L’UOIF devrait voter Le Pen et non Macron

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Avec Fiammetta Venner, nous combattons l’UOIF et toute tentative d’entrisme des Frères musulmans depuis plus de quinze ans * *. Nous n’ignorons rien de leur tactique, de leur capacité au double discours, ni de la naïveté de certains politiques et journalistes.

Emmanuel Macron n’est pas responsable du fait que l’UOIF (extrême droite musulmane) appelle à voter pour lui. Pas plus que les « ninistes » ne sont responsables du fait que Tariq Ramadan appelle à s’abstenir… Le Front national, dont un collectif a invité Camel Bechikh (un islamiste de l’UOIF et de La Manif pour tous que Louis Aliot semble découvrir) ne devrait pas donner trop de leçons. Au jeu du détecteur d’intégristes, ils ne sont visiblement pas très doués.

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Cela ne veut pas dire qu’En Marche l’est. Les jeunes partis sont toujours très convoités par les militants pratiquant l’entrisme religieux. C’était le cas du Modem. C’est le cas de « En marche », qui attire fort heureusement aussi des candidats vigilants, motivés par le défense de la République et la laïcité, comme Aurore Bergé.

D’ici les législatives, avec l’aide de tous les vigilants, nous entendons dénoncer toute candidature qui ferait la part belle au communautarisme intégriste.

Mais chaque chose en son temps. Quelque soit le manque d’intérêt d’Emmanuel Macron pour ces sujets, il sera plus aisé de combattre l’extrémisme et le fanatisme sous sa présidence que sous une présidence d’extrême droite.

En cas d’arrivée au pouvoir du FN, en espérant que l’on puisse continuer à informer aussi librement , nos énergies seront entièrement absorbées par la résistance prioritaire au FN. Tandis que ces groupes islamistes aujourd’hui marginalisés et repoussoirs (l’UOIF, le CCIF, le réseau des frères Ramadan…) deviendront les martyrs d’un gouvernement raciste. Pour une association interdite, dix repousseront. Au risque de regagner tout le terrain perdu, à gauche et dans la société. La bataille culturelle contre l’islamisme reculera. Tout sera à refaire.

Votons contre le FN le 7 mai. Après 17H s’il le faut (pour ne pas être comptés dans les chiffres de la participation et envoyer un signal), mais votons. Plus le score de Marine Le Pen sera bas, plus le FN (et non la France) s’entre-déchirera.

Dès lundi, une fois le danger frontiste écarté, il sera temps de dénoncer toute candidature favorable à l’intégrisme, à haute voix. Aux législatives, il sera possible de voter pour des candidats progressistes impeccablement républicains et laïques, de peser sur la majorité et sur le futur gouvernement, en vue de pousser le candidat Macron à tenir sa promesse : « Démanteler les associations qui, sous couvert de religion, s’attaquent la République ».

Caroline Fourest & Fiammetta Venner

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La « marinisation » des esprits UMP

Il aura suffi de peu pour rapprocher l’électorat de droite de l’extrême droite. Une trentaine de triangulaires et seulement 13,6 % pour le Front national au niveau national. C’est plus qu’en 2007, lorsque Nicolas Sarkozy avait réussi à envoûter l’électorat frontiste, mais loin du record de 1997. La différence est ailleurs. 66 % des électeurs de l’UMP souhaitent désormais des alliances électorales avec le FN. C’est ici, dans ce chiffre, que se joue la fissure du barrage républicain. Pas dans les alliances, mais dans les esprits.

On comprend mieux l’attitude des cadres de l’UMP et leur choix du « ni-ni » : ni FN, ni vote en faveur du Parti socialiste. Un non-choix en vérité, guidé par la pression de la base, et qui tourne à la torture pour des personnalités comme Nathalie Kosciusko-Morizet. La voir se renier à ce point est une douleur pour ceux qui croient à l’engagement, parfois sincère, des hommes et des femmes politiques. Mais cette cruauté n’est pas tombée du ciel. Elle est l’enfant d’une politique et de l’axe voulu par Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson et leurs alliés.

A commencer par l’excès en tout, sur l’immigration, la sécurité, les corps intermédiaires… Ceux qui ont fabriqué ces discours n’y croient pas toujours. Ceux qui les ont écoutés si. Difficile de les faire revenir à la nuance. Surtout quand le FN feint un pas de côté et que l’UMP continue de courir après. En manipulant quelques drapeaux étrangers pour fêter la victoire de François Hollande à la Bastille (le plus visible était celui de l’opposition syrienne à Bachar Al-Assad). Sans parler de la rumeur, fausse, selon laquelle la nouvelle garde des sceaux voulait amnistier ceux qui brûlent des drapeaux français… En criant au laxisme, lorsque cette même garde des sceaux veut, pour de bon cette fois, supprimer les tribunaux correctionnels pour mineurs et les jurés populaires. Ce qui n’est queremettre la République à l’endroit.

Il existe une gauche naïve et même idiote. Celle qui se réjouit de voir des musulmans intégristes comparer la politique de Manuel Valls à celle de Nicolas Sarkozy, simplement parce qu’il défend le droit à la sécurité et la laïcité. Celle qui croit répondre à ce que Laurent Bouvet appelle l’« insécurité culturelle » en voulant le droit des étrangers aux élections locales sans jamais insister sur le respect de valeurs communes, apporter des réponses économiques mais surtout aucune réponse sur le terrain des valeurs laïques, qu’ils associent désormais à la droite anti-islam.

Cette gauche existe, mais elle est minoritaire et peu représentée au sein de ce gouvernement. Rien de rationnel ne justifie de comparer le PS à un danger aussi grand que le FN. Pas plus qu’il n’est honnête de confondre le Front de gauche et le FN. Le Front de gauche est un parti antiraciste où il est désespérant de constaterqu’un allié de complotistes et d’antisémites soit toléré. Le FN est un parti dont le credo hiérarchise les Français, où l’on s’étonne que certains soient exclus pour l’avoir dit trop fort. C’est toute la différence entre la règle et l’exception. Feindre de ne plus voir la différence est un choix politique, stratégique, mais qui aura des conséquences idéologiques.

Caroline Fourest

Le Pen n’a pas dit son dernier « bon mot »

Quand on est journaliste, c’est toujours un peu particulier de rencontrer Jean-Marie Le Pen pour la première fois. Avec ses « bons mots » et ses provocations, qu’il reproche ensuite aux journalistes d’avoir répétés. Tout en se plaignant d’être censuré.

Le 6 mai, nous avions rendez-vous pour parler de sa fille, dans le cadre d’un livre sur Marine Le Pen. Il n’était question ni de piège ni de créer la moindre polémique. Simplement d’évoquer le passé et de lui permettre de donner sa version. Le hasard a voulu que l’actualité déborde de sujets dérangeants. Ben Laden vient d’être tué par les Américains et la polémique enfle pour savoir si le sélectionneur de l’équipe de France a imaginé des quotas pour recruter moins de joueurs « binationaux ». Trop tentant pour le vieux lion. Bien qu’il ne soit pas censé contrarier l’opération « dédiabolisation » de sa fille. Il a suffi que l’enregistrement démarre pour qu’il évoque à voix haute ses dernières théories.

Ben Laden d’abord. « Je trouve que tout ça est très suspect, pour ne rien vous cacher. » Le voilà lancé : « Je sais que les Américains ont l’habitude systématique de créer eux-mêmes les événements dont ils ont besoin pour déclencher leurs opérations. Ce n’est pas la première fois. Beaucoup de choses me paraissent suspectes. » Mais encore ? « Dans ce domaine, je crois les Américains capables de tout. Par conséquent, je ne sais même pas si Ben Laden était vivant ou mort. Beaucoup de gens affirment qu’il était mort depuis longtemps. »

Une théorie, effectivement relayée par le Réseau Voltaire, qui jadis disait n’importe quoi sur le Front national. Les grands esprits se rencontrent.

Et le 11-Septembre ? Le Pen en doute, vous vous en doutez… « Ecoutez, quand un troisième immeuble qui n’est pas touché par un avion s’effondre tout seul, je me dis qu’on a dû l’aider. Quand je vois des avions qui touchent un étage et que ça provoque l’effondrement de l’immeuble, ça me paraît bizarre aussi. Et il y a d’autres choses qui me paraissent bizarres… » Par exemple ? « Je tiens que Pearl Harbor est un coup monté. » Sur quelles bases ? « Tout le monde le sait. » Dans ce cas… Suit toute une hypothèse historique passionnante, mais sans la moindre preuve. Inutile, puisque les Américains sont « capables de tout » : « Les Etats-Unis, c’est un pays démocratique, donc il a besoin de l’appui de l’opinion, et l’appui de l’opinion ne peut venir que de l’agression de salauds qui vous poignardent dans le dos. Alors quand il n’y a pas de salauds qui vous poignardent dans le dos, on s’en invente, c’est de la communication. Je crois que l’opération Ben Laden, c’est une opération de communication. »

Tout est à l’avenant. Rien n’est surprenant. Jean-Marie Le Pen a soutenu Saddam Hussein au moment de la guerre du Golfe, puis Ahmadinejad dans sa quête de l’arme atomique, mais il ne soutiendra pas les rebelles de Benghazi : « Tous islamistes. » D’ailleurs, à l’entendre, ce printemps démocratique relève moins d’« une aspiration des Arabo-musulmans à la démocratie » que d’une question géographique et démographique.

A part ça, il ne comprend toujours pas qu’on ait pu s’offusquer de quelques bons mots, comme « Durafour-crématoire » (de l’humour) ou sa déclaration sur l’inégalité des races… De l’humour noir ? Autant dire que nous parlons football. Le « président d’honneur » du FN a une trouvaille pour apaiser les esprits : « Il faudrait que Laurent accepte de faire un changement de nom, s’appeler Noir au lieu de Blanc. Il a un handicap formidable, on sait que le blanc, c’est mal vu actuellement ! » Une blague de plus. Qui devrait bien faire rire la nouvelle présidente.

Caroline Fourest

Article paru dans l’édition du Monde du 14.05.11

Désamorcer le FN

Le piège est bien ficelé, la torpille parfaitement calibrée. En qualifiant d’« occupation » des rues annexées par des prières, Marine Le Pen a obtenu tout ce qu’elle cherchait. D’abord et avant tout, l’indignation outrée, qui lui permet de jouer les candides. Quoi ? Le mot « occupation » est-il si grave quand des rues sont bel et bien bloquées par des séances de prière ?

Exactement comme son père, Marine Le Pen maîtrise l’art de la double sonorité. Les antiracistes, qui ont l’ouïe fine, entendent « islam = immigration = occupation ». Ils montent au créneau et s’indignent. D’autres, surtout choqués par cette entorse visible à la loi de 1905, se demandent s’ils n’en font pas trop… A force de traiter d’ « islamophobe » toute personne simplement hostile à l’intégrisme, l’accusation n’a plus qu’un effet : faire passer pour un agneau laïque le loup – bien réel – du racisme antimusulman. Bilan : la cote de popularité de Marine Le Pen monte en flèche, y compris chez les sympathisants de gauche. Quatre Français sur dix approuvent ses propos. Idéal pour lancer l’OPA sur la laïcité.

Il y a de quoi sourire en voyant le parti le plus antilaïque de France se convertir à cette belle idée. Moins lorsqu’on pressent ce que cette conversion va signifier. Le danger avec le FN ne vient pas de ses excès, mais de l’effet abêtissant qu’il peut avoir sur la classe politique.

Une certaine droite, qui avait rangé son débat sur l’identité nationale, songe à le ressortir des cartons. Quitte à valider une grille de lecture où le Front national sera toujours plus crédible.

Une certaine gauche, qui commençait pourtant à réaffirmer haut et fort son attachement à la laïcité, pense qu’il faut surtout construire des mosquées… Quitte à se tirer une balle dans le pied. Ou plutôt dans l’article 2 de la loi de 1905. Précisément celui que Nicolas Sarkozy voulait abroger – au nom de la « laïcité positive » – pour financer et contrôler l’islam de France. Un faux pari absolu.

Il s’ouvre dans ce pays une salle de prière évangélique ou musulmane par semaine. Certains lieux de culte sont vides mais d’autres, souvent radicaux, attirent les foules. Ils n’ont pas plus à bénéficier du droit de déborder sur la rue qu’une association d’aérobic dont le prof serait très recherché… Pourtant, ni les maires ni les préfets n’osent faire respecter la loi, par peur d’être montrés du doigt. Après la sortie de Marine Le Pen, ils le feront moins que jamais. Et le Front national, ce résistant de la vingt-cinquième heure, pourra parader sur le mode : « Nous sommes le seul parti à vouloir reconquérir les territoires perdus de la République. »

La suite du film n’est pas difficile à imaginer. Chaque fois que les démocrates se taisent face à l’intégrisme ou cèdent aux « accommodements religieux », l’alternative nationaliste et xénophobe gagne du terrain. A l’image d’Oskar Freysinger, l’homme de la votation populaire contre les minarets, qui vient tisser des liens avec le Bloc identitaire et quelques ultra-laïques à l’occasion d' »assises contre l’islamisation ». Suisse, Suède, Pays-Bas… L’Europe se couvre de populistes cherchant à faire croire que le problème serait « l’islam » ou « l’islamisation ». Pour mieux vendre leur « soupe au cochon » bon marché : l’identité nationale chrétienne.

Il était encore temps d’y résister. A condition de ne pas reproduire les erreurs des années 1990 face au FN. Ne pas rendre tabous les sujets qui fâchent, mais continuer à dire haut et fort certaines vérités. C’est la malchance du Front national. Contrairement à ce qu’il voudrait faire croire, il existe dans ce pays un front républicain, à la fois antiraciste et laïque, qui n’a jamais déserté. Il est non seulement le premier à avoir posé les bonnes questions, celle de l’intégrisme… Mais il détient toujours les bonnes réponses : l’égalité et la laïcité.

Caroline Fourest

Article paru dans l’édition du 18.12.10

Lire aussi : « Prières et cochonailles » à propos des prières rue Myrha.

Lire aussi la tribune de Razzy Hammadi, « Face à Marine Le Pen extirper la part de vérité« .