L’UOIF devrait voter Le Pen et non Macron

Camel-Bechikh_389_260

Avec Fiammetta Venner, nous combattons l’UOIF et toute tentative d’entrisme des Frères musulmans depuis plus de quinze ans * *. Nous n’ignorons rien de leur tactique, de leur capacité au double discours, ni de la naïveté de certains politiques et journalistes.

Emmanuel Macron n’est pas responsable du fait que l’UOIF (extrême droite musulmane) appelle à voter pour lui. Pas plus que les « ninistes » ne sont responsables du fait que Tariq Ramadan appelle à s’abstenir… Le Front national, dont un collectif a invité Camel Bechikh (un islamiste de l’UOIF et de La Manif pour tous que Louis Aliot semble découvrir) ne devrait pas donner trop de leçons. Au jeu du détecteur d’intégristes, ils ne sont visiblement pas très doués.

Capture d’écran 2017-05-05 à 12.30.20.png

Cela ne veut pas dire qu’En Marche l’est. Les jeunes partis sont toujours très convoités par les militants pratiquant l’entrisme religieux. C’était le cas du Modem. C’est le cas de « En marche », qui attire fort heureusement aussi des candidats vigilants, motivés par le défense de la République et la laïcité, comme Aurore Bergé.

D’ici les législatives, avec l’aide de tous les vigilants, nous entendons dénoncer toute candidature qui ferait la part belle au communautarisme intégriste.

Mais chaque chose en son temps. Quelque soit le manque d’intérêt d’Emmanuel Macron pour ces sujets, il sera plus aisé de combattre l’extrémisme et le fanatisme sous sa présidence que sous une présidence d’extrême droite.

En cas d’arrivée au pouvoir du FN, en espérant que l’on puisse continuer à informer aussi librement , nos énergies seront entièrement absorbées par la résistance prioritaire au FN. Tandis que ces groupes islamistes aujourd’hui marginalisés et repoussoirs (l’UOIF, le CCIF, le réseau des frères Ramadan…) deviendront les martyrs d’un gouvernement raciste. Pour une association interdite, dix repousseront. Au risque de regagner tout le terrain perdu, à gauche et dans la société. La bataille culturelle contre l’islamisme reculera. Tout sera à refaire.

Votons contre le FN le 7 mai. Après 17H s’il le faut (pour ne pas être comptés dans les chiffres de la participation et envoyer un signal), mais votons. Plus le score de Marine Le Pen sera bas, plus le FN (et non la France) s’entre-déchirera.

Dès lundi, une fois le danger frontiste écarté, il sera temps de dénoncer toute candidature favorable à l’intégrisme, à haute voix. Aux législatives, il sera possible de voter pour des candidats progressistes impeccablement républicains et laïques, de peser sur la majorité et sur le futur gouvernement, en vue de pousser le candidat Macron à tenir sa promesse : « Démanteler les associations qui, sous couvert de religion, s’attaquent la République ».

Caroline Fourest & Fiammetta Venner

OPA-sur-l-islam-de-France.jpg

Dupont-Aignan ou le théâtre de Guignol

8428587lpw-8429372-article-france2017vote-jpg_4257570_660x281.jpg

Le marché conclu entre Monsieur Dupont-Aignan et Madame Le Pen est peu surprenant mais laisse un fumet malodorant. Il ne s’agit pas d’un ralliement désintéressé dans l’intérêt du pays, ni d’un appel républicain à faire barrage (coûteux pour certains), mais de son exact contraire : un petit deal politicien.

Il aura donc suffi de peu, la promesse d’un poste et peut-être de rembourser ses frais de campagne (un peu léger avec le concept de dette, « Debout la France » a dépensé trop d’argent en pensant faire plus de 5%) pour ravaler ses diatribes contre le FN et solder l’héritage gaulliste, dont il se revendique en bombant le torse.

Je regrette souvent que tous les électeurs d’un pays n’aient pas la chance d’approcher certains animaux politiques de près. On y apprend tellement plus qu’à la télévision. Il m’est arrivé d’interviewer Monsieur Dupont-Aignan et aussi de débattre avec lui. J’ai rarement croisé un personnage politique aussi factice et démagogue.

Juste une anecdote. Il y a quelques années, Le Nouvel Obs nous avait invité à débattre de la laïcité à Strasbourg. Il est arrivé très en retard. J’avais commencé à mettre en garde contre l’aveuglement d’une certaine gauche, la montée du danger intégriste, et la nécessité de renforcer notre vigilance. Nicolas Dupont-Aignan est parti dans une diatribe grossière contre les médias, les élites, le système, et les politiques, tous pourris, tous lâches, sauf lui. Ne pouvant accepter ce raccourci grossier, visant uniquement à le mettre en valeur, sans rien apporter, j’ai précisé que le danger venait moins des politiques en général que des concessions clientélistes faites par des élus locaux au détriment de la loi de 1905. Nicolas Dupont-Aignan m’a ri au nez avant d’expliquer que lui même prêtait un local municipal à une association musulmane pour prier et qu’il ne voyait pas le problème. Son propre public n’en revenait pas. Le numéro de claquettes se dégonflait.

Avec cet accord honteux, politicien en diable, le masque est tombé. Espérons que les électeurs dupés en tirent quelques leçons. Ceux qui vomissent le « système » qui les fait vivre sont souvent les pires… Quant à ceux qui les croient et pensent que la politique est un spectacle, même pour se divertir, il n’est pas superflu de bien choisir ses guignols.

Caroline Fourest

Le succès annoncé d’un parti d’extrême droite

RASSEMBLEMENT DU FRONT NATIONAL AU PALAIS ROYAL

Le fait d’être en tête des intentions de vote (24 %) aux prochaines européennes ne fait pas du Front national le premier parti de France, mais certainement le premier parti d’extrême droite le mieux placé pour recomposer l’échiquier politique.

Il n’est pas besoin de lire les sondages pour connaître les raisons de cette poussée annoncée. Cette tentation a toujours existé en France, dans ces proportions. Le problème, c’est que toutes les conditions sont réunies pour passer du fantasme aux actes. La crise économique, bien sûr, mais pas seulement. Peut-être même finira-t-elle par retenir, au dernier moment, ceux qui n’ont pas envie de jouer à faire décrocher notre pays dans un moment aussi dangereux. Non, ce qui pousse les électeurs à se défouler en mettant un bulletin FN dans les urnes est toujours ailleurs… Et l’on sait bien où. Quand Jean-Marie Le Pen fantasmait totalement le danger de l’immigration, le parti de Marine Le Pen a réussi à faire croire qu’elle défendait la laïcité face à l’intégrisme musulman. Quand Jean-Marie Le Pen soutenait Reagan et son capitalisme sauvage, Marine Le Pen a réussi à faire croire aux ouvriers qu’elle les protégerait de la mondialisation. Mais surtout alors que Jean-Marie Le Pen était devenu un paria de l’échiquier politique, Marine Le Pen avance sur un tapis de velours.

D’un côté, la gauche est au pouvoir et donc déçoit forcément. De l’autre, la droite a démoli la digue républicaine, dans les mots comme dans les têtes, qui retenait son électorat. Les idées du Front national progressent au sein des électeurs de l’UMP. Ils sont deux fois plus nombreux qu’en 2002 à envisager une alliance avec le parti de Marine Le Pen. Ce bilan historique peut être mis sur le compte de Nicolas Sarkozy, mais aussi plus récemment de Jean-François Copé et de François Fillon.

Quelle gauche antidote ?

La gauche dite angélique, celle qui voudrait ne jamais aborder les sujets qui fâchent, croit avoir trouvé la solution au Front national : ne jamais défendre la laïcité ou prétendre qu’il n’y a dans ce pays aucun problème, ni d’intégrisme ni de voisinage entre des modes de vie nomade et sédentaire. Ce déni fait pourtant le jeu du pire. Ce qui ne veut absolument pas dire qu’il faut céder à la surenchère et se laisser piéger par les mots du Front national. Dans un monde idéal, la gauche doit s’emparer à bras-le-corps des sujets qui fâchent, sans jamais céder à un vocabulaire essentialisant laissant croire qu’il existe des réponses xénophobes et non républicaines. En faisant la pédagogie de la complexité : combattre à la fois l’intégrisme et le racisme, qu’il soit anti-musulmans ou anti-roms. Pendant ce temps, toujours dans un monde idéal, la droite se garderait de souffler sur les braises de thèmes qui peuvent mal tourner. Mais c’est un monde idéal. Nous vivons dans un monde bien réel, où la gauche angélique croit devoir se taire, où la gauche réaliste ne surveille pas toujours son langage, et où la droite a mis au centre tous les thèmes du FN.

Responsabilité journalistique

Les journalistes politiques ont aussi leur responsabilité. À force de privilégier l’analyse anecdotique, le commentaire de petites phrases, ils finissent par donner une vision mesquine de la politique, qui fait le jeu des plus des plus démagogues. Surtout s’ils servent un joli conte de fées et menacent de procès ceux qui n’y croient pas. La menace agitée par Marine Le Pen — à savoir attaquer toute personne qui associerait le nom de son parti à l’étiquette d’extrême droite — n’est pas nouvelle. Mais elle a le mérite de faire tomber les masques aux yeux d’un plus grand nombre.

Ainsi donc, un certain Front national peut se proclamer héros de la liberté d’expression quand il s’agit de soutenir des propos racistes ou négationnistes contre les lois antiracistes. Mais n’a aucun problème à fossoyer cette même liberté d’expression quand il s’agit d’émettre une opinion ou de dire quelques vérités.

En effet, qualifier le FN de parti d’extrême droite relève du commentaire politique et de la liberté d’opinion. N’en déplaise à sa présidente, les faits démontrent que ce qualificatif convient toujours.

Pas seulement parce que Jean-Marie Le Pen, condamné pour des propos racistes, en est toujours le président d’honneur. Mais parce que sa fille assume entièrement cet héritage. Pas seulement parce que Bruno Gollnisch soutient les négationnistes et les intégristes catholiques. Mais parce qu’il anime toujours l’un des courants du Front national. Pas seulement parce que le Front national collabore avec d’autres partis d’extrême droite européens, comme La Ligue du Nord en Italie. Parce que Marine Le Pen va elle-même valser à Vienne en compagnie de l’extrême droite autrichienne la plus antisémite. Et que sa nièce, Marion Maréchal Le Pen, est allée tout récemment voir ses amis du Vlaams Belang, un parti d’extrême droite flamand qui incite au racisme envers les Wallons, c’est-à-dire ceux qui parlent français. Ce qui est quand même un peu osé pour une députée française.

Des candidats aux municipales douteux

Il faut reconnaître que Marine Le Pen a promu toute une génération de candidats si jeunes et si inexpérimentés qu’ils ont forcément moins de casseroles que leurs aînés. Laissons-leur le temps. Mais il reste quand même des cadres dans ce parti aux profils très particuliers. Je pense à Marie-Christine Arnautu, une très proche de Marine Le Pen, qui a défilé contre ledroit au mariage pour tous avec les troupes de CIVITAS et les néofacistes de Jeunesses nationalistes. À Wallerand de Saint Just, trésorier du FN mais surtout l’homme chargé de faire les procès d’intimidation pour la présidente… Un catholique traditionaliste de la tendance Chrétienté Solidarité, une organisation qui rêve de croisades contre l’IVG.

Il y a aussi Marie d’Herbais, l’une des meilleures amies de la présidente, attachée presse au FN, qui ne cache pas sa fascination pour la dictature sanguinaire de Bachar el Assad. À Nantes, le FN de Marine Le Pen présente surtout Christian Bouchet. Il s’agit de l’un des théoriciens du courant le plus dur qui existe à l’extrême droite. Un nationalisme révolutionnaire à la fois fasciné par le régime des Mollah iraniens, la dictature de Bachar El Assad et l’autoritarisme de Poutine. Son fils, Gauthier Bouchet, responsable des réseaux sociaux de Marine Le Pen et membre de la liste du Rassemblement Bleu Marine à Saint-Nazaire, a contribué à organiser la course-poursuite dont j’ai fait l’objet à Nantes de la part des anti-mariage pour tous. D’autres, ayant approuvé les violences physiques à mon encontre pendant ce débat, sont toujours membres du FN et même candidats.

Un modèle : la Hongrie

Marine Le Pen est bien plus proche que son père d’anciens du GUD voulant appliquer la Troisième voie, qui rappelle, on n’y peut rien, celle des années 30. Elle a d’ailleurs rendu hommage vibrant au geste de l’historien des fascistes français, Dominique Venner, lorsqu’il s’est suicidé en plein cœur de Notre-Dame. Un geste pensé pour appeler au réveil de la « race et de la civilisation ».
Enfin, si elle était élue un jour présidente de la République, Marine Le Pen ferait en France très exactement ce que Viktor Orban est en train de faire en Hongrie dans une indifférence d’ailleurs étonnante : mise au pas des journalistes, terreur des minorités et des opposants, et le ridicule international en guise de fierté nationale. S’il faut aller devant des tribunaux pour le dire, et bien tant pis. C’est toujours moins grave que de ne pas faire son métier.

Caroline Fourest

http://www.huffingtonpost.fr/caroline-fourest/front-national-municipales-2014_b_4082968.html