La pédophilie, l’Église et nous

 

Selon un sondage Odoxa pour le Parisien, 56% des Français ont une mauvaise image de l’Église. 63% pensent que le cardinal Philippe Barbarin devrait démissionner. Ils sont encore plus nombreux, près de 80%, à penser que l’Église doit se réformer concernant la pilule, le préservatif ou le mariage des prêtres.

Cette fois, le chiffre est élevé même chez les pratiquants. Ce n’est qu’un sondage en ligne, qu’une indication, mais un signe, parmi d’autres, que notre sécularisation résiste plutôt bien à l’air du temps. Ou presque.

En observant certaines réactions, on s’aperçoit que certains conservateurs — prêts à brandir une laïcité implacable à la moindre occasion — se montrent incroyablement chatouilleux quand il s’agit de rappeler que l’Église catholique n’est pas au-dessus des lois ni de la morale élémentaire. Par moments, on se demandait même si la droite cléricale, et non plus républicaine, ne faisait pas franchement son retour. Sous l’effet « Tea party » de la Manif pour tous… Des réseaux pourtant bien embarrassés par ces affaires.

Ceux qui refusent aux autres de fonder des familles, sous prétexte de protéger les enfants à naître, sont placés devant un constat bien cruel pour leurs préjugés. Ce n’est pas au sein de familles homoparentales mais bien au sein de familles hétéroparentales et des paroisses, ou à l’école, que les enfants ont le plus de chances d’être violés.

Pauvreté et manque de s’écularisation

Quand on regarde la carte des scandales pédophiles commis par des prêtres, on constate que toutes les paroisses ne sont pas égales devant ce risque.

Les viols sont bien plus nombreux dans les pays où les prêtres sont sacralisés comme des quasi-dieux, comme au Mexique ou en Irlande, que dans des pays où ils sont davantage regardés comme des hommes, comme en France.

Mais le risque augmente surtout lorsque les prêtres sont en charge d’enfants isolés, en pensionnats, issus de familles pauvres.

Si l’on prend le cas des Légionnaires du Christ fondé par Marcial Maciel, elle a surtout sévi au Mexique ou en Irlande, sur des enfants pauvres dont elle avait la charge. Les prêtres préférés du fondateur, qui les violait, étaient envoyés à la tête de ces paroisses importantes, où ils reproduisaient ce qu’ils avaient vécu… Avec d’autant de facilité que les parents de ces enfants se sentaient redevables et avaient peur de porter plainte contre l’Église.

Dans d’autres pays, où les mêmes réseaux animent des Centres de jeunes garçons issus de familles bien plus aisées, l’impunité aurait sans doute duré moins longtemps.

50 ans de silence complice

Les Légionnaires du Christ officient toujours, mais leur fondateur a été mis sur le côté par l’Église. Après 50 ans de silence et des centaines de viols, parfois dénoncés et rapportés au Vatican, notamment par des Jésuites. Jusque-là, Rome a fermé les yeux. Ce n’est que sur la toute fin de sa vie que Marcial Maciel a été prié de prendre sa retraite. Et ce n’est qu’une fois devenu pape que Benoît XVI a pu écouter des plaintes qu’on lui avait demandé de laisser dans le fond d’un tiroir lorsqu’il était Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi.

C’est aussi sous la pression de l’opinion publique que l’Église a dû mener son opération vérité aux Etats-Unis. A l’issue d’une enquête interne, elle estime à plus de 16.700 le nombre d’enfants violés par des prêtres, sur le seul sol américain, entre 1950 et 2013. Les associations de victimes, elles, parlent de presque 100.000 enfants abusés, dont la plupart ne veulent ou ne peuvent pas parler.

L’ampleur du phénomène s’explique par la technique de la « tournante ». Lorsqu’un prêtre était accusé d’avoir violé, on le faisait tourner de paroisse en paroisse, où il récidivait, jusqu’à commettre des dizaines de viols à la ronde. S’il ne fallait voir qu’un film à ce sujet en dehors de Spotlight, ce serait le documentaire d’Amy Berg : Délivrez-nous du mal sur le Père O’Grady et les complicités dont il a bénéficié de la part d’un supérieur, qui ne voyait pas le lien entre les plaintes émanant de petites filles (ce qui le choquait moins) et de petits garçons (ce qu’il prenait pour de l’homosexualité, plus choquante à ses yeux)…

La réponse très confuse de l’Eglise

On sort enfin de ce silence et de l’impunité. Mais l’Église prend-elle vraiment des mesures efficaces pour prévenir les viols d’enfants commis en son sein ?

C’est important de prononcer le mot « viol ». C’est un mal face auquel l’Église catholique est tout sauf préparée, voire structurellement désemparée. À force de diaboliser la sexualité, et de tout confondre. Notamment l’homosexualité et la pédophilie.

C’est dans une très grande confusion que l’Église a tenté d’élaborer des consignes pour prévenir les viols pédophiles jusqu’ici. Sous Benoît XVI, les consignes ont permis de ne plus couvrir les prédateurs, ce qui est une avancée majeure. Pour ce qui est de la détection, elles demandent de signaler toute tendance homosexuelle chez les jeunes séminaristes… Comme si le fait d’être homosexuel ou hétérosexuel avait le moindre rapport avec le fait de violer des petites filles ou des petits garçons.

Cette confusion ne témoigne pas seulement de préjugés terribles. Elle trahit un grand désarroi, qui inquiète quant à la capacité de l’Église à regarder en face le mal qui la ronge. Il est complexe : fait de tabou, d’infantilisation sexuelle des prêtres et d’un statut d’adulte sacralisé qui attire les prédateurs, facilite leur passage au viol, tout en intimidant leurs victimes.

L’Église devrait réfléchir à ce cocktail empoisonné. Au lieu de croire qu’elle pourra combattre ses faiblesses par des préjugés.

Chronique à retrouver tous les lundis sur France Culture à 7h18.

Une réflexion sur “La pédophilie, l’Église et nous

  1. Bonsoir Mme Fourest,

    Si vous ne l’avez déjà fait, écoutez l’émission de france-culture « conférence de carême » du dimanche 20 mars.
    C’est un appel à la haine de la démocratie et de la laïcité.

    Merci pour vos combats, vous êtes courageuse.
    Françoise Delpoux

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