Unef : vive la « non-mixité »… Et la ségrégation ?

On est en droit d’interroger la dérive sectaire de l’Unef, consistant à jouer les « idiots utiles » du racialisme et du fanatisme.

Il serait absurde de dissoudre l’Unef. Ce syndicat étudiant ne présente pas le même danger que le CCIF ou Génération identitaire. En revanche, on est en droit d’interroger sa dérive sectaire consistant à jouer les « idiots utiles » du racialisme et du fanatisme.

Si ses militants sont derrière le collage ayant exposé deux professeurs de Grenoble comme « islamophobes », ils s’exposent en retour à être poursuivis pour « mise en danger de la vie d’autrui ». Lorsque ses troupes exigent la censure de la pièce posthume de Charb, ils méritent la honte. Lorsque l’ancienne vice-présidente de l’Unef-Lille, Hafsa Askar, tweete : « On devrait gazer tous les blancs, cette sous race » la Licra a raison de pointer son racisme.

C’est ce contexte qui explique la polémique autour des « ateliers en non-mixité raciale », interdits aux Blancs. Pour se défendre, la présidente de l’Unef précise qu’il s’agit de « permettre aux personnes qui sont touchées par le racisme de pouvoir exprimer ce qu’elles subissent ». Ses alliés se pressent de rappeler que des réunions du MLF ou LGTB+ se sont tenues en non-mixité. Un parallèle trompeur.L’université n’est pas un cabinet de psy. Dans ce lieu, interdire à un militant d’assister à une réunion syndicale sur la base de sa couleur de peau relève de la discrimination.

Quand le MLF organisait des ateliers non mixtes à Vincennes ou aux Beaux-Arts, nous étions aux premiers jours de la libération de la parole sur les violences sexuelles. Des femmes n’arrivaient pas à parler du harcèlement ou du viol sans qu’un homme ne l’interrompe. Personne n’avait encore déconstruit le « mansplaining » (cette façon qu’ont les hommes de vous expliquer la vie). Cinquante ans, le MLF et #MeToo plus tard, les femmes sont en capacité de ridiculiser un homme qui s’amuserait à voler la parole. Elles peuvent se réunir entre elles pour aborder certains aspects intimes des violences sexuelles. Tout comme des espaces privés ou culturels ont le droit de choisir la non-mixité. C’est le cas du festival de films lesbien Cineffable pour éviter les voyeurs et les agresseurs. Il m’est arrivé, il y a des années, de mettre à la porte des hommes qui venaient pour injurier ou se branler.

Que risquent les étudiants non blancs de l’Unef lors d’une réunion universitaire en « non-mixité raciale » ? Que leurs amis « woke » blancs viennent leur lécher les pieds ? En s’excusant de s’exprimer sur le sujet sans être « concernés » ? On comprend qu’il soit pénible d’endurer ces génuflexions dégoulinant d’exotisme. Mais l’université n’est pas un cabinet de psy. Dans ce lieu, interdire à un militant d’assister à une réunion syndicale sur la base de sa couleur de peau relève de la discrimination. Dans ce lieu, à ce moment de l’histoire, publiciser des « ateliers en non-mixité raciale » réhabilite une vision racialiste qui tend à séparer les Blancs des non-Blancs. Ôtez-moi d’un doute, vous qui ne jurez que par les États-Unis, cela vous rappelle bien quelque chose ?

Caroline Fourest, Marianne, 26 mars 2021