Les coulisses de l’émission de CAMPUS (FOUREST vs. RAMADAN)

campusJeudi 4 décembre au soir, sur le plateau de « Campus », l’émission de Guillaume Durand diffusée sur France 2, Caroline Fourest, Claude Allègre, Xavier Darcos, Dalil Boubaker, Jacques Alain-Léger, Pascal Bruckner et Tariq Ramadan étaient invités à débattre de la laïcité. Le professeur suisse, mais surtout ambassadeur du réformisme néo-salafiste des Frères musulmans est arrivé dans les coulisses de France 2 entouré d’une cour : huit gardes du corps et deux filles voilées.

Les deux jeunes filles voilées, récemment converties, ont réclamé à être sur le plateau : « pour représenter l’immigration ». Ce qui a quelque peu perturbé les membres de l’équipe TV, dont certaines étaient vraiment issues de l’immigration. On aurait aimé filmer l’échange assez comique survenu entre Fiammetta Venner*, Dalil Boubaker et les deux jeunes filles. Fiammetta Venner et le recteur de la Mosquée de Paris s’adressant tous deux en arabe aux deux jeunes filles, perdues et ne comprenant pas un mot, jusqu’à ce qu’elles avouent s’être récemment converties et ne pas parler un mot d’arabe. Ce qui a suscité ce conseil ironique de Fiammetta Venner : « Un conseil, avant de vous voiler, apprenez au moins à lire le Coran dans le texte ! » Elles n’ont pas obtenu d’être sur le plateau.

Pendant ce temps, les gardes du corps de Ramadan se sont séparés en deux groupes pour prendre place dans les loges dans deux endroits différents, tout en restant en contact par tawlkie-walkie et non sans se priver de jeter des regards menaçants aux autres invités. Au point qu’un responsable de la sécurité de France 2 a tout de même fini par s’inquiéter à haute voix devant les invités médusés : « La production est vraiment inconsciente. Vous n’avez aucune idée de qui est Ramadan. Vous auriez du être clairs. Il n’est pas question que je laisse entrer des hommes en armes sur le plateau » !

Étaient-ils vraiment armés ? Impossible de le vérifier. En tous cas, ce happening et la nervosité des services de sécurité obligés de tenir à distance les invités du clan Ramadan ont planté le décor. Une mise sous terreur en bonne et due forme qui laisse imaginer le calme et le cran qu’il a ensuite fallu àux contradicteurs de l’islamiste. En particulier à Caroline Fourest qui a révélé à ceux qui en doutaient le danger que représente Tariq Ramadan.

Le reste est de l’histoire télévisée habituelle : un débat confus, qui aura une fois de plus donné de la visibilisé à un démagogue. Il y a 20 ans, un autre démagogue frappait à la fenêtre des médias français. Et, au nom de la liberté d’expression, nous avons laissé parler Jean-Marie Le Pen, et parler et parler. En 1995, 139 heures de télévision lui ont été consacrées… contre trois heures en 1985.

Après « Campus », Ramadan passera chez Franz Olivier Giesberg (« Cultures et dépendances »). Décidément, l’histoire ne sert à rien.

Source : http://www.proche-orient.info/xjournal_pol_rep.php3?id_article=19110

* Co-auteur avec Caroline Fourest de « Tirs Croisés (la laïcité à l’épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman », publié chez Calmann-Lévy.http://www.amazon.fr/exec/obidos/ASIN/2702133045/tirscroises-21
http://www.prochoix.org/cgi/blog/2003/12/05/66

Etre « prochoix » face aux « provie »

Au croisement de deux conceptions radicalement différentes de la vie, le droit à l’IVG a mis en présence deux mondes qui s’observent et s’affrontent. Ceux que nous considérons aujourd’hui encore comme des anti-IVG, revendiquent le terme de provie. Refusant à juste titre de passer à l’inverse pour des pro-mort, nous leur avons refusé cette appellation pourtant très révélatrice des leurs véritables ambitions… Farouchement attachés à l’idée d’un ordre naturel, divin et/ou biologique, l’avortement apparaît avant tout aux yeux des provie comme un sacrilège, une profanation de cet ordre intangible et sacré. Un ordre naturel qui ne peut bien évidemment se faire qu’au détriment des femmes appropriées en vue de la reproduction et où la maîtrise de la fécondité, pilier majeur de la libération des femmes, déconstruit l’image de LA femme naturellement soumise et destinée à subir son horlogerie biologique ! Enfin, l’IVG est une façon révolutionnaire de penser la nature au service de l’humain et non pas le contraire.

La nature copyrightée par le Vatican ?

Cette conception naturaliste où les femmes sont obligatoirement complémentaires des hommes en vue de la reproduction n’est pas nouvelle… Ce que l’on sait moins c’est que poussée à son terme, la doctrine provie tend à considérer que tout ce qui peut être un obstacle à la complémentarité mâle-femelle et à la procréation est un « attentat à la Vie ». La contraception et l’avortement bien sûr, mais aussi le simple flirt, l’usage du préservatif, la relation hétérosexuelle non procréatrice ou pire la relation homosexuelle ! Une liste de « crimes » auxquels il faut ajouter tout ce qui remet en cause l’ordre naturel du « tu enfanteras » à « tu mourras » dans la douleur : de la péridurale au droit de mourir dans la dignité en passant par les procréations médicalement assistées… Bien sûr, comme dans tous les camps, plusieurs profils se croisent au sein du camp provie : certains ne sont pas forcément hostiles à toutes les évolutions de la Science, d’autres — attachés à la pureté de la race — n’ont même rien contre l’avortement des noires ! Certains, en revanche, ne sont pas fondamentalement racistes mais profondément natalistes et donc favorables à une appropriation de toutes les femmes, noires ou blanches, en vue du repeuplement de la planète ! D’autres comme le Pr Joyeux à Paris sont connus pour aimer la Vie au point de la prolonger en dehors de toute raison… enlevant un à un les organes d’un corps maintenu artificiellement en vie jusqu’à faire de lui un cadavre vivant! Mais tous ont en commun ce double attachement à l’ordre et à la nature qui les inscrivent de plein pied à droite et, en fonction de leur ferveur, à droite de la droite.

Le Choix de vies face à la Vie à tout prix

La prise en compte de cette donne politique faisant des provie des représentants extrémistes d’un ordre naturel, biologique et divin, comporte un intérêt stratégique majeur pour nous qui prétendons leur faire barrage. Car dans le cas d’une opposition aux provie qui sommes nous ? Non pas les représentants du « désordre moral », comme ils voudraient le faire croire, mais peut-être l’incarnation d’une culture du Choix, basée sur une primauté des liens consentis sur les liens naturels, tendant plus vers l’égalité que vers la hiérarchie ordonnée et où l’indifférenciation des sexes, la transgression des genres est une étape fondamentale vers l’égalité. Plus qu’un débat en soi, les passions autour du droit à l’IVG révèlent une tension existant entre deux mondes, deux mouvements aux dynamiques opposées, deux pelotons partis courir, l’un à contre-courant et l’autre en avant de l’Histoire, avec pour objectif d’imposer son projet de société : la Vie à tout prix et par-dessus tout ou le Choix de vie et si possible celui d’une vie meilleure…

L’affrontement anti/pro-IVG n’est d’ores et déjà plus ! Dans le rapport de force qui nous oppose aux provie toutes catégories, il serait illusoire de croire qu’un simple mouvement pro-IVG fera durablement le poids. Au risque d’être dépassés par les événements, il est urgent que nous réalisions que l’affrontement anti/pro-IVG n’est d’ores et déjà plus ! Les provie attaquent… reste à savoir quels prochoix ils trouveront en face ? Pour tirer de toutes nos forces à l’autre bout de la corde, il faudra bien opposer à ces provie, un mouvement pro-choix à la hauteur, tout aussi progressiste qu’ils sont réactionnaires ! Et peut-être est-ce là le plus difficile. Au-delà de notre combat contre les provie, nous devons apprendre à considérer nos luttes — qu’elles soient antiracistes, antisexistes, antihomopho-bes, pour l’environnement, pour les sans-papiers — non plus comme devant primer les unes sur les autres, mais comme étant parties prenantes d’un même élan vers le Choix d’une vie meilleure. Un Choix qui s’étend à tous les choix de toutes les vies : le choix de l’avortement et de la contraception bien sûr, mais aussi le choix de sa sexualité, le choix de vivre dans un environnement agréable, le choix de son pays, le choix sa mort… C’est dire si, au-delà d’une simple défense de nos acquis, l’affrontement qui nous oppose aux provie nous donne l’occasion d’inventer un mouvement prochoix passionnant et qui plus est, peut-être à la source d’une nouvelle gauche : ambitieuse, écologiste, égalitaire, féministe, antiraciste, antisexiste, antihomophobe… Une gauche qui n’empiète pas sur les idées de droite pour rassurer l’électorat lepéniste, une gauche à gauche, antidote à tous les provie, à toutes les extrêmes droites. Enfin !

Caroline Fourest

Edito paru dans ProChoix n°1 (décembre 1997)