Les Dindons du Brexit

Il y a quelque chose de réellement pénible à entendre les Brexiteurs se désoler du chaos qu’ils ont semé. Des étalages vides. Des stations sans essence. Des kilomètres de camions bloqués. Et bientôt des milliers de cochons abattus pour rien, tellement les fermes manquent d’ouvriers, de bouchers et de chauffeurs pour les transporter. Même la dinde pourrait manquer à Noël !

Voilà les fruits d’une sortie carnavalesque de l’Union européenne et, donc, de la réduction drastique du nombre de travailleurs étrangers. Le pays manque cruellement de main-d’œuvre pour tourner. Si la crise sanitaire aggrave la situation, c’est à cause des Brexiteurs et de leurs fadaises que le pays traverse des scènes de panique.

À Stoke-on-Trent, petite ville connue pour avoir voté à 70 % pour la « sortie », la fermeture des magasins et les rues désœuvrées rappellent la crise de la sidérurgie. Ceux qui ont provoqué ce merdier voudraient qu’on les plaigne : « Si j’avais su… », « Je n’ai pas voté pour ça », « On nous a menti… » Bien sûr que Boris Johnson leur a menti pour rafler Downing Street ! Mais qui les obligeait à voter pour un clown ?

Il existe une part de manipulation plus machiavélique, qui mérite d’être exposée et d’être jugée. C’est la campagne délibérément trompeuse menée par le stratège de Trump, Steve Bannon, et sa bande de malfaisants. Grâce aux moyens de traçage numérique de Cambridge Analytica, ils ont noyé de fausses informations et de peurs infondées le débat sur le référendum. Dans une vidéo devenue virale, ils ont réussi à faire croire aux crédules que la contribution annuelle à l’Union européenne (totalement ­exagérée) déshabillait leur système de santé national, le NHS, auxquels les Anglais sont si attachés. En cachant ce que l’adhésion à l’Union rapportait !

Aujourd’hui, l’entourloupe se voit. Mais Steve Bannon s’en fiche. Le milliardaire ne vit pas en Angleterre. Et lui voulait ce chaos, qu’il pense purificateur, pour précipiter la révolution conservatrice. Les Brexiteurs lui ont servi de rats de laboratoire. Ils ont couru comme des fous dans la roue des manipulateurs. Et craché comme des sourds sur ceux qui tentaient de les alerter. Qu’ils ne viennent pas chouiner en mode « dindons de la farce ».

Les marrons, ce sont les commerçants et les artisans qui n’ont pas voté pour le Brexit. Ceux-là ne cachent plus leur façon de penser. Des pancartes fleurissent sur les étals vides : « Désolé pour le choix limité en ce moment. C’est ce qui arrive quand on vote pour quitter l’Union européenne et qu’on dit aux Européens “d’aller se faire voir dans leur propre pays”. Heureux maintenant ? » Plus énervé, un employé du métro londonien s’est lâché sur un tableau de service : « Une pensée sur le Brexit. Quel paquet de merde. Vous faites partie de ceux qui ont voté pour ça ? Eh bien, faites demi-tour et allez bien vous faire foutre. »

Caroline Fourest, Marianne, 8/10/2021