Venezuela : le retour de la fascination infantile

Le Parti communiste français est emballé. Dans un communiqué digne d’un Télex de Moscou de jadis, il félicite le président Maduro pour l’élection de sa Constituante, entachée de vices et de morts. Rien n’a pourtant été respecté. La Constitution exigeait l’organisation préalable d’un référendum, elle a été piétinée. Des dizaines de manifestants sont morts. Plusieurs figures de l’opposition ont été éliminées. Oui, vraiment, c’est une réussite. En tout cas, le Parti communiste le pense et l’écrit sans réserve, ni pensée pour les morts.

Ah si, pardon, il y a quand même quelques lignes pour s’inquiéter d’un «climat de violence accru par l’opposition». Il est précisé qu’elle est «appuyée par l’administration américaine». Le vintage stalinien est à la mode… La palme revient à l’Union CGT des Bouches-du-Rhône, qui accuse carrément le «grand patronat» et les «forces réactionnaires» de vouloir «déstabiliser» le «processus révolutionnaire» en utilisant des «milices fascistes financées par le grand capital et des officines de gouvernements étrangers». Ni la Pravda, ni même le Gorafi n’auraient osé succomber à de tels excès.

Sur Twitter, les petits commissaires politiques du chavisme se déchaînent. Les manifestants ? «Des traîtres payés par la CIA.» Les adversaires politiques tués ? «Un complot» de l’opposition, réduite à quelques extrémistes qui veulent organiser des attentats pour créer la «guerre civile». Plus que la dictature qui se met en place, ils redoutent un coup d’Etat militaire visant à renverser Nicolas Maduro. Des sous-entendus qu’on retrouve sur les comptes (non parodiques) de proches de Jean-Luc Mélenchon.

Le «Lider maximo» de La France insoumise a, lui, trop de culture pour jouer aussi grossièrement à l’«idiot utile» de Maduro. Il préférait son prédécesseur. Bien qu’il s’en défende, plusieurs de ses déclarations – notamment son éloge funèbre vantant Chavez comme un grand homme ayant défendu les libertés – trahissent ses «pudeurs de gazelle» lorsqu’il s’agit de regarder en face la dérive du modèle vénézuélien. Toute critique est renvoyée au rayon de la pure «propagande». Ceux qui dénoncent à longueur de journée les «médiacrates» ont à peine toussé lorsque le parti chaviste au pouvoir a fermé la principale télévision d’opposition. Ils ont applaudi lorsque ce même parti, treize ans au pouvoir, a profité de la rente pétrolière pour s’acheter des clientèles plutôt que de diversifier l’économie afin de lutter en profondeur, et durablement, contre la pauvreté. On a fait croire au peuple vénézuélien qu’il suffisait de se barricader contre le reste du monde (au choix : les Etats-Unis ou Bruxelles) pour s’enrichir. En fait, la croissance était dopée artificiellement par le cours du pétrole. Dès qu’il a chuté, le mythe s’est effondré. Et le peuple a vu ses libertés fondre au rythme de ses économies.

D’où ce mécontentement qui va bien au-delà des rangs des seuls libéraux ou de l’extrême droite. Il touche aussi l’extrême gauche et une frange d’anciens chavistes, revenus de leurs illusions. La gauche radicale européenne ferait bien d’en revenir aussi, et vite.

Cette fascination romantique pour les dictatures, populaires ou sud-américaines, ne mène nulle part. Aucun peuple ne préfère la dictature à l’exploitation. Tant qu’ils demanderont aux peuples de choisir entre la liberté et le social, les anti-impérialistes échoueront.

Alors que le capitalisme triomphant dévore ses enfants et que le président Macron mène une périlleuse politique libérale, la gauche radicale devrait tout rafler. En faisant élire à l’Assemblée nationale certains députés «anti-Charlie», ou en fermant les yeux sur la répression en cours au Venezuela, elle ne fait que nous faire regretter, cruellement, l’absence aujourd’hui d’une opposition de gauche crédible.

 

Caroline Fourest

 

Marianne, no. 1063
Éditos, vendredi 4 août 2017

A l’intention du club de fans d’Hugo Chàvez

Un admirateur d’Hugo Chàvez écrivant sur Marianne2.fr sous-entend que je mets sur le même plan Hugo Chavez et les FARC. Ce qui serait le signe de ma mauvaise foi néo-conservatrice (et oui, c’est bien connu, tous ceux qui critiquent Chavez sont forcément d’abominables bushistes vendus à l’impérialisme américain…) Voire pire, selon notre auteur, à Alexandre Adler ! (et oui, c’est bien connu, une femme ne peut penser par elle-même, c’est donc qu’un homme l’influence… )

En réalité, cette chronique porte bien sur les FARC et sur la complaisance d’une certaine extrême gauche envers les complicités qui peuvent exister entre les FARC et Chàvez. Que je ne confonds pas, bien entendu, avec des mouvements militaires armés, mais à qui je reproche une vraie passivité envers le trafic de drogue (et ce qu’il génère), une vraie tendresse pour le Hezbollah et plus globalement une politique mégalomane, messianique et clientéliste qui n’a rien de socialiste. Même si elle a le mérite, c’est vrai, d’être anti-impérialiste. Suffit-il de se proclamer anti-impérialiste pour être à l’abri des critiques ? C’est ce que semblent penser les chiens de garde du chavisme.

Caroline Fourest

Pour écoutez la chronique en question :