Frédéric Taddeï « enfin » sur Russia Today

Tout finit par se voir toujours. Dans le cas de Frédéric Taddeï, il fallait connaître la mécanique des plateaux de télévision, peut-être aussi quelques éléments de coulisses, pour deviner qu’il finirait un jour sur Russia Today.

Ainsi s’agrandit la famille des animateurs prêts à prostituer le journalisme pour le mettre au service de la plus perverse des propagandes d’Etat : distiller les fake news chères au Kremlin sous couvert d’information neutre et professionnelle. Une tactique qui sied bien à la méthode Taddeï.

J’ai souvent été invitée à l’émission « Ce soir (ou jamais !) ». Au début, comme beaucoup, je me disais : « Enfin un espace où débattre. » Une réalisation sublime, un temps long, un animateur discret… Le rêve. Pourtant, en sortant de ces soirées, je ressentais à chaque fois le même malaise. Quel que soit le thème, le débat finissait toujours par tourner aux mêmes obsessions. On affichait une discussion de très haut niveau, et l’on finissait par patauger dans la boue d’un site Internet complotiste.

Peu importe le sujet, je me trouvais confrontée à deux ou trois personnages étonnants venus multiplier les sous-entendus douteux sur le lobby ou l’ordre international. Ils étaient universitaires ou blogueurs, parfois artistes performeurs, débarquaient de toute l’Europe, souvent de Belgique, parfois de l’extrême gauche, parfois de l’extrême droite.

Tous avaient en commun cette fibre paranoïaque. C’était même visiblement le critère pour être retenu parmi les « experts » de l’émission. En coulisses, l’animateur ne cachait pas ses préférences pour ses invités les plus sulfureux, islamistes, indigénistes ou complotistes. J’ai mieux compris en découvrant son parcours à l’Idiot international et qui était son mentor : Marc-Edouard Nabe. Cet écrivain se croit « subversif » parce qu’il imite Céline et ne sait pas finir une ligne de littérature sans ajouter « crouille » ou « pédé ». Enfant du mauvais siècle, il pond des romans interminables et auto-édités sur la vie d’animateurs télé adorant les partouzes et les prostitués. Une ambiance « One two two » rappelant vaguement les cabarets sous l’Occupation. Ah, j’oubliais, l’homme est si antisystème qu’il s’est laissé filmer dans sa galerie de Saint-Germain-des-Prés en train de vomir sur Charlie Hebdo le soir du 7 janvier. M’apercevant à la télé, il a eu ce hoquet : « Elle y a échappé, cette salope. » Très subversif, on vous dit. Exactement le genre de beauté qu’adorait promouvoir « Ce soir (ou jamais !) ». Marc-Edouard Nabe soufflait le nom des invités. Dieudonné pouvait y être convié en majesté. Michel Collon et Tariq Ramadan tenaient le crachoir.

En dehors de ces invités d’honneur, la recette de l’émission était bien plus perverse : mettre en présence des intellos médiatiques (si possible juifs) face à plusieurs challengers inconnus et variés mais convergeant dans leurs sous-entendus. Le message profond de la scénographie de « Ce soir (ou jamais !) » étant d’esquiver l’axe droite/gauche pour lui préférer l’axe système/antisystème. Russia Today ne s’y est pas trompé. Et bien sûr Frédéric Taddeï vous dira qu’il part officier en toute neutralité.

Le problème n’est pas d’inviter des extrémistes ou de débattre avec eux. Je l’ai souvent fait. Alors que je boycottais « Ce soir (ou jamais !) » depuis des années, j’ai accepté d’affronter Tariq Ramadan sur ce terrain, si peu favorable, mais l’enjeu du duel était clair… Rien à voir avec un débat général sur l’actualité où vous devez argumenter, comme si de rien n’était, face à des complotistes surreprésentés et surtout présentés comme simples universitaires ou experts. Dans une telle scénographie, vous êtes forcément piégée. Soit vous faites le travail que refuse de faire l’animateur, les démasquer, et vous passez pour une paranoïaque obsessionnelle défendant le système. Soit vous faites semblant de rien remarquer et vous cautionnez leur grille de lecture paranoïaque comme école de pensée.

C’est ce biais que Frédéric Taddeï a promu, pendant plus de dix ans, sur le service public. Jusqu’à ce que la nouvelle patronne de France Télévisions, Delphine Ernotte, ait le courage (et il en fallait) d’arrêter cette mascarade. Désormais, l’animateur va pouvoir s’adonner à sa passion en toute liberté sur Russia Today. Une vraie chaîne de désinformation publique. C’est à la fois plus honnête et plus clair.

 

Caroline Fourest

Marianne, 20/07/2018

Nouveau procès gagné face à Alain Soral

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Après une première victoire contre Alain Soral, condamné pour diffamation pour avoir relayé un article m’accusant à tort d’avoir « bidonné » un reportage dénonçant les théories du complot — dans le but, je cite, de « dissimuler la connexion Israélienne du 11 septembre » —, je viens de gagner le procès qu’il m’intentait pour « injure publique ».

La plainte ne manquait pas d’humour. J’ai été convoquée et mise en examen pour avoir dénoncé le racisme d’Alain Soral, en rappelant qu’il employait l’expression « beuricots » pour parler des franco-maghrébins dans ses livres.

Un discours prononcé dans le cadre de la soirée au théâtre du Rond-Point, pour soutenir Christiane Taubira, victime d’insultes et de lancés de bananes. Ce soir-là, elle venait d’être accueillie par des opposants au Mariage pour tous très excités qui, une fois arrêtés, ont fait la quenelle.

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Mon édito au moment de la mise en examen.

Panamza, Oumma et Soral condamnés pour « diffamation publique » à l’encontre de Caroline Fourest

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Hicham Hamza du site complotiste Panamza, Zouhair Amri de Oumma.com et Alain Bonnet dit Soral viennent d’être condamnés pour « diffamation publique » à l’encontre de Caroline Fourest

Dans un article de 2013 intitulé « 11 septembre : Caroline Fourest prise en flagrant délit de bidonnage », la fine équipe des désinformateurs habituels hurlait contre un documentaire démontant de façon implacable la rhétorique complotiste (« Les obsédés du complot », France 5).

On y voit notamment une séquence où des sympathisants de REOPEN 911 délirent de façon particulièrement nébuleuse et comique sur le lien entre 11 septembre et Mossad. Alors que tout le monde peut entendre leur propos, un sous-titre a été ajouté par la monteuse à cause de la mauvaise qualité du son. Plein de ressources, nos inspecteurs gadgets y ont vu la preuve qu’on cherchait — tenez-vous bien — à « dissimuler la connexion Israélienne du 11 septembre » (sic).

Certains sites sont même allés jusqu’à écrire que ce documentaire, mis en avant et salué par la chaîne, allait être « sanctionné par le CSA ». Ce qui est tout simplement faux et sorti tout droit de leur imagination. On sait maintenant ce que veut dire « ré-information » : désinformer, tout simplement.

 

Nous sommes tous des « sales français » Edito #2 (Fourest fait son édito)

Marre de la censure des extrémistes. Cette vidéo antiraciste, qui était montée à 20 000 vues, a été retirée du web sur dénonciation d’internautes. Nous venons juste de la remettre. La revoilà donc…

Merci de la partager

 

Concernant la multiplication des appels de musulmans contre l’organisation dite « Etat islamique », il y a deux réactions possibles : ceux qui considèrent que cela fait du bien, et ceux qui ressentent une forme de malaise…