Ce que je ne pouvais dire au débat face à Ramadan

Capture d_écran 2017-10-28 à 10.43.14

Deux des victimes de Tariq Ramadan viennent enfin de porter plainte. Comme je l’ai écrit dans Marianne, je savais depuis 2009. Juste avant mon duel annoncé face à lui sur France 3, des victimes ont commencé à me contacter. Je les ai rencontrées. Elles m’ont montré des photos explicites et raconté des horreurs, mais les agressions subies restaient impossible à révéler sans plaintes. Deux d’entre elles avaient même décidé de s’inscrire pour assister au débat. Elles étaient assises dans le public pendant toute la durée de notre confrontation.

Plus d’une heure sur le ring, face à un monstre de duplicité, capable de mentir à chaque coup porté, quand vous êtes tenue à la précision, au calme et au sourire, pour tenter de le révéler par petites touches. Un vrai jeu d’escrime, qui l’a profondément déstabilisé, jusqu’à fissurer sa façade à jamais.

Je savais que ce coup porté me vaudrait la haine décuplée de ses fans, qui réécrivent l’histoire et ne diffusent que des bouts tronqués du débat. Démasquer Ramadan m’a coûté quinze ans de procès dégueulasses en « sérial menteuse » et en « islamophobie », relayés par des centaines de trolls haineux et d’authentiques faussaires.

Il y a quelque chose de très particulier à se voir traiter de menteuse pour avoir révélé les mensonges d’un imposteur. C’est encore plus pénible quand vous savez que vous êtes loin de pouvoir dire toute la vérité, et qu’il est bien plus dangereux — à tous points de vue — qu’on ne pourra jamais le démontrer sur un plateau de télévision.

Je me souviens de son regard quand j’ai souligné avec une très légère ironie (que lui seul pouvait comprendre) qu’il défendait une vision extrêmement moraliste de la sexualité « en discours », et qu’il devait bien sûr se l’appliquer à lui-même… A la fin du débat, deux de ses proies, dont celle qui vient de raconter courageusement l’atrocité des sévices qu’elle a subis, se sont levées pour me dire « bravo » et « merci », devant lui. Tariq Ramadan se démaquillait en parlant avec son ami Taddeï. Il s’est décomposé. Je n’oublierai jamais son regard, livide et défait. Ce jour-là, il a su… Qu’un jour tout se saurait.

Je n’oublie pas ceux qui ont continué à le mettre à l’antenne pour faire de l’audience et à le présenter comme un intellectuel (alors que son imposture universitaire était prouvée et que mon livre détaillait la portée intégriste de son double discours). Ceux-là portent la responsabilité de l’avoir laissé séduire la jeunesse musulmane d’Europe, même après le 7 janvier et ses commentaires ignobles sur Charlie. Sans vouloir réfléchir à leur métier. Par complicité virile, parfois par paresse ou naïveté, ils ont nourri un monstre qui a fait reculer les droits des femmes et la laïcité dans les esprits, mais aussi brisé quelques vies.

Caroline Fourest

La plainte de Henda Ayari La plainte de Henda Ayari 

Mon soutien dans Marianne

Une deuxième plainte pour viol

La preuve du double discours (analyse de ses cassettes)

Libérer Mossoul, et après

Les mondes kurde et arabe vont s’entre-déchirer mais plus personne ne pourra croire qu’il s’agit d’une guerre entre l’Islam et l’Occident.

La bataille de Mossoul à peine remportée, on se plaint déjà. Les démocrates vivant en milieu tempéré sont ainsi. Quand on leur déclare la guerre, ils n’y croient pas. Quand ils la remportent, ils s’en veulent déjà. Ce don pour la culpabilité est à la fois une forme de paresse méprisant l’héroïsme, et la preuve de démocraties complexes, rétives à l’unanimisme. Il faut donc s’y accrocher, comme à cette part d’humanité que les guerriers doivent oublier pour vaincre et nous protéger. Mais avant de cracher sur leurs morts et leur bravoure, est-il possible de consacrer un instant à célébrer ceux qui ont permis cette victoire ?

Ils sont nombreux, très différents, et la preuve que le califat n’a su conquérir ni les esprits ni les cœurs. Au départ, tout semblait lui réussir. En quelques mois, il s’est emparé de territoires sans efforts. Quand ses troupes sont entrées dans Mossoul, en juin 2014, de nombreux habitants sunnites ont applaudi ces anciens de Saddam, un peu plus barbus, qui allaient les venger de la domination chiite. Il a suffi que les djihadistes montent aux minarets pour proclamer que la ville leur appartenait, sans presque combattre. La piétaille sunnite ayant déserté.

Al-Baghdadi n’avait plus qu’à monter au minbar pour se proclamer calife depuis la mosquée Al-Nouri, mettre les habitants de Mossoul en coupe réglée, marquer les maisons chrétiennes d’un sigle, et lancer ses sbires à l’assaut des villages yézidis pour exterminer les hommes et capturer les femmes, bientôt vendues comme esclaves. La vie est devenue si brutale, si triste, que même les sunnites ont fini par étouffer. Certains prenaient le risque de mourir de soif ou d’être exécutés pour fuir cet enfer nommé « Etat islamique ». D’autres sont morts, prisonniers, utilisés jusqu’au bout comme boucliers humains.

Mossoul est outragé, brisé, martyrisé, mais, oui, libéré, grâce à la résistance héroïque des Kurdes, aux sacrifices de l’armée irakienne et à l’appui de la coalition. Le califat a cru pouvoir masquer ses défaites en multipliant les « opérations extérieures ». Sa guerre sale, sans frontières, a échoué.

Pour conjurer leur peur, les daéchiens ont pris l’habitude de crier (le doigt en l’air) : « L’Etat islamique restera. » Eh bien, il n’est pas resté. Il a perdu Mossoul et perdra bientôt Raqqa, avant de redevenir officiellement ce qu’il a toujours été : un groupe de losers. Ses prophéties ressassées pour laver le cerveau de ses soldats et recruter sur notre sol ont menti. Le califat n’a pas vaincu « Rome », ni étendu son drapeau par-delà le Bosphore. Il s’est effondré.

Ce n’est pas rien comme symbole : la mort d’un fantasme de restauration qui excite des générations d’islamistes depuis la chute de l’Empire ottoman. Bien sûr, il n’est pas tout à fait éteint, change déjà de visage et de barbe. Depuis qu’Erdogan a maté toute opposition et converti certains barbus d’Al-Baghdadi, notamment pour reprendre la ville de Dabiq (symbole de l’expansion dans la propagande djihadiste), tout indique qu’il se prend pour le nouveau calife. Rien n’est plus dangereux que cette Turquie redevenue dictatoriale et impérialiste. Et ce n’est pas la seule menace.

L’après-Mossoul sera douloureux. Les Kurdes s’entre-déchirent au lieu de lutter ensemble pour leur indépendance. L’Iran appuiera sur leurs divisions pour obtenir son couloir vers la Méditerranée. La Syrie et l’Irak pourraient ne pas y survivre comme Etats-nations. Les yézidis, les sunnites, les chiites, les chrétiens auront le plus grand mal à revivre ensemble. Des djihadistes cachés dans la population commettront régulièrement des attentats. Ils trouveront bientôt de nouveaux drapeaux et de nouveaux complices pour empoisonner nos vies. Mais au moins, Daech, qui était le pire, sera défait… Et par nous tous.

Même s’ils n’ont pas travaillé ensemble de gaîté de cœur, c’est bien l’union des Kurdes, des Arabes et des Occidentaux qui a permis de faire reculer cette horreur. Les mondes kurde et arabe vont s’entre-déchirer, entre PKK et KRG, entre Arabie saoudite et Qatar, entre chiites et sunnites, mais plus personne ne pourra croire qu’il s’agit d’une guerre entre l’Islam et l’Occident. Voilà près de seize ans, depuis le 11 septembre 2001, que le monde se débat pour sortir de ce piège.

Caroline Fourest

Marianne, 15/7/2017

 

L’UOIF devrait voter Le Pen et non Macron

Camel-Bechikh_389_260

Avec Fiammetta Venner, nous combattons l’UOIF et toute tentative d’entrisme des Frères musulmans depuis plus de quinze ans * *. Nous n’ignorons rien de leur tactique, de leur capacité au double discours, ni de la naïveté de certains politiques et journalistes.

Emmanuel Macron n’est pas responsable du fait que l’UOIF (extrême droite musulmane) appelle à voter pour lui. Pas plus que les « ninistes » ne sont responsables du fait que Tariq Ramadan appelle à s’abstenir… Le Front national, dont un collectif a invité Camel Bechikh (un islamiste de l’UOIF et de La Manif pour tous que Louis Aliot semble découvrir) ne devrait pas donner trop de leçons. Au jeu du détecteur d’intégristes, ils ne sont visiblement pas très doués.

Capture d’écran 2017-05-05 à 12.30.20.png

Cela ne veut pas dire qu’En Marche l’est. Les jeunes partis sont toujours très convoités par les militants pratiquant l’entrisme religieux. C’était le cas du Modem. C’est le cas de « En marche », qui attire fort heureusement aussi des candidats vigilants, motivés par le défense de la République et la laïcité, comme Aurore Bergé.

D’ici les législatives, avec l’aide de tous les vigilants, nous entendons dénoncer toute candidature qui ferait la part belle au communautarisme intégriste.

Mais chaque chose en son temps. Quelque soit le manque d’intérêt d’Emmanuel Macron pour ces sujets, il sera plus aisé de combattre l’extrémisme et le fanatisme sous sa présidence que sous une présidence d’extrême droite.

En cas d’arrivée au pouvoir du FN, en espérant que l’on puisse continuer à informer aussi librement , nos énergies seront entièrement absorbées par la résistance prioritaire au FN. Tandis que ces groupes islamistes aujourd’hui marginalisés et repoussoirs (l’UOIF, le CCIF, le réseau des frères Ramadan…) deviendront les martyrs d’un gouvernement raciste. Pour une association interdite, dix repousseront. Au risque de regagner tout le terrain perdu, à gauche et dans la société. La bataille culturelle contre l’islamisme reculera. Tout sera à refaire.

Votons contre le FN le 7 mai. Après 17H s’il le faut (pour ne pas être comptés dans les chiffres de la participation et envoyer un signal), mais votons. Plus le score de Marine Le Pen sera bas, plus le FN (et non la France) s’entre-déchirera.

Dès lundi, une fois le danger frontiste écarté, il sera temps de dénoncer toute candidature favorable à l’intégrisme, à haute voix. Aux législatives, il sera possible de voter pour des candidats progressistes impeccablement républicains et laïques, de peser sur la majorité et sur le futur gouvernement, en vue de pousser le candidat Macron à tenir sa promesse : « Démanteler les associations qui, sous couvert de religion, s’attaquent la République ».

Caroline Fourest & Fiammetta Venner

OPA-sur-l-islam-de-France.jpg

Dupont-Aignan ou le théâtre de Guignol

8428587lpw-8429372-article-france2017vote-jpg_4257570_660x281.jpg

Le marché conclu entre Monsieur Dupont-Aignan et Madame Le Pen est peu surprenant mais laisse un fumet malodorant. Il ne s’agit pas d’un ralliement désintéressé dans l’intérêt du pays, ni d’un appel républicain à faire barrage (coûteux pour certains), mais de son exact contraire : un petit deal politicien.

Il aura donc suffi de peu, la promesse d’un poste et peut-être de rembourser ses frais de campagne (un peu léger avec le concept de dette, « Debout la France » a dépensé trop d’argent en pensant faire plus de 5%) pour ravaler ses diatribes contre le FN et solder l’héritage gaulliste, dont il se revendique en bombant le torse.

Je regrette souvent que tous les électeurs d’un pays n’aient pas la chance d’approcher certains animaux politiques de près. On y apprend tellement plus qu’à la télévision. Il m’est arrivé d’interviewer Monsieur Dupont-Aignan et aussi de débattre avec lui. J’ai rarement croisé un personnage politique aussi factice et démagogue.

Juste une anecdote. Il y a quelques années, Le Nouvel Obs nous avait invité à débattre de la laïcité à Strasbourg. Il est arrivé très en retard. J’avais commencé à mettre en garde contre l’aveuglement d’une certaine gauche, la montée du danger intégriste, et la nécessité de renforcer notre vigilance. Nicolas Dupont-Aignan est parti dans une diatribe grossière contre les médias, les élites, le système, et les politiques, tous pourris, tous lâches, sauf lui. Ne pouvant accepter ce raccourci grossier, visant uniquement à le mettre en valeur, sans rien apporter, j’ai précisé que le danger venait moins des politiques en général que des concessions clientélistes faites par des élus locaux au détriment de la loi de 1905. Nicolas Dupont-Aignan m’a ri au nez avant d’expliquer que lui même prêtait un local municipal à une association musulmane pour prier et qu’il ne voyait pas le problème. Son propre public n’en revenait pas. Le numéro de claquettes se dégonflait.

Avec cet accord honteux, politicien en diable, le masque est tombé. Espérons que les électeurs dupés en tirent quelques leçons. Ceux qui vomissent le « système » qui les fait vivre sont souvent les pires… Quant à ceux qui les croient et pensent que la politique est un spectacle, même pour se divertir, il n’est pas superflu de bien choisir ses guignols.

Caroline Fourest