St Collomb et la Vierge Marie

De toutes les promesses faites par le candidat Macron, « la PMA pour toutes » est sans doute la moins urgente aux yeux du ministre de l’Intérieur. Gérard Collomb redoute que cette loi « sensible » ne remette en cause les « fondamentaux spirituaux » (sic) de certains Français. A croire qu’il se pense toujours maire de Lyon, la plus chré- tienne des grandes villes de France, celle que ses maires placent chaque année sous la protection de la vierge Marie, à l’occasion d’une cérémonie fort peu laïque dite « du vœu des échevins ».

Cette tradition pourrait tout à fait se per- pétuer sans que le représentant du pouvoir civil ne vienne s’agenouiller. Mais Gérard Collomb est un fidèle de la génuflexion. Il ne rate pas une messe ni une occasion d’aller rompre le jeûne dans une mosquée. A ceux qui toussent, il oppose une « laïcité de liberté » – la laïcité tout court serait- elle liberticide ? – et se dit « ministre des Cultes ». C’est faux. En République laïque, il n’existe pas de « ministre des Cultes », mais un « ministre de l’Intérieur chargé des relations avec les cultes ». C’est très di érent. Cette « relation », qui n’est pas une reconnaissance, n’oblige en rien à se prosterner à la moindre occasion.

Gérard Collomb, lui, ne manquerait pour rien au monde la cérémonie du vœu des échevins. En pleine crise de l’ouragan à Saint-Martin, alors que tout le monde était sur le pont, le cardinal Barbarin fut tout étonné de le voir débarquer. Que craignait saint Collomb ? Qu’Irma ne s’abatte sur sa bonne ville ? Ou de laisser son siège vacant ?

Et si célébrer des unions entre personnes de même sexe déchaînait les éléments ? C’est ce que pensent certains prédicateurs américains. A Lyon, l’ancien maire n’a jamais pris ce risque. S’il avait pu, il aurait sans doute dissuadé François Hollande de faire voter le mariage pour tous. Peut-il convaincre le président Macron de renier l’une de ses rares promesses de gauche ?

Au «GrandJury» de RTL, en tout cas, il a demandé des « garde-fous » en cas d’ouverture de la PMA. Lesquels ? Un mari ? Un prêtre, peut-être ?

Soyons charitables. Le ministre de l’Inté- rieur ne va pas jusqu’à tweeter, comme Laurent Wauquiez, que « la PMA mène à la marchandisation des corps ». Il faut une sacrée mauvaise foi pour confondre PMA et GPA. Contrairement à la gestation pour autrui, la procréation médicalement assis- tée ne requiert aucun corps, juste un don de sperme. Ces fécondations in vitro existent depuis des décennies. Sans qu’aucun sper- matozoïde n’ait jamais porté plainte pour avoir été exploité, pas plus qu’en cas de fécondation « naturelle ». Pourtant, Dieu sait que certains pourraient se plaindre du résultat… En revanche, la PMA permet à des femmes hétérosexuelles stériles de fonder une famille. Pourquoi priver les femmes céli- bataires ou lesbiennes ? Au nom de quoi ? De l’ordre naturel et divin ? Ce ne sont pas des arguments très sérieux en République. Il faut bien trouver autre chose.

Sur RTL, notre ministre de l’Intérieur n’a pas manqué d’imagination. Avec la PMA pour toutes, il dit craindre que des

gens « puissent se retrouver cousins sans le savoir »… et se marient entre eux ? Comme Christine Boutin et son mari ? C’est vrai que ça fait peur. Mais il su t d’interdire les mariages consanguins. Nul besoin d’inter- dire à tout le monde de fonder une famille. Surtout que la PMA existe déjà ! Rien de sérieux ne s’oppose à la démocratiser.

On comprend bien que cela ne soit pas urgent. La priorité de ce gouvernement, c’est d’étouffer les manifestations de gauche, pas de faire descendre le peuple de droite dans la rue… Reste que, en principe, les gouvernants savent mener plusieurs réformes à la fois. Sinon, il su rait de nom- mer une seule ministre, de mouliner le code du travail par ordonnances, et d’attendre le plein-emploi avant d’édicter la moindre loi.

Alors à quand la PMA pour toutes ? Le « débat » – et non plus la loi – est envisagé pour la n 2018, au moment de la révision des lois bioéthiques. De quoi laisser un peu de temps à La Manif pour tous de gon er ses ballons roses et bleus à l’hélium. Grosse fatigue garantie. Et dire que si la Vierge Marie n’avait pas réussi sa procréation assistée, le ministre de l’Intérieur pourrait penser à s’occuper plutôt des ouragans.

Caroline Fourest

Marianne