Les médias face aux extrêmes

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Les médias n’ont plus le monopole du débat public. C’est même l’une des caractéristiques de notre époque. Tout le monde peut parler, et même crier, à tout moment, sur Internet. En un clic, en un blog, en un tweet. Et c’est tant mieux.

De ce point de vue, notre époque est hyper voire ultra-démocratique. Elle souffre d’autocensure, par peur des insultes ou des menaces, mais pas de censure d’État. En tout cas en France. Nous vivons plutôt une explosion de paroles. Désordonnées, incessantes et parfois violentes.

Dans ce contexte, le rôle des médias n’est-il pas d’assumer une forme de filtre ? De donner plus de force aux paroles plus apaisées, de celles qui peuvent cultiver ou éclaircir, prendre du recul ou prendre position de façon articulée ?

Pour l’instant, ce serait plutôt l’inverse. Le monde journalistique, comme le monde politique, subit une pression très forte pour se mettre au niveau de l’instantanée et du violent, sous l’effet de la loi du « buzz ».

Une vitesse qui facilite les propagandes

On ne reviendra pas en arrière, et ce n’est pas souhaitable. Il faut vivre avec son temps, avec cette vitesse, et même cette violence, mais la domestiquer. Développer un esprit critique qui sache faire le tri et enquêter toujours plus vite. Nous sommes en train d’apprendre.

Le temps de s’adapter, des propagandistes se jouent tous les jours de journalistes non spécialisés ou non formés, à qui l’on demande de traiter de tout en un temps précaire, et qui souvent se noient ou se font embarquer dès qu’on leur propose un story telling, un récit tout lisse, une histoire toute faite… Même si elle est fabriquée.

Nous vivons une époque où le parti le plus politicien de France, le plus cynique, le plus népotique, le moins transparent, le plus intolérant à la critique et à la liberté de la presse, donne des leçons de démocratie, de liberté d’expression, de « mains propres » et « tête haute » à tous les autres, sur toutes les chaînes.

Nous vivons à une époque où des antisémites peuvent passer pour des antiracistes, des Ripostes racistes pour des Ripostes laïques, des souverainistes défendre le droit à l’ingérence de la Russie, des progressistes protéger l’obscurantisme de la critique… À une époque où des complotistes paranoïaques passent pour les diseurs de vérité, et les journalistes pour des menteurs.

Protéger la démocratie des anti-démocrates

Comment lutter contre ces faux-semblants quand on est journaliste sans être aussitôt accusés de défendre le « système », l’invective préférée des anti-démocrates ?

Il faut assumer. Le rôle des corps intermédiaires est de protéger le système démocratique, c’est-à-dire l’intérêt de tous, contre ceux qui veulent le renverser dans leur intérêt.

Les médias ne doivent pas s’aligner sur Internet et devenir d’immenses forums du pour et du contre, du tout et du rien. Le journaliste n’a pas à devenir un simple animateur, pas même un arbitre, un simple métronome, presque une horloge. Cinq minutes pour les experts et cinq minutes ceux qui n’y connaissent rien. Cinq minutes pour les démocrates et cinq minutes pour les anti-démocrates.

À ce rythme, de fausses mesures en demi-mesures, le respect de la démocratie ne sera plus qu’une opinion… Avant de devenir une option.

D’où l’importance d’hésiter avant d’offrir des tribunes, des mégaphones, des paillassons aux propagandistes haineux, racistes, intégristes ou totalitaires, candidats à rien, si ce n’est à prospérer sur le fumier qu’ils sèment.

Un journalisme citoyen

Face à eux, il y a du sens à refuser le journalisme neutre du relativisme, du renoncement, et de la paresse intellectuelle. Plus l’époque est troublée, plus elle demande de repousser les fausses équivalences, de hiérarchiser, de contextualiser, de rappeler la profondeur historique, d’élargir l’horizon grâce à l’international.

Cela ne veut surtout pas dire tomber dans le piège de l’expertise élitiste, déconnectée ou ennuyeuse. Elle aussi peut être trompeuse… Déguiser ses angles morts derrière une étiquette universitaire, et même ses positions de lobbyiste sous le vernis bien propre d’un Centre de recherche privé.

Parfois, enfin, il faut recevoir les propagandistes et les démagogues. S’ils représentent un courant de l’opinion si fort qu’il ne sert à rien de l’ignorer, qu’il vaut mieux l’entendre et le confronter. Au titre du pluralisme et des règles imposées par le CSA lorsqu’ils ont l’intelligence de former des partis profitant des largesses de la démocratie pour mieux la combattre de l’intérieur.

Mais alors il faut travailler plus. Penser des dispositifs, faits de présentations serrées, d’intervieweurs polis, de coéquipiers sourcilleux et de personnes chargées de vérifier chaque fait ou chaque chiffre en régie.

Cela suppose des temps, des moyens et beaucoup d’énergie. Mais cette énergie, c’est ce qui différencie le journalisme du spectacle. Et le débat de la débâcle.

Marion Maréchal Le Pen, tout sourire avec Logan Djian dit le « Duce »

Sur cette photo, prise à la « Manif pour tous » contre le mariage pour tous, Marion Maréchal Le Pen (élue de la République) pose tout sourire avec Logan D. dit « Logan le Duce », mis en examen pour violences en réunion à mon encontre lors de la manifestation de CIVITAS du 18 novembre 2012.

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Sur cette photo ci-dessous prise le même jour (le cercle blanc), il fait officiellement le Service d’ordre de la Manif pour tous…

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Mais sinon, ni le FN ni La Manif pour tous n’a de lien avec cette extrême droite, soutien de Dieudonné et membre de Jeunesse nationaliste d’Alexandre Gabriac (qui dirige la branche jeunesse de l’Oeuvre française, dissoute au titre des ligues mettant en péril l’ordre public).

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Logan Djian organise volontiers des meetings en compagnie des groupes néo-nazis ou fascistes comme l’Aube dorée (Grèce) ou Casa Pound (Italie).

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Logan Djian dirige aussi un bar à Paris, Le Crabe-Tambour, qui sert de local aux plus durs de l’extrême droite. D’après Marianne, le 18 juin 2015, Bruno Gollnisch (député européen FN) s’y rend à l’invitation de Djian pour y participer à un  « apéro-débat ».

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Toujours d’après Marianne, Logan Djian aurait passé une nuit au poste après avoir frappé l’ancien président du GUD de Paris, Edouard Klein, à son domicile, le 9 octobre 2015. Soit quelques jours après notre confrontation dans le bureau d’une juge dans le cadre de l’instruction sur mon agression.

Très embarassant pour le Front national, puisque Djian est un peu le protégé de vieux amis de Marine le Pen et ancien meneurs du GUD dans les années 1990 : Frédéric Chatillon et Axel Loustau,  Ancien employeur de Djian, Axel Loustau, trésorier du microparti de Marine le Pen, est même investi en troisième position sur la liste FN des Hauts-de-Seine lors des Régionales 2015.

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Sur cette image, on voit Logan Djian et son camarade (également mis en examen pour violence en réunion à mon encontre) à la Manifestation de CIVITAS, juste avant mon agression.

Sur l’image ci-dessous, on le voit en capuche juste après mon passage à tabac, me poursuivre armée d’un parapluie, en compagnie de camarades de Jeunesses nationalistes et d’un militant FN, Remi Lelong, ayant reconnu m’avoir frappé.

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Pour revoir (brièvement) des vidéos ayant capté une partie seulement de l’agression : un passage à tabac à plusieurs et à coups de pieds dans la colonne vertébrale, le dos et les jambes, puis une poursuite, de nouveaux coups et un projectile lancé à la tête.

Photos http://lahorde.samizdat.net/2014/10/06/safari-photo-a-la-manif-pour-tous/

Ils changent le monde : Octave Nitkowski (France Inter)

 

Notre plume précoce du jour, Octave Nitkowski, n’a que 18 ans et cela fait déjà trois ans qu’il tient un blog politique remarqué, notamment sur la « guerre des Fronts » à Hénin-Beaumont. Enfant du pays, il a grandi à l’ombre des terrils désertés et d’un paysage politique gangréné par la corruption. Ne vous fiez pas à son crâne rasé, il n’est pas du genre gothique ou skinhead. Mais vit avec une maladie auto-immune et se bat à l’ancienne. Avec sa plume, qu’il a forgé en dévorant des livres et des journaux, au point de transformer sa chambre en véritable bibliothèque. L’an dernier, il a même signé son premier livre : Le Front National des villes et le Front National des champs. Retiré puis remis en vente suite à un procès du FN. Motif ? Avoir mentionné l’homosexualité des cadres du FN local. Il nous dira pourquoi et ce qui a changé ou pas à Hénin-Baumont, depuis l’élection d’un maire Front National. 

Pour écouter l’émission sur le site de France Inter

Pour s’abonner au podcast

Ils changent le monde 2012

Le succès annoncé d’un parti d’extrême droite

RASSEMBLEMENT DU FRONT NATIONAL AU PALAIS ROYAL

Le fait d’être en tête des intentions de vote (24 %) aux prochaines européennes ne fait pas du Front national le premier parti de France, mais certainement le premier parti d’extrême droite le mieux placé pour recomposer l’échiquier politique.

Il n’est pas besoin de lire les sondages pour connaître les raisons de cette poussée annoncée. Cette tentation a toujours existé en France, dans ces proportions. Le problème, c’est que toutes les conditions sont réunies pour passer du fantasme aux actes. La crise économique, bien sûr, mais pas seulement. Peut-être même finira-t-elle par retenir, au dernier moment, ceux qui n’ont pas envie de jouer à faire décrocher notre pays dans un moment aussi dangereux. Non, ce qui pousse les électeurs à se défouler en mettant un bulletin FN dans les urnes est toujours ailleurs… Et l’on sait bien où. Quand Jean-Marie Le Pen fantasmait totalement le danger de l’immigration, le parti de Marine Le Pen a réussi à faire croire qu’elle défendait la laïcité face à l’intégrisme musulman. Quand Jean-Marie Le Pen soutenait Reagan et son capitalisme sauvage, Marine Le Pen a réussi à faire croire aux ouvriers qu’elle les protégerait de la mondialisation. Mais surtout alors que Jean-Marie Le Pen était devenu un paria de l’échiquier politique, Marine Le Pen avance sur un tapis de velours.

D’un côté, la gauche est au pouvoir et donc déçoit forcément. De l’autre, la droite a démoli la digue républicaine, dans les mots comme dans les têtes, qui retenait son électorat. Les idées du Front national progressent au sein des électeurs de l’UMP. Ils sont deux fois plus nombreux qu’en 2002 à envisager une alliance avec le parti de Marine Le Pen. Ce bilan historique peut être mis sur le compte de Nicolas Sarkozy, mais aussi plus récemment de Jean-François Copé et de François Fillon.

Quelle gauche antidote ?

La gauche dite angélique, celle qui voudrait ne jamais aborder les sujets qui fâchent, croit avoir trouvé la solution au Front national : ne jamais défendre la laïcité ou prétendre qu’il n’y a dans ce pays aucun problème, ni d’intégrisme ni de voisinage entre des modes de vie nomade et sédentaire. Ce déni fait pourtant le jeu du pire. Ce qui ne veut absolument pas dire qu’il faut céder à la surenchère et se laisser piéger par les mots du Front national. Dans un monde idéal, la gauche doit s’emparer à bras-le-corps des sujets qui fâchent, sans jamais céder à un vocabulaire essentialisant laissant croire qu’il existe des réponses xénophobes et non républicaines. En faisant la pédagogie de la complexité : combattre à la fois l’intégrisme et le racisme, qu’il soit anti-musulmans ou anti-roms. Pendant ce temps, toujours dans un monde idéal, la droite se garderait de souffler sur les braises de thèmes qui peuvent mal tourner. Mais c’est un monde idéal. Nous vivons dans un monde bien réel, où la gauche angélique croit devoir se taire, où la gauche réaliste ne surveille pas toujours son langage, et où la droite a mis au centre tous les thèmes du FN.

Responsabilité journalistique

Les journalistes politiques ont aussi leur responsabilité. À force de privilégier l’analyse anecdotique, le commentaire de petites phrases, ils finissent par donner une vision mesquine de la politique, qui fait le jeu des plus des plus démagogues. Surtout s’ils servent un joli conte de fées et menacent de procès ceux qui n’y croient pas. La menace agitée par Marine Le Pen — à savoir attaquer toute personne qui associerait le nom de son parti à l’étiquette d’extrême droite — n’est pas nouvelle. Mais elle a le mérite de faire tomber les masques aux yeux d’un plus grand nombre.

Ainsi donc, un certain Front national peut se proclamer héros de la liberté d’expression quand il s’agit de soutenir des propos racistes ou négationnistes contre les lois antiracistes. Mais n’a aucun problème à fossoyer cette même liberté d’expression quand il s’agit d’émettre une opinion ou de dire quelques vérités.

En effet, qualifier le FN de parti d’extrême droite relève du commentaire politique et de la liberté d’opinion. N’en déplaise à sa présidente, les faits démontrent que ce qualificatif convient toujours.

Pas seulement parce que Jean-Marie Le Pen, condamné pour des propos racistes, en est toujours le président d’honneur. Mais parce que sa fille assume entièrement cet héritage. Pas seulement parce que Bruno Gollnisch soutient les négationnistes et les intégristes catholiques. Mais parce qu’il anime toujours l’un des courants du Front national. Pas seulement parce que le Front national collabore avec d’autres partis d’extrême droite européens, comme La Ligue du Nord en Italie. Parce que Marine Le Pen va elle-même valser à Vienne en compagnie de l’extrême droite autrichienne la plus antisémite. Et que sa nièce, Marion Maréchal Le Pen, est allée tout récemment voir ses amis du Vlaams Belang, un parti d’extrême droite flamand qui incite au racisme envers les Wallons, c’est-à-dire ceux qui parlent français. Ce qui est quand même un peu osé pour une députée française.

Des candidats aux municipales douteux

Il faut reconnaître que Marine Le Pen a promu toute une génération de candidats si jeunes et si inexpérimentés qu’ils ont forcément moins de casseroles que leurs aînés. Laissons-leur le temps. Mais il reste quand même des cadres dans ce parti aux profils très particuliers. Je pense à Marie-Christine Arnautu, une très proche de Marine Le Pen, qui a défilé contre ledroit au mariage pour tous avec les troupes de CIVITAS et les néofacistes de Jeunesses nationalistes. À Wallerand de Saint Just, trésorier du FN mais surtout l’homme chargé de faire les procès d’intimidation pour la présidente… Un catholique traditionaliste de la tendance Chrétienté Solidarité, une organisation qui rêve de croisades contre l’IVG.

Il y a aussi Marie d’Herbais, l’une des meilleures amies de la présidente, attachée presse au FN, qui ne cache pas sa fascination pour la dictature sanguinaire de Bachar el Assad. À Nantes, le FN de Marine Le Pen présente surtout Christian Bouchet. Il s’agit de l’un des théoriciens du courant le plus dur qui existe à l’extrême droite. Un nationalisme révolutionnaire à la fois fasciné par le régime des Mollah iraniens, la dictature de Bachar El Assad et l’autoritarisme de Poutine. Son fils, Gauthier Bouchet, responsable des réseaux sociaux de Marine Le Pen et membre de la liste du Rassemblement Bleu Marine à Saint-Nazaire, a contribué à organiser la course-poursuite dont j’ai fait l’objet à Nantes de la part des anti-mariage pour tous. D’autres, ayant approuvé les violences physiques à mon encontre pendant ce débat, sont toujours membres du FN et même candidats.

Un modèle : la Hongrie

Marine Le Pen est bien plus proche que son père d’anciens du GUD voulant appliquer la Troisième voie, qui rappelle, on n’y peut rien, celle des années 30. Elle a d’ailleurs rendu hommage vibrant au geste de l’historien des fascistes français, Dominique Venner, lorsqu’il s’est suicidé en plein cœur de Notre-Dame. Un geste pensé pour appeler au réveil de la « race et de la civilisation ».
Enfin, si elle était élue un jour présidente de la République, Marine Le Pen ferait en France très exactement ce que Viktor Orban est en train de faire en Hongrie dans une indifférence d’ailleurs étonnante : mise au pas des journalistes, terreur des minorités et des opposants, et le ridicule international en guise de fierté nationale. S’il faut aller devant des tribunaux pour le dire, et bien tant pis. C’est toujours moins grave que de ne pas faire son métier.

Caroline Fourest

http://www.huffingtonpost.fr/caroline-fourest/front-national-municipales-2014_b_4082968.html

Éxito anunciado de la extrema derecha

RASSEMBLEMENT DU FRONT NATIONAL AU PALAIS ROYAL

El hecho de encontrarse en cabeza de intención de voto (24%) en las próximas elecciones europeas no convierte al Frente Nacional (FN) en el primer partido de Francia, sino más bien en el partido de extrema derecha mejor situado para recomponer el tablero político.

No hace falta estudiar las encuestas para conocer las razones de este crecimiento anunciado. La tentación ultra ha existido siempre en Francia, en cierto grado. El problema es que ahora se dan todas las condiciones para pasar del coqueteo y la fantasía a los actos. La crisis económica, por supuesto, pero no solo. Es posible incluso que ésta acabe por retener, en el último momento, a aquellos reacios a jugar a hacer que nuestro país, Francia, se descuelgue en un momento tan delicado. No, lo que empuja a los electores a desahogarse introduciendo una papeleta del FN en las urnas está en otro sitio… y sabemos bien dónde. Allí donde Jean-Marie Le Pen derrapaba por completo a propósito de los peligros de la inmigración, el partido de Marine Le Pen ha conseguido hacer creer que ella defiende la laicidad frente al integrismo musulmán. Allí donde Jean-Marie Le Pen apoyaba a Reagan y a su capitalismo salvaje, Marine Le Pen ha conseguido hacer creer a los obreros que ella los protegerá de la globalización. Pero sobre todo, allí donde Jean-Marie Le Pen se había convertido en un paria del escenario político, Marine Le Pen avanza sobre una alfombra de terciopelo.

Por un lado, la izquierda está en el poder, de modo que la decepción está servida. Por otro, la derecha ha demolido el dique republicano, tanto de palabra como en las mentes, que contenía a su electorado. Las ideas del Frente Nacional progresan entre los electores de la UMP. Entre ellos, los que apuestan por una alianza con el partido de Marine Le Pen se handuplicado desde 2002. Este balance histórico se puede poner en la cuenta de Nicolas Sarkozy, pero también, más recientemente, en la de Jean-François Copé y François Fillon,principales dirigentes de la UMP tras Sarkozy.

Los periodistas políticos también tienen su responsabilidad

La llamada izquierda angélica, esa que prefiere no abordar jamás las cuestiones delicadas, cree haber encontrado una solución a la cuestión del Frente Nacional: dejar de defender la laicidad y pretender que en este país no hay ningún problema, ni de integrismo ni de vecindad entre modos de vida nómada y sedentaria. Sin embargo, esta actitud de negación solo hace el juego de lo peor. Lo que no quiere decir en absoluto que haya que ceder a la demagogia y caer en la terminología del Frente Nacional. En un mundo ideal, la izquierda debe hacer frente a los temas delicados sin ambigüedades, sin ceder nunca a un vocabulario esencializante que sugiera la existencia de respuestas xenófobas y no republicanas. Haciendo pedagogía de la complejidad: combatiendo a la vez el integrismo y el racismo, tanto el que se dirige contra los musulmanes como el que se dirige contra los romaníes. Mientras tanto, en ese mundo ideal, la derecha se abstendría de avivar las brasas de los temas que pueden degenerar. Pero eso sería en un mundo ideal. Y vivimos en otro bien real, donde la izquierda angélica cree que lo mejor es callar, la izquierda realista no siempre vigila su lenguaje, y la derecha ha puesto todos los temas predilectos del FN en el centro del debate.

Los periodistas políticos también tienen su responsabilidad. A fuerza de privilegiar el análisis de las anécdotas y la discusión sobre las declaraciones polémicas, acaban por dar una visión mezquina de la política, que hace el juego de los más demagogos. Sobre todo, cuando éstos ofrecen un precioso cuento de hadas y amenazan con procesar judicialmente a aquellos que no se lo crean. La amenaza agitada por Marine Le Pen -a saber, atacar en la justicia a todo aquel que asocie el nombre de su partido con la etiqueta de extrema derecha- no es nueva. Pero tiene la virtud de hacer caer las máscaras para un mayor número de personas.

Así pues, un cierto Frente Nacional puede proclamarse el campeón de la libertad de expresión cuando se trata de apoyar declaraciones racistas o negacionistas contra las leyes antiracistas, pero no tiene ningún problema en enterrar esa misma libertad de expresión cuando se trata de opinar o de decir algunas verdades.

En efecto, calificar al FN como partido de extrema derecha se sitúa en el ámbito del comentario político y de la libertad de opinión. Por mucho que le pese a su presidenta, los hechos demuestran que el calificativo sigue siendo de lo más apropiado.

No solo porque Jean-Marie Le Pen, que fue condenado por declaraciones racistas, sea presidente de honor, sino también porque su hija asume enteramente su herencia. No solo porque Bruno Gollnisch, miembro del comité central del FN, apoya a los negacionistas y a los integristas católicos, sino porque sigue liderando una de las corrientes del Frente Nacional. No solo porque el FN colabore con otros partidos europeos de extrema derecha, como la Liga Norte en Italia, sino porque Marine Le Pen va personalmente a Viena, a bailar el vals en compañía con la extrema derecha austríaca más antisemita. Y su sobrina,Marion Maréchal Le Pen, diputada del FN en la Asamblea Nacional, acaba de visitar a sus amigos del Vlaams Belang, un partido flamenco de extrema derecha que cultiva el racismo contra los valones, es decir, con los belgas que hablan francés; no deja de ser osado para una diputada francesa.

Si un día fuera elegida presidenta de la República, Marine Le Pen haría en Francia lo que Viktor Orban está intentando hacer en Hungría: control de periodistas, terror de minorías y de oponentes

Hay que reconocer que Marine Le Pen ha promovido a toda una generación de candidatos tan jóvenes y tan poco experimentados que necesariamente tienen que tener menos cadáveres en el armario que sus mayores. Pero quedan de todas formas dirigentes en el partido con perfiles y trayectorias bien particulares. Estoy pensando en Marie-Christine Arnautu, una mujer muy cercana a Marine Le Pen que desfiló contra el« matrimonio para todos » con las tropas de CIVITAS y los neofascistas de las Juventudes Nacionalistas. O en Wallerand de Saint Just, tesorero del FN pero, sobre todo, el hombre en quien la presidenta delega la intimidación judicial… un católico tradicionalista de la tendencia Chrétienté Solidarité, una organización que aspira a organizar cruzadas contra el aborto.

Está también Marie d’Herbais, una de las mejores amigas de la presidenta, responsable de prensa del FN, que no esconde su admiración por la sanguinaria dictadura de Bachar El Asad, en Siria. En Nantes, el FN de Marine Le Pen presenta sobre todo a Christian Bouchet. Se trata de uno de los teóricos de la corriente más dura de la extrema derecha: un nacionalismo revolucionario a la vez fascinado por el régimen de los mulás iraníes, la dictadura de Bachar El Asad y el autoritarismo de Putin. Su hijo, Gauthier Bouchet, responsable de redes sociales de Marine Le Pen y miembro de la lista del Reagrupamiento Azul Marino, coalición de partidos nacionalistas en torno al FN y a su presidenta, en Saint-Nazaire, ha contribuido a organizar la persecución de la que fui objeto en Nantes por parte de los contrarios al « matrimonio para todos ». Otros de los que respaldaron la violencia física contra mí durante aquel debate siguen siendo miembros del FN e incluso candidatos.

Marine Le Pen es bastante más cercana que su padre a antiguos miembros del GUD, Grupo Unión Defensa, organización estudiantil universitaria de extrema derecha, que aspiran a aplicar la llamada « Tercera Vía », que inevitablemente evoca a la de los años treinta. Y ha rendido un vibrante homenaje al gesto del historiador de los fascistas franceses, Dominique Venner, cuando se suicidó en el interior de la catedral de Notre-Dame. Un gesto con el que Venner quiso hacer un llamamiento al despertar « de la raza y de la civilización ».

En fin, si un día fuera elegida presidenta de la República, Marine Le Pen haría en Francia lo que Viktor Orban está intentando hacer en Hungría, en medio, por cierto, de una indiferencia alucinante: control de periodistas, terror de minorías y de oponentes, y el ridículo internacional disfrazado de orgullo nacional. Si hay que ir a los tribunales para decirlo, qué se le va a hacer. Siempre será menos grave que dejar de hacer nuestro trabajo.

Caroline Fourest

[Artículo traducido por Juan Antonio Cordero Fuertes, publicado en la versión francesa de The Huffington Post y reproducido en CRÓNICA GLOBAL con autorización]