Adieu l’Espagne, adieu l’Irak ?

C’est un mouvement de mode presque inéluctable. Les Etats-nations mal cousus se défont. Fatigués de côtoyer la Terre entière, les peuples rêvent de se retrouver entre eux. Les fils technologiques qui nous relient chaque jour aux quatre coins de la planète épuisent notre goût pour l’hétérogène. Quand le fil entre les gouvernés et les gouvernants est trop long, ou trop fragile par manque de confiance, il rompt. C’est bien ce qui se passe partout où l’Etat-nation n’a pas réussi à vaincre les différences et les méfiances. L’heure est aux indépendances régionales.

La France jacobine qui a tant œuvré, parfois brutalement, pour fusionner ses régions tiendra peut-être plus longtemps. Partout ailleurs, les Etats-nations craquent sous le poids des rancœurs. Quand elles en ont les moyens, les communautés prennent leur autonomie, souvent pour de bonnes raisons.

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Hommage à Shaheen Nazdar, mort sur le front de nos libertés

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Loin de notre actualité, mais au milieu de notre guerre à tous, tristesse d’apprendre la mort de Shaheen Nazdar.

Nous l’avions connu cet été grâce à Jérémy André, qui couvre depuis des mois l’enfer du combat contre Daech en Irak. Comme guide et de traducteur, il nous avait permis de rencontrer des combattantes de la guérilla Kurde.

Je me souviens de sa migraine lorsqu’il a fallu traduire de bon matin nos échanges fusant dans tous les sens, au dessus de Sinjar, après une nuit étouffante passée sur les toits de la ville meurtrie, à 800 mètres de la ligne de front.

Juste avant, nous allions à la rencontre de rescapés du marché aux esclaves de Daesh, dans ce camp de déplacés où Shaheen dormait lui-même, sous une tente, avec le reste de sa famille.

Le jour, il aidait des journalistes et des réalisateurs à mieux connaître l’horreur ayant frappé son peuple. La nuit, il écrivait des poèmes pour crier la douleur des Yézidis, la sienne.

La barbarie est allée si loin, la haine si ancienne, qu’il doutait parfois que les peuples d’Irak puissent se pardonner… Il est mort en tentant de sauver, avec les forces arabe-kurdes, une petite fille arabe de l’enfer de Mossoul.

Ce symbole nous oblige. Comme il oblige tous ceux qui vont lui survivre. On pense à ses proches, qui ont tout perdu désormais. Et à ceux qui vont encore perdre la vie, pour nous libérer tous.

Ne laissons personne cracher sur leur héroïsme.

Caroline Fourest

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