Ce que je ne pouvais dire au débat face à Ramadan

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Deux des victimes de Tariq Ramadan viennent enfin de porter plainte. Comme je l’ai écrit dans Marianne, je savais depuis 2009. Juste avant mon duel annoncé face à lui sur France 3, des victimes ont commencé à me contacter. Je les ai rencontrées. Elles m’ont montré des photos explicites et raconté des horreurs, mais les agressions subies restaient impossible à révéler sans plaintes. Deux d’entre elles avaient même décidé de s’inscrire pour assister au débat. Elles étaient assises dans le public pendant toute la durée de notre confrontation.

Plus d’une heure sur le ring, face à un monstre de duplicité, capable de mentir à chaque coup porté, quand vous êtes tenue à la précision, au calme et au sourire, pour tenter de le révéler par petites touches. Un vrai jeu d’escrime, qui l’a profondément déstabilisé, jusqu’à fissurer sa façade à jamais.

Je savais que ce coup porté me vaudrait la haine décuplée de ses fans, qui réécrivent l’histoire et ne diffusent que des bouts tronqués du débat. Démasquer Ramadan m’a coûté quinze ans de procès dégueulasses en « sérial menteuse » et en « islamophobie », relayés par des centaines de trolls haineux et d’authentiques faussaires.

Il y a quelque chose de très particulier à se voir traiter de menteuse pour avoir révélé les mensonges d’un imposteur. C’est encore plus pénible quand vous savez que vous êtes loin de pouvoir dire toute la vérité, et qu’il est bien plus dangereux — à tous points de vue — qu’on ne pourra jamais le démontrer sur un plateau de télévision.

Je me souviens de son regard quand j’ai souligné avec une très légère ironie (que lui seul pouvait comprendre) qu’il défendait une vision extrêmement moraliste de la sexualité « en discours », et qu’il devait bien sûr se l’appliquer à lui-même… A la fin du débat, deux de ses proies, dont celle qui vient de raconter courageusement l’atrocité des sévices qu’elle a subis, se sont levées pour me dire « bravo » et « merci », devant lui. Tariq Ramadan se démaquillait en parlant avec son ami Taddeï. Il s’est décomposé. Je n’oublierai jamais son regard, livide et défait. Ce jour-là, il a su… Qu’un jour tout se saurait.

Je n’oublie pas ceux qui ont continué à le mettre à l’antenne pour faire de l’audience et à le présenter comme un intellectuel (alors que son imposture universitaire était prouvée et que mon livre détaillait la portée intégriste de son double discours). Ceux-là portent la responsabilité de l’avoir laissé séduire la jeunesse musulmane d’Europe, même après le 7 janvier et ses commentaires ignobles sur Charlie. Sans vouloir réfléchir à leur métier. Par complicité virile, parfois par paresse ou naïveté, ils ont nourri un monstre qui a fait reculer les droits des femmes et la laïcité dans les esprits, mais aussi brisé quelques vies.

Caroline Fourest

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