là c’est très original… d’être une intellectuelle Sarkozyste (avec Joseph Macé-Scaron, comme c’est drôle) ! Alors là, je dis chapeau. Même mes adversaires irréductibles n’ont pas osé inventé un truc aussi hilarant. Je dédie donc à Frédéric Martel les dizaines d’articles contre la politique de Nicolas Sarkozy parus dans ProChoix, dans le Monde,  ainsi que mon livre critique démontant sa politique de ministre de l’intérieur (Les choc des préjugés, paru en 2007), ainsi que le numéro spécial de Charlie Hebdo contre Nicolas Sarkozy que nous avions rédigé, avec Fiammetta, pour la dernière présidentielle… Hélas, il avait vu juste et il n’a pris une ride !

Marine Le Pen, l’héritière : revoir le film

janvier 2, 2012

Pour revoir le documentaire qui a tant inquiété Marine Le Pen, réalisé par Caroline Fourest et Fiammetta Venner pour France 2, diffusé le 15 décembre 2011 (Nilaya production).

Pour télécharger le film en entier :  http://www.megaupload.com/?d=FNQQ5V9T

Partie 1

Partie 2

Partie 3

Partie 4

Contre les clichés

décembre 21, 2011

Source : Les clichés selon Caroline Fourest par Click-Clap.

Marine Le Pen, l’héritière : audience record

décembre 16, 2011

1, 2 millions de téléspectateurs. C’est un très bon score malgré l’heure si tardive… Merci à tous !

Pour revoir le film sur le web : http://www.pluzz.fr/marine-le-pen-l-histoire-d-une-her-2011-12-15-23h10.html

Triple faute

décembre 16, 2011

Si elle se confirme, la perte du triple A incitera peut-être à une sorte d’union nationale. Au moins temporairement. Le gouvernement en jouera pour éviter l’autocritique et se poser en recours. La tentation sera également grande de chercher des boucs émissaires extérieurs. Les agences de notation, les banques, les marchés.

Ils ont leur part de responsabilité. Il y a de quoi tousser en voyant notre économie dépendre d’agences de notation aussi peu fiables. Celles qui ont couvert les comptes truqués de la Grèce, par une note positive, n’ont pas été sanctionnées. Mais jouent les redresseurs de “A” vis-à-vis d’Etats qui doivent maintenant se porter au secours de la zone euro. Leur note fait penser à celle d’un jury de patins à glace. Partielle et gonflée. Pourtant, ce n’est pas le problème. Si injuste soit-elle, une note n’est qu’un reflet. Il doit nous permettre de regarder une certaine réalité en face. A savoir que sans dette, cette note n’aurait aucune valeur ni aucun impact.

COMPROMIS BANCAL

“La faute aux marchés” est également un refrain tentant. N’est-ce pas cette économie devenue folle, où le capital a mangé le travail, où les algorithmes favorisent la spéculation sur la dette, sur nos vies, qui est au coeur du problème ? Si, bien sûr. Il faut ralentir cette machine infernale. Imaginer des coupe-feu, des boutons, et taxer ces transactions pour redonner des marges de manoeuvre aux Etats. Encore faut-il pour cela que ces derniers ne gaspillent pas leurs leviers nationaux et leurs dernières marges de manoeuvre. En creusant les déficits et en se mettant à la merci des marchés et des banques. Mais voilà qui nous amène, inévitablement, à la triple faute – politique – de ce gouvernement.

La première faute est morale : avoir creusé les déficits publics, tout en creusant les inégalités. Par des cadeaux fiscaux aux plus riches et même en allant jusqu’à supprimer une tranche de l’impôt sur le revenu. Cette forme d’”évasion” fiscale organisée, antisociale, était déjà douteuse avant la crise. Elle est inqualifiable avec le recul.

La deuxième faute est idéologique : ne pas avoir profité du renflouement des banques en 2008 pour renforcer l’emprise de l’Etat sur le secteur financier et bancaire. Au lieu de prêter sans contrepartie, le gouvernement français aurait pu exiger des droits de veto ou prendre des participations qui auraient augmenté sa marge de manoeuvre vis-à-vis de ses créanciers. Aujourd’hui renflouées grâce aux mesures prises par l’Etat, celles-ci sont plus que jamais en position de force pour lui dicter ses conditions.

Mais la troisième faute est récente. De sommet en sommet européen, alors que l’Allemagne n’a cessé de souhaiter mettre les banques à contribution, le gouvernement français a freiné. Il en ressort un compromis bancal : l’austérité, mais sans taxe sur les dividendes bancaires permettant de renflouer les caisses des Etats européens. Du coup, où puiser ? Sur le dos des citoyens et des services publics.

Personne ne dit que l’effort ne doit pas aussi venir de là. Mais cet effort doit être mieux partagé, ou il sera injuste et révoltant. En plus d’être inefficace et mortifère pour le pouvoir d’achat et la relance.

Caroline Fourest

Sans détour | Le Monde | 16.12.11 | 15h22

Deux rapports accablants sur la Syrie

décembre 16, 2011

Pour réécouter la chronique du vendredi 16 décembre 2011.

Marine Le Pen, l’héritière (15 décembre sur France 2)

décembre 11, 2011

Une enquête sur l’ascension et l’héritage politique de Marine Le Pen, présidente du Front National.

Ce film, c’est l’histoire d’une conquête et d’une opération séduction décryptées : depuis l’écriture de la légende familiale, la stratégie du martyr, la guerre des clans lors de la scission jusqu’à la prise de pouvoir au sein du FN.

Sont détaillées les ruptures et les continuités, bien réelles, qui existent entre l’ancien et le nouveau Front National, entre Marine Le Pen et son père.

Son entourage est dévoilé. Ses discours sur la laïcité et «l’Etat fort» sont décodés et placés devant leurs références historiques, leurs sous-entendus et leurs contradictions.

Avec précision, sur la base d’archives et de témoignages édifiants, Marine Le Pen en ressort éclairée, et le grand public mieux informé.

Pour en savoir + 

Réalisatrices : Caroline Fourest et Fiammetta Venner.

Production : Nilaya

Diffusion : France 2 le Jeudi 15 décembre à 23h10.

Pour revoir le film sur le web : http://www.pluzz.fr/marine-le-pen-l-histoire-d-une-her-2011-12-15-23h10.html

L’intimidation version Marine Le Pen

décembre 10, 2011

Aucun politique n’aime être critiqué. Aucun extrême n’aime être dévoilé. Marine Le Pen n’aime ni l’un ni l’autre, et répond par l’intimidation procédurière. Des dizaines de livres, parfois très violents, ont été écrits sur Nicolas Sarkozy. Ce dernier ne porte pratiquement jamais plainte. Même s’il a usé, une fois, de son pouvoir pour faire interdire une biographie parlant de sa vie privée. Ce qui a fait scandale.

Rien de tel dans notre livre sur Marine Le Pen. Il s’agit d’une « contre-biographie » sérieuse, mais qui l’a rendu furieuse. Et pour cause. Après des mois de  médiatisation plutôt flatteuse, vantant son style « nouveau » et sa dédiabolisation, notre livre — sobre mais fouillé — est venu apporter des éléments, des contre-champs, des mises en lumière, qui contredisent et donc contrarient son story telling. N’est-ce pas la moindre des choses au sujet d’une femme politique susceptible d’être au second tour de la présidentielle ?

Pas selon Marine Le Pen, qui active la menace de procès (une quinzaine en cours, contres des journalistes ou des adversaires politiques). Son avocat, Wallerand de Saint-Just, est aussi vice-président d’une association catholique intégriste — Chrétienté Solidarité — qui poursuit régulièrement Charlie hebdo pour racisme anti-chrétien.

La plainte contre le livre, largement médiatisée, porte sur des détails absurdes : comme le fait d’avoir publié des extraits des interviews données par Pierrette Le Pen au moment de son divorce. Des éléments peu flatteurs pour le clan familial mais publics, et qui font même partis de notre patrimoine politique et polémique. D’autres portent sur le témoignage de Jean-Claude Martinez, qui raconte des faits révélateurs dont il a été témoin au premier chef. Ou encore l’affaire Le Rachinel, où Marine Le Pen et le Front national ont multiplié des procédures douteuses pour tenter de lui faire payer la dette du FN. Des procès qu’ils ont perdus.

Cette plainte  a pour but de dissuader de faire connaître ses éléments, avérés, et de disqualifier le livre. Le procès, qui aurait permis de donner la parole à ces témoins et que nous attendions avec impatience, était prévu pour le 15 et 16 décembre. Mais surprise, après avoir crié partout qu’il faisait ce procès, l’avocat de Marine Le Pen a prétexté un empêchement pour demander son renvoi… au 2 et 3 juillet, soit après la présidentielle. Le fait de porter plainte serait-il plus intéressant, pour la communication du FN, que le résultat du procès ?

Marine Le Pen se sert maintenant de ce procès — toujours en cours — pour tenter de faire pression contre notre film, bientôt  diffusé sur France 2. Elle vient d’envoyer une sommation à France télévisions, tout comme l’un de ses proches (Frédéric Chatillon) qui ne souhaite pas voir son rôle auprès d’elle révélé.

Bien entendu, ces tentatives d’intimidation, cette pression sur nos employeurs (un procès contre notre livre mais aussi contre une chronique de France Inter et maintenant une sommation à France 2), n’empêcheront pas la diffusion de ce documentaire. Cela fait plus de quinze ans que nous enquêtons sur les extrêmes (frontistes ou intégristes), nous sommes habituées à ces procédés, pouvant aller de l’intimidation au procès d’intention en passant par toutes les gammes de la disqualification. Elles ne nous ont jamais dissuadé, bien au contraire, de continuer à faire notre travail : informer.

Caroline Fourest & Fiammetta Venner

Pour voir le film : « Marine Le Pen, l’héritière » : Jeudi 15 Décembre à 23h10 sur France 2.

Pour revoir le film sur le web : http://www.pluzz.fr/marine-le-pen-l-histoire-d-une-her-2011-12-15-23h10.html


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