Dupont-Aignan ou le théâtre de Guignol

8428587lpw-8429372-article-france2017vote-jpg_4257570_660x281.jpg

Le marché conclu entre Monsieur Dupont-Aignan et Madame Le Pen est peu surprenant mais laisse un fumet malodorant. Il ne s’agit pas d’un ralliement désintéressé dans l’intérêt du pays, ni d’un appel républicain à faire barrage (coûteux pour certains), mais de son exact contraire : un petit deal politicien.

Il aura donc suffi de peu, la promesse d’un poste et peut-être de rembourser ses frais de campagne (un peu léger avec le concept de dette, « Debout la France » a dépensé trop d’argent en pensant faire plus de 5%) pour ravaler ses diatribes contre le FN et solder l’héritage gaulliste, dont il se revendique en bombant le torse.

Je regrette souvent que tous les électeurs d’un pays n’aient pas la chance d’approcher certains animaux politiques de près. On y apprend tellement plus qu’à la télévision. Il m’est arrivé d’interviewer Monsieur Dupont-Aignan et aussi de débattre avec lui. J’ai rarement croisé un personnage politique aussi factice et démagogue.

Juste une anecdote. Il y a quelques années, Le Nouvel Obs nous avait invité à débattre de la laïcité à Strasbourg. Il est arrivé très en retard. J’avais commencé à mettre en garde contre l’aveuglement d’une certaine gauche, la montée du danger intégriste, et la nécessité de renforcer notre vigilance. Nicolas Dupont-Aignan est parti dans une diatribe grossière contre les médias, les élites, le système, et les politiques, tous pourris, tous lâches, sauf lui. Ne pouvant accepter ce raccourci grossier, visant uniquement à le mettre en valeur, sans rien apporter, j’ai précisé que le danger venait moins des politiques en général que des concessions clientélistes faites par des élus locaux au détriment de la loi de 1905. Nicolas Dupont-Aignan m’a ri au nez avant d’expliquer que lui même prêtait un local municipal à une association musulmane pour prier et qu’il ne voyait pas le problème. Son propre public n’en revenait pas. Le numéro de claquettes se dégonflait.

Avec cet accord honteux, politicien en diable, le masque est tombé. Espérons que les électeurs dupés en tirent quelques leçons. Ceux qui vomissent le « système » qui les fait vivre sont souvent les pires… Quant à ceux qui les croient et pensent que la politique est un spectacle, même pour se divertir, il n’est pas superflu de bien choisir ses guignols.

Caroline Fourest

Les médias face aux extrêmes

article_fnlepen

Les médias n’ont plus le monopole du débat public. C’est même l’une des caractéristiques de notre époque. Tout le monde peut parler, et même crier, à tout moment, sur Internet. En un clic, en un blog, en un tweet. Et c’est tant mieux.

De ce point de vue, notre époque est hyper voire ultra-démocratique. Elle souffre d’autocensure, par peur des insultes ou des menaces, mais pas de censure d’État. En tout cas en France. Nous vivons plutôt une explosion de paroles. Désordonnées, incessantes et parfois violentes.

Dans ce contexte, le rôle des médias n’est-il pas d’assumer une forme de filtre ? De donner plus de force aux paroles plus apaisées, de celles qui peuvent cultiver ou éclaircir, prendre du recul ou prendre position de façon articulée ?

Pour l’instant, ce serait plutôt l’inverse. Le monde journalistique, comme le monde politique, subit une pression très forte pour se mettre au niveau de l’instantanée et du violent, sous l’effet de la loi du « buzz ».

Une vitesse qui facilite les propagandes

On ne reviendra pas en arrière, et ce n’est pas souhaitable. Il faut vivre avec son temps, avec cette vitesse, et même cette violence, mais la domestiquer. Développer un esprit critique qui sache faire le tri et enquêter toujours plus vite. Nous sommes en train d’apprendre.

Le temps de s’adapter, des propagandistes se jouent tous les jours de journalistes non spécialisés ou non formés, à qui l’on demande de traiter de tout en un temps précaire, et qui souvent se noient ou se font embarquer dès qu’on leur propose un story telling, un récit tout lisse, une histoire toute faite… Même si elle est fabriquée.

Nous vivons une époque où le parti le plus politicien de France, le plus cynique, le plus népotique, le moins transparent, le plus intolérant à la critique et à la liberté de la presse, donne des leçons de démocratie, de liberté d’expression, de « mains propres » et « tête haute » à tous les autres, sur toutes les chaînes.

Nous vivons à une époque où des antisémites peuvent passer pour des antiracistes, des Ripostes racistes pour des Ripostes laïques, des souverainistes défendre le droit à l’ingérence de la Russie, des progressistes protéger l’obscurantisme de la critique… À une époque où des complotistes paranoïaques passent pour les diseurs de vérité, et les journalistes pour des menteurs.

Protéger la démocratie des anti-démocrates

Comment lutter contre ces faux-semblants quand on est journaliste sans être aussitôt accusés de défendre le « système », l’invective préférée des anti-démocrates ?

Il faut assumer. Le rôle des corps intermédiaires est de protéger le système démocratique, c’est-à-dire l’intérêt de tous, contre ceux qui veulent le renverser dans leur intérêt.

Les médias ne doivent pas s’aligner sur Internet et devenir d’immenses forums du pour et du contre, du tout et du rien. Le journaliste n’a pas à devenir un simple animateur, pas même un arbitre, un simple métronome, presque une horloge. Cinq minutes pour les experts et cinq minutes ceux qui n’y connaissent rien. Cinq minutes pour les démocrates et cinq minutes pour les anti-démocrates.

À ce rythme, de fausses mesures en demi-mesures, le respect de la démocratie ne sera plus qu’une opinion… Avant de devenir une option.

D’où l’importance d’hésiter avant d’offrir des tribunes, des mégaphones, des paillassons aux propagandistes haineux, racistes, intégristes ou totalitaires, candidats à rien, si ce n’est à prospérer sur le fumier qu’ils sèment.

Un journalisme citoyen

Face à eux, il y a du sens à refuser le journalisme neutre du relativisme, du renoncement, et de la paresse intellectuelle. Plus l’époque est troublée, plus elle demande de repousser les fausses équivalences, de hiérarchiser, de contextualiser, de rappeler la profondeur historique, d’élargir l’horizon grâce à l’international.

Cela ne veut surtout pas dire tomber dans le piège de l’expertise élitiste, déconnectée ou ennuyeuse. Elle aussi peut être trompeuse… Déguiser ses angles morts derrière une étiquette universitaire, et même ses positions de lobbyiste sous le vernis bien propre d’un Centre de recherche privé.

Parfois, enfin, il faut recevoir les propagandistes et les démagogues. S’ils représentent un courant de l’opinion si fort qu’il ne sert à rien de l’ignorer, qu’il vaut mieux l’entendre et le confronter. Au titre du pluralisme et des règles imposées par le CSA lorsqu’ils ont l’intelligence de former des partis profitant des largesses de la démocratie pour mieux la combattre de l’intérieur.

Mais alors il faut travailler plus. Penser des dispositifs, faits de présentations serrées, d’intervieweurs polis, de coéquipiers sourcilleux et de personnes chargées de vérifier chaque fait ou chaque chiffre en régie.

Cela suppose des temps, des moyens et beaucoup d’énergie. Mais cette énergie, c’est ce qui différencie le journalisme du spectacle. Et le débat de la débâcle.

Marion Maréchal Le Pen, tout sourire avec Logan Djian dit le « Duce »

Sur cette photo, prise à la « Manif pour tous » contre le mariage pour tous, Marion Maréchal Le Pen (élue de la République) pose tout sourire avec Logan D. dit « Logan le Duce », mis en examen pour violences en réunion à mon encontre lors de la manifestation de CIVITAS du 18 novembre 2012.

10670156_10152683606435380_8347933472292079681_n

Sur cette photo ci-dessous prise le même jour (le cercle blanc), il fait officiellement le Service d’ordre de la Manif pour tous…

13.-GUD_SO

Mais sinon, ni le FN ni La Manif pour tous n’a de lien avec cette extrême droite, soutien de Dieudonné et membre de Jeunesse nationaliste d’Alexandre Gabriac (qui dirige la branche jeunesse de l’Oeuvre française, dissoute au titre des ligues mettant en péril l’ordre public).

logan_dieudonnc3a9 logan_gabriac

Logan Djian organise volontiers des meetings en compagnie des groupes néo-nazis ou fascistes comme l’Aube dorée (Grèce) ou Casa Pound (Italie).

5861071625meeting_gud_-sebastien_de_boeldieu_und_gianluca_ianonne_von_casapound_italia_konstantinos_boviatsos_golden_dawn__0_0

Logan Djian dirige aussi un bar à Paris, Le Crabe-Tambour, qui sert de local aux plus durs de l’extrême droite. D’après Marianne, le 18 juin 2015, Bruno Gollnisch (député européen FN) s’y rend à l’invitation de Djian pour y participer à un  « apéro-débat ».

capture_decran_2015-10-29_a_11.36.40

Toujours d’après Marianne, Logan Djian aurait passé une nuit au poste après avoir frappé l’ancien président du GUD de Paris, Edouard Klein, à son domicile, le 9 octobre 2015. Soit quelques jours après notre confrontation dans le bureau d’une juge dans le cadre de l’instruction sur mon agression.

Très embarassant pour le Front national, puisque Djian est un peu le protégé de vieux amis de Marine le Pen et ancien meneurs du GUD dans les années 1990 : Frédéric Chatillon et Axel Loustau,  Ancien employeur de Djian, Axel Loustau, trésorier du microparti de Marine le Pen, est même investi en troisième position sur la liste FN des Hauts-de-Seine lors des Régionales 2015.

dans-les-rangs-de-la-manifestation-de-civitas-dimanche_971900_460x306

Sur cette image, on voit Logan Djian et son camarade (également mis en examen pour violence en réunion à mon encontre) à la Manifestation de CIVITAS, juste avant mon agression.

Sur l’image ci-dessous, on le voit en capuche juste après mon passage à tabac, me poursuivre armée d’un parapluie, en compagnie de camarades de Jeunesses nationalistes et d’un militant FN, Remi Lelong, ayant reconnu m’avoir frappé.

Capture d’écran 2015-10-01 à 09.33.11

Pour revoir (brièvement) des vidéos ayant capté une partie seulement de l’agression : un passage à tabac à plusieurs et à coups de pieds dans la colonne vertébrale, le dos et les jambes, puis une poursuite, de nouveaux coups et un projectile lancé à la tête.

Photos http://lahorde.samizdat.net/2014/10/06/safari-photo-a-la-manif-pour-tous/