Concordat : la goutte d’eau

« Sans polémique, la mairie EELV de Strasbourg s’apprêtait à verser tranquillement 2,5 millions d’euros pour permettre à une organisation extrémiste turque d’édifier la plus grande mosquée d’Europe. Un scandale absolu, rendu possible par le statut dérogatoire de l’Alsace-Moselle », rappelle notre éditorialiste Caroline Fourest

Deux millions et demi ! Sans polémique, la mairie EELV de Strasbourg s’apprêtait à verser tranquillement 2,5 millions d’euros pour permettre à une organisation extrémiste turque d’édifier la plus grande mosquée d’Europe. Un scandale absolu, rendu possible par le statut dérogatoire de l’Alsace-Moselle, qu’il faut abolir, et la complaisance d’élus locaux, qu’il ne faut plus laisser passer.

Jeanne Barseghian se défausse en expliquant que ce projet a germé du temps de ses prédécesseurs. Son parti n’y voit qu’une querelle politicienne. Il menace même de procès les ministres qui dénoncent ces alliances dangereuses. Ce n’est pas à la hauteur. Ces confusions ternissent le projet écologiste depuis trop d’années.

À Roubaix, le candidat des Verts Ali Rahni a mis tous ses réseaux à la disposition des Frères musulmans et de Tariq Ramadan. Les militants laïques d’origine maghrébine qui s’opposaient à ces alliances ont été traités d’« islamophobes » et ont fini en dépression.

À Strasbourg, ce sont les Kurdes et les Alévis que la mairie trahit. Eux savent que l’association Millî Görüs n’est pas une simple association musulmane mais un mouvement extrémiste, à la fois nationaliste et islamiste, nostalgique de l’Empire ottoman et du califat, violemment anti-Occident, anti-laïque et anti-Kurdes.

Nul besoin d’avoir fait l’ENA pour comprendre qu’il est fou de vouloir aider un tel mouvement à édifier la plus grande mosquée d’Europe, juste au moment où Erdogan opprime, met en danger la France et le monde par des campagnes féroces menées au nom de l’islam politique. Le bac suffit pour comprendre qu’il ne faut surtout pas l’aider à jouer au nouveau calife depuis l’Europe.

Au lieu de regarder en face ce danger, la maire écologiste peine à se cacher derrière le Concordat. Une exception inqualifiable à la laïcité, legs du temps où l’Alsace-Lorraine était allemande. 22 millions ont ainsi été alloués aux cultes depuis 2008, et pas à égalité. L’islam est clairement sous-doté. Ce qui est doublement scandaleux. Cet argent ne vise pas seulement à entretenir ou à construire des édifices, mais à salarier des ministres du culte pour donner des cours religieux problématiques dans les écoles.

Sans que rien ne justifie de maintenir cette exception à la loi de 1905. Si ce n’est la lâcheté politique. Les électeurs d’Alsace-Moselle y adhèrent car on les a convaincus qu’il était impossible d’appliquer la séparation sans toucher au statut local, très avantageux au plan social. C’est faux. L’Alsace-Moselle pourrait très bien garder son statut social et réintégrer la loi de 1905. Ce qui permettrait d’attribuer ces 22 millions à d’autres projets. Des jardins, des centres culturels, des festivals, des éducateurs ou des hôpitaux. Il faut croire que ce n’est pas la priorité.

Caroline Fourest, Marianne, 2 avril 2021