Dieudonné le procédurier visite l’Iran de la censure

novembre 28, 2009 par Caroline Fourest

Les fantasmes de Paul Landau

novembre 26, 2009 par Caroline Fourest

J’ai lu bien des calomnies depuis que j’ai choisi de mettre la plume au service de l’analyse et de l’engagement. J’ai connu toutes sortes d’intimidations : menaces, procès d’intention, injures. Mais le niveau est monté d’un cran cette semaine, en raison de mon face à face contre Tariq Ramadan d’un côté, et de ma chronique « Israël contre Obama » de l’autre.

Les islamistes m’accusent d’être « islamophobe » et néo-conservatrice, alors que j’ai toujours tenu à distinguer l’Islam de l’islamisme et combattu la droite de George Bush. En face, quelques extrémistes faussement laïques et leurs alliés inconditionnellement pro-Israéliens m’accusent d’être « islamisante ». Est-ce si difficile d’admettre une certaine complexité ? Qu’on puisse être animée par un humanisme à la fois antiraciste et laïque ? Il faut croire que oui. Certains semblent passer leur vie à guetter une inspiration secrète, un complot pouvant expliquer la nuance de mes prises de positions.

Les islamistes me soupçonnent d’être payée par le Mossad. Les partisans inconditionnels de la droite Israélienne pencheraient plutôt pour un grand complot « eurabien ». C’est la thèse d’un certain Paul Landau. Il vient de signer un texte particulièrement nauséabond et paranoïaque, que diffuse Riposte laïque. Un site qui n’a plus rien de laïque et tout d’une dérive nationaliste rance. On peut y lire que je mène le « même combat que Tariq Ramadan »… Paul Landau écrit (sans rire) que j’aurais renoncé à attaquer Tariq Ramadan et l’Islam politique ! La raison de ma conversion ? Le fait que je participe à la Fondation Anna Lindh, décrite comme une obscure cellule du complot « eurabien ». Fichtre ! Mais quelle est donc cette obédience secrète ? Une fondation mise en place par l’Union européenne dans le cadre du processus de Barcelone. J’ai accepté à titre honorifique et purement bénévole de figurer parmi les experts siégeant au tout nouveau Conseil, chargé de donner une nouvelle orientation à la Fondation, en vue de soutenir des projets favorisant l’échange interculturel et le recul de l’intégrisme. Quel complot !

Non content de présenter l’échange culturel entre les deux rives de la Méditerranée comme un complot « eurabien », Paul Landau franchit une étape dans la calomnie : la diffamation pure et simple. Il invente une fausse conversation et un faux complot. Il a bien rencontré Fiammetta Venner lorsqu’elle a dû faire face à une plainte du CBSP (un comité de bienfaisance récoltant des fonds pour la branche sociale du Hamas)… mais il n’a jamais été question du moindre complot pour l’empêcher de publier je ne sais quel livre contre Tariq Ramadan !

A court d’arguments pour me faire payer ma tribune contre la droite israélienne, Paul Landau semble s’être inspiré d’une tactique essayée par Tariq Ramadan la semaine dernière : rapporter des propos totalement imaginaires, censés avoir été tenus lors d’une conversation, en vue de me disqualifier (mes écrits ne le permettant pas). A cette différence près : Ramadan, lui, souhaitait faire croire que j’étais membre d’un complot sioniste…

Les grands esprits se rencontrent. Je les laisse à leurs fantasmes. En revanche, le fait que ces fantasmes circulent sur autant de sites en dit long sur la perte de lucidité ambiante.

Non à la croisade anti-Minarets

novembre 21, 2009 par Caroline Fourest

Israël contre Obama

novembre 21, 2009 par Caroline Fourest

Le gouvernement israélien fait décidément tout ce qu’il peut pour compromettre les efforts de Barack Obama. La décision d’autoriser la construction de 900 logements supplémentaires dans les territoires occupés de Jérusalem-Est a “consterné” le président américain. Le dire marque un tournant dans les relations américaines et israéliennes. Sans que l’on puisse encore prédire sa portée.

Aujourd’hui ou peut-être jamais (André Versaille éditeur) : c’est le titre du plaidoyer d’Elie Barnavi en faveur d’“une paix américaine au Proche-Orient”. Un récit précis et puissant. Il nous rappelle les entraves rencontrées par la paix de part et d’autre. Il espère que l’élan impulsé par Obama puisse nous sortir du plus long conflit contemporain. Les accords existent, les plans sont prêts depuis longtemps, dans les moindres détails… Il ne manque que la détermination politique et des interlocuteurs pour signer. Ce n’est pas rien.

Force est de constater qu’aujourd’hui, sans doute plus qu’hier, le gouvernement israélien porte la responsabilité du blocage. En s’obstinant à rater l’échéance, les jusqu’au-boutistes de la cause israélienne ont renforcé les jusqu’au-boutistes de la cause palestinienne : les Frères musulmans du Hamas. Les fanatiques de chaque côté ont dévoré la raison – fragile – de cette région. Aujourd’hui, Israël se retrouve face à deux embryons d’Etat palestinien. L’un pousse à l’ombre d’un interlocuteur impossible, qui veut sa mort, et l’autre grandit entre les mains d’un interlocuteur discrédité et impuissant : Mahmoud Abbas.

En théorie, la division entre Gaza et la Cisjordanie aurait pu jouer en faveur de la paix. Dans un monde idéal, l’Autorité palestinienne s’autoproclamerait “Etat palestinien” avec l’accord de la communauté internationale, normaliserait ses relations avec Israël, et négocierait ensuite en position de force avec le Hamas au sujet de Gaza… Mais pour que l’Autorité palestinienne soit en position de force, il faut qu’elle obtienne au moins le gel des colonies. C’est ce que demande Barack Obama. C’est ce que refuse Israël.

On aimerait croire que cette intransigeance de plus soit un dernier baroud d’honneur, la énième tentative d’engranger une monnaie d’échange avant de céder les territoires occupés. Hélas, il y a bien longtemps que l’accumulation des monnaies d’échange côté israélien ressemble à une fuite en avant suicidaire.

A force d’utiliser les colonies comme boucliers humains, Israël entretient un fanatisme qui n’est pas le moindre de ses ennemis “intérieurs”. Tsahal est infiltrée par des militaires orthodoxes combattant au nom de Dieu et non plus au nom de la nation. La violence disproportionnée avec laquelle l’armée israélienne a répondu au harcèlement des roquettes du Hamas trahit cette perte de raison.

Le fait que les Etats-Unis aient une fois de plus dû dégainer leur veto pour empêcher une nouvelle mise en accusation d’Israël à propos du rapport Goldstone sur la guerre de Gaza affaiblit un peu plus la position américaine pour imposer la paix. Si Obama n’obtient pas en échange le gel des colonies, il ne reste plus rien de sa promesse, et donc de sa force diplomatique.

En revanche, la page Bush est bien tournée. L’illusion d’un choc entre un bloc musulman et un bloc occidental a vécu. Côté “Occident”, le changement de ton américain et la fermeté européenne face à Israël ne doivent plus laisser de doutes sur ce fait. Quant au “bloc musulman”, il n’a jamais existé en dehors des alliances de façade à l’ONU. Il est temps de le redécouvrir. Entre l’Iran et l’Arabie saoudite, la guerre froide se réchauffe. Chiites et sunnites ne s’affrontent plus seulement en Irak, mais au Yémen et au Pakistan.

Les alliances changent de camp. La théorie du “choc des civilisations” – qui a servi de modèle ou au contraire de repoussoir pendant l’après-11-Septembre – n’a plus aucun intérêt. Les enjeux se “déconfessionnalisent” pour apparaître dans leur triste nudité : celle des conflits d’intérêts.

Caroline Fourest

LE MONDE | 20.11.09

Ce soir ou jamais : Tariq Ramadan tombe le masque

novembre 20, 2009 par Caroline Fourest

Pour revoir le duel entre Caroline Fourest et Tariq Ramadan :

http://ce-soir-ou-jamais.france3.fr/?page=emission&id_rubrique=833

Partie 1

Partie 2

Partie 3

Partie 4

Vraies préfaces et petit tour de passe-passe

novembre 17, 2009 par Caroline Fourest

Comme seule défense, Tariq Ramadan martèle que mon livre (424 pages et 600 notes) contient 200 erreurs… qu’il n’a bien sûr pas « le temps de détailler ». C’est bien entendu faux. En réalité, il en contient trois. Que Tariq Ramadan et ses fidèles exploitent jusqu’à la corde pour ne pas avoir à répondre sur le fond. C’est de bonne guerre mais tout de même, quel livre peut se vanter de n’avoir commis que trois erreurs factuelles sur 424 pages ? Combien de pages aurait fait mon livre si je m’étais moi-même arrêtée sur de tels détails… Si j’avais comptabilisé le nombre d’erreurs factuelles, y compris sur des faits concernant sa propre famille, contenues dans les livres de Tariq Ramadan ? Mais puisque que j’ai la chance d’avoir des lecteurs aussi exigents, mea culpa pour ces trois erreurs :

1) Une erreur gravissime… Lyon est à deux heures de train de Genève et non une heure. Cela change tout en effet.

2) Un contresens historique sur le Pacte de Bagdad, qui ne change évidemment rien au propos du livre.

3) Et enfin… Une erreur sur la préface citée par Sarkozy lors de l’émission 100’ pour convaincre. En effet, dans mon DVD sur l’émission, je n’ai que la partie sur le moratoire, que j’ai regardée plusieurs fois pour la décrypter. Je me suis appuyée sur les articles de presse relevant que Tariq Ramadan avait été destabilisé par l’allusion à une préface d’un livre de femme. Or il se trouve que Tariq Ramadan a préfacé deux livres de femmes.

Le premier, celui auquel faisait allusion Sarkozy est signé Asma Lamrabet : Musulmane tout simplement. Il invite les femmes musulmanes à trouver le chemin d’un « féminisme islamique » plutôt compréhensif envers l’invitation coranique permettant à un homme de corriger sa femme [1]. Mais ce n’est pas pour moi le plus grave des deux… Car Tariq Ramadan a aussi préfacé un second livre écrit par une femme : les mémoires de Zaynab al-Ghazali, dont l’évocation l’aurait beaucoup plus destabilisé (d’où mon erreur).

Intitulé Des jours de ma vie, ce livre est un brûlot écrit par l’un des militantes des Frères musulmans (dans la branche féminine : celle des Sœurs musulmanes). Elle raconte comment elle a mis son organisation féminine au service de Hassan al-Banna et de son programme totalitaire sans le dire à ses membres, en tenant un double discours : allégeance au guide de la confrérie à l’intérieur, tout en prétendant être autonome à l’extérieur.

Alors que l’entourage de Nasser multiplie les mains tendues envers cette responsable associative prônant l’islamisation des femmes et servant d’agent aux Frères, elle refuse par exemple de participer à un rassemblement organisé par l’Union socialiste en faveur de Nasser, non pas par souci d’indépendance mais par « pudeur » : « J’ai dit : les membres du Conseil d’administration des Femmes musulmanes et ceux de l’Assemblée générale vivent conformément au rite musulman et ne peuvent de ce fait prendre part à ce genre d’activités où il y a plein de monde et où les gens des deux sexes se mêlent les uns aux autres en toute liberté et sans pudeur. »[2]

Elle est arrêtée pour « complot » comme de nombreux islamistes égyptiens de l’époque. Malgré les supplices et la torture, elle nie que les Frères souhaitent renverser Nasser… Mais reconnait devant ses geôliers vouloir instaurer une dictature islamique : « Les Frères musulmans n’ont pas pour objectif d’assassiner Nasser, ni personne d’autre (…) Notre objectif à nous est beaucoup plus important et plus noble. Notre objectif, c’est la manifestation de la vérité pure, la vérité suprême, l’unicité de Dieu sur terre, le monothéisme, l’adoration de Dieu, l’unique, le respect et l’application des commandements du Coran et de la Sunna. Notre cause, c’est celle de gouverner au nom de Dieu et selon ses commandements. Le jour où cela se réalisera, leurs structures s’effondreront et leurs légendes se volatiliseront. Notre objectif est de réformer, d’améliorer, de rechercher la perfection et non pas de détruire, de dévaster ou de faire de l’agitation. [3] »

Toujours dans ce livre préfacé par Tariq Ramadan, Zaynab al-Ghazali raconte son admiration pour l’un des leaders des frères musulmans emprisonnés à la même époque : Sayyed Qotb, l’homme qui a théorisé le droit de tuer les « tyrans apostats » au nom du jihad… Dont Ben Laden dit s’inspirer. Zaynab al-Ghazali raconte comment l’auteur de Signes de piste lui a donné son manuscrit à lire avant qu’elle n’entre en prison, où elle a passé une partie de sa détention avec deux sœurs de Qotb. Même plusieurs décennies plus tard, au moment où elle écrit ses mémoires, elle n’émet pas l’ombre d’une critique envers le théoricien servant de référence aux islamistes qui tuent au nom de l’islam. Au contraire, elle loue d’un bout à l’autre du livre son courage et sa profondeur.

Le fait que Tariq Ramadan ait préfacé cet ouvrage n’a donc rien d’un geste anodin. Il ne s’associe pas au discours de Qotb, dont il juge la pensée trop « réactive » et trop « crispée », mais présente Zaynab al-Ghazali — son fanatisme, sa « pudeur » et son double discours — comme « un modèle pour toutes les femmes musulmanes »[4].

Or c’est bien la question de fond posée par mon livre. C’est aussi celle qu’il voulait esquiver en s’attardant sur un détail sans importance. Le fait que Sarkozy ait fait plutôt référence à la première préface qu’à la seconde ne change rien au fait que Tariq Ramadan ait préfacé ces deux livres ! Le fait qu’il exploite un détail aussi grotesque en dit long sur sa peur de se voir poser les « bonnes questions » : sur l’Iran, le FIS et le GIA, les Frères musulmans…. Hier soir, enfin, elles ont été posées. Hier soir enfin, il a admis en public qu’il ne se contentait pas d’être son petit-fils mais qu’il enseignait Hassan al-Banna comme un “réformiste” modèle. Ce qui fait de lui l’un plus ambassadeurs de la pensée et la méthode des Frères musulmans (ce qui est confirmé par l’ancien Guide de la confrérie, cité dans mon livre). Il était temps que cette vérité, connue de tous les journalistes sérieux enquêtant sur l’Islam politique, soit aussi connue du grand public.

Caroline Fourest

Pour en savoir plus sur les Frères musulmans :

http://www.dailymotion.com/video/x9lirq_le-piege-des-freres-musulmans_news


[1] Paru aux éditions Tawhid, 2002.

 

[2] Zaynab al-Ghazali, Des jours de ma vie, op. cit., p. 33.

[3] Zaynab al-Ghazali, op. cit., p. 117.

[4] Préface de Tariq Ramadan, in Zaynab al-Ghazali, op. cit., p. 11.

L’introduction de “Frère Tariq” (2004)

novembre 16, 2009 par Caroline Fourest

ft” J’aurais vraiment aimé que Tariq Ramadan tienne ses promesses : celles d’un islam fier et vivant mais éclairé et moderne. Je comprends que certains jeunes issus de l’immigration maghrébine puissent voir en lui un modèle voire un héros, surtout depuis qu’il sent le soufre, surtout depuis qu’il peut se poser en martyr, des médias, des « intellectuels juifs », des « islamophobes ».

Lui consacrer un livre revient-il à le diaboliser et donc à lui offrir une tribune de plus ? Nous avons déjà eu ce débat, au sujet d’un autre démagogue, lui aussi candidat au martyre pour mieux capter les voix de ceux qui se sentent exclus et menacés… Par les médias, par les Juifs, par les immigrés. Des années de pédagogie antiraciste et antifasciste ne l’ont pas empêché d’être au second tour d’une élection présidentielle française, mais peut-on être sûr de ce qui serait arrivé sans cette mobilisation-là ?

Face aux démagogues, les démocrates n’ont qu’une seule arme : la pédagogie. Elle est souvent très difficile à mettre en œuvre sur un plateau de télévision, où le temps presse et oblige à synthétiser, quitte à laisser les démagogues s’en sortir par une pirouette, une esquive, un mensonge vite oublié. La meilleure des émissions peut alerter, semer le doute, éveiller, mais ce n’est qu’une étincelle, un cliché. Or Tariq Ramadan fait partie de ces personnages qui supportent formidablement bien l’instantané. En quelques secondes, il peut renvoyer dans les cordes un contradicteur le soupçonnant de « double discours ». Ce procès revient maintenant depuis plus de dix ans, sans jamais lui nuire tout à fait. Une interrogation obsède de façon irrésolue : s’agit-il d’un intellectuel prônant un islam libéral et moderne ou d’un prédicateur islamiste simplement poli et habile ?

La réponse à cette question divise. En Europe, aux Etats-Unis, au Maghreb, partout où il passe, ses interventions publiques et sa notoriété croissante donnent lieu à des débats sans fin entre partisans de la « thèse de la sincérité » et partisans de la « thèse de la duplicité ». Les premiers sont souvent agacés de voir les médias rappeler systématiquement sa parenté avec Hassan al-Banna, le fondateur des Frères musulmans. Comme si cela prouvait quoi que ce soit. Sommes-nous responsables de nos grands-parents ? Ils ne comprennent pas l’acharnement de ses détracteurs, qu’ils attribuent au mieux à de l’incompréhension pour son message, au pire à de l’« islamophobie », même si ces détracteurs sont eux-mêmes souvent musulmans et presque toujours arabes.

Ces sceptiques de bonne foi ont lu d’autres articles, plus élogieux, parlant de Tariq Ramadan comme d’un formidable espoir de voir l’islam se « moderniser », une expression que n’emploie jamais Tariq Ramadan mais que certains journalistes lui ont accolée. A bout de curiosité, ceux-ci ont décidé de se faire leur idée par eux-mêmes en se rendant à l’une de ses conférences grand public, organisées par une association de gauche comme la Ligue de l’enseignement, la Ligue des droits de l’homme, le Forum social européen ou l’UNESCO. Ce jour-là, ils n’ont rien entendu de choquant, au contraire, plutôt un discours de « réformateur » se disant adepte de la laïcité, même s’il souhaite clairement la faire évoluer. Les plus téméraires ont achevé de s’en convaincre par la lecture rapide d’un de ses livres, souvent trop ennuyeux pour être déchiffré. Certains sont même allés jusqu’à pousser la porte d’une librairie islamiste pour acheter une cassette, qu’ils ont le plus souvent fini par laisser dans son emballage plastique. D’autres ont fait l’effort de l’écouter. Assez pour entendre mais pas pour comprendre. Ceux-là sont restés persuadés que le procès en « double discours » qu’on lui intente est injustifié.

Ne parle-t-il pas constamment de réforme, d’éducation, d’appel au dialogue ? N’est-il pas sévère envers le traditionalisme de certains musulmans ? Ne convie-t-il pas les musulmans à utiliser une « terminologie claire » ? Ici et là, certaines expressions les mettent bien mal à l’aise, leur laissent un doute, l’impression de ne pas tout avoir compris, mais rien qui ne ressemble de près ou de loin à du Hassan al-Banna ou à un discours des Frères musulmans. Problème, ceux-là n’ont jamais lu Hassan al-Banna… Au risque d’incarner le public rêvé pour Tariq Ramadan, remarquablement doué pour tenir un discours inodore, propre à déjouer toutes les vigilances. Sauf si l’on prend enfin le temps de reconstituer le puzzle, celui de ses discours mais aussi de son parcours, son impact, ses allusions, ses références. Sauf si l’on sort de l’instantané pour voir ce qui se cache derrière…

La nécessité d’une telle démarche m’est apparue à la sortie du plateau de Campus, l’émission littéraire animée par Guillaume Durand, où je venais présenter Tirs croisés, un livre coécrit avec Fiammetta Venner sur la laïcité à l’épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman. Au terme d’une longue enquête comparative, nous étions convaincues que le fameux « choc des civilisations » servait avant tout à masquer la convergence d’intérêts existant entre les intégristes des trois religions du Livre, en pleine reconquête politique depuis la fin des années 70. Nous avions aussi identifié quels facteurs expliquaient précisément le surcroît de dangerosité de l’intégrisme musulman : non pas la nature de l’islam mais bien le fait que l’islamisme – en tant qu’idéologie politique – puisse séduire plus largement que les deux autres, immédiatement repérés comme réactionnaires, grâce à un positionnement anti-impérialiste, tiers-mondiste, antisioniste et surtout grâce à la peur d’apparaître comme « islamophobe » paralysant ceux qui d’ordinaire font justement barrage à l’intégrisme. Autant d’atouts auxquels Tariq Ramadan n’est pas étranger, d’où ma présence face à lui sur le plateau de Campus. L’émission s’est plutôt bien passée. Laurent Neuman de Marianne a eu la gentillesse d’écrire que j’avais « pulvérisé calmement » Ramadan, textes à l’appui. En réalité, il y avait encore beaucoup à dire sur le personnage, beaucoup trop de choses impossibles à résumer en quelques minutes pour démasquer les contrevérités et la langue de bois du principal intéressé. Ce sera donc un livre.

Ce livre, je le dédie à tous ceux que Tariq Ramadan touche ou trouble mais qui sont encore capables d’écouter ceux qui souhaitent sincèrement les mettre en garde contre l’idéologie stérile que masque son habileté rhétorique. Pour cela, j’ai suivi le conseil que Ramadan lui-même prodigue à ses fidèles mais que je me suis toujours appliqué sans avoir besoin d’en faire une religion : ne jamais caricaturer un ennemi mais connaître parfaitement son discours et son action pour mieux le combattre et l’affronter dignement. J’avais déjà lu plusieurs de ses ouvrages au moment où j’achevais l’écriture de Tirs croisés aux côtés de Fiammetta Venner. Mais nous avions encore un doute : non pas sur le fait que Ramadan tenait un discours ambigu, propre à tromper ses interlocuteurs non avertis sur ses véritables intentions, mais sur le fait qu’il était peut-être en évolution et qu’il pouvait peut-être changer. Par acquit de conscience, nous avions décidé de ne pas fermer la porte à cette possibilité. Les lecteurs de Tirs croisés, paru en octobre 2003, pouvaient donc lire que nous refusions d’« enfermer ce théoricien dans une étiquette qui ne conviendrait sans doute pas à la complexité de son message ». Nous avons même évité d’employer l’expression « double langage » pour parler plutôt d’« une vision religieuse parfaitement cohérente, bien que trompeuse sur ses intentions politiques ». Car déjà, nous étions au moins sûres d’une chose : Tariq Ramadan n’avait rien d’un musulman moderniste ou rationaliste, bien que certains observateurs s’acharnent à voir en lui un formidable espoir pour moderniser l’islam. Cette impression n’a fait que s’accroître dans les semaines qui ont suivi la parution du livre, en plein débat sur la laïcité, nous laissant un goût d’inachevé. D’où, peut-être, le sentiment d’une certaine responsabilité.

J’ai toutefois hésité avant de m’engager dans une telle entreprise, moins par peur d’éventuelles représailles que par hantise de ce qu’un tel décorticage pourrait exiger : des mois passés à ne rien vouloir omettre ou exagérer, où l’on s’oblige à douter en permanence pour ne pas se laisser piéger par ses premières impressions. L’exercice est particulièrement épuisant lorsqu’il s’agit de suivre à la trace un rhéteur aussi habile et prolixe que Tariq Ramadan : une centaine de cassettes, une quinzaine de livres, 1 500 pages d’interviews et d’articles parus à son sujet dans la presse anglaise, française, allemande ou espagnole. Sans compter l’historiographie consacrée aux Frères musulmans, à Hassan al-Banna, les opuscules de la famille Ramadan, ainsi que d’innombrables compléments d’enquêtes et autant d’interviews nécessaires pour pouvoir décoder. Car si comparer le discours de Tariq Ramadan dans ses cassettes à celui qu’il tient devant des journalistes est en soi très instructif, cela ne suffit pas. Le discours ramadien est bien trop élaboré pour pouvoir être décrypté sans être mis en perspective, grâce à une étude de son contexte, de ses références – souvent allusives. Une fois ce travail fait, il faut encore mesurer l’impact que produit ce discours sur ses fidèles pour que tout s’éclaire. On comprend que beaucoup se soient perdus ou aient renoncé en chemin… Je suis heureuse de ne pas l’avoir fait. A croire que même les non-mystiques peuvent parfois se sentir investis d’une mission, j’ai accompli celle-ci avec la désagréable sensation qu’elle était urgente et nécessaire.”

Caroline Fourest (Extrait de Frère Tariq, Grasset 2004)

Pour écouter la cassette sur les “Grands péchés” de Tariq Ramadan :

http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2008/06/21/2038-cassette-de-tariq-ramadan-les-grands-pechesk7a-peches

Caroline Fourest auditionnée sur le voile intégral

novembre 14, 2009 par Caroline Fourest

“Il ne faut pas tolérer l’intolérance ni devenir intolérant sous prétexte de résister à l’intolérance”

cmissionvoileint

Pour écoutez l’audition de Caroline Fourest devant la Mission parlementaire sur le voile intégral, 12 novembre 2009http://www.assemblee-nationale.fr/13/commissions/voile-integral/voile-integral-20091112-2.asp

Contre l’interdiction des Minarets en Suisse

novembre 14, 2009 par Caroline Fourest

Le 11 novembre 2009, Caroline Fourest participait en Duplex à l’émission “Infrarouge” (TSR), où elle a pris position contre l’initiative souhaitant interdire les minarets en Suisse. Au nom de la liberté de culte et de la laïcité.

http://www.dailymotion.com/video/xb58ea_fourest-contre-linterdiction-des-mi_news

Partie 1

http://www.dailymotion.com/video/xb58xh_contre-linterdiction-des-minarest-2_news

Parie 2

Le modèle laïque français en débat

novembre 14, 2009 par Caroline Fourest

La laïcité est au cœur du « modèle français ». Elle est pourtant régulièrement remise en cause par les défenseurs de l’école privée ou par le débat sur le voile. Entre la laïcité à l’américaine ou la laïcité à la turque où se situe la France ?

Débat diffusé sur France 24 le 11 novembre 2009 entre Caroline FOUREST (Chroniqueuse, Le Monde), Tareq OUBROU (Imam de la Mosquée de Bordeaux, UOIF), et Jean BAUBEROT (Historien, sociologue de la laïcité)

http://www.dailymotion.com/video/xb4vmc_dialogue-oubrou-fourest-1_news

Partie 1

http://www.dailymotion.com/video/xb58b3_dialogue-oubrou-fourest-2_news

Partie 2