Que ce soit au Kurdistan ou dans la vallée du Panchir : venons en aide aux démocrates d’Orient !

Les démocraties ne peuvent se contenter de servir de refuge à ceux qui fuient le chaos. La vraie solution consiste à soutenir les démocrates d’Orient, chez eux, pour que l’envie de démocratie triomphe de la tentation autoritaire ou fanatique, estime Caroline Fourest.

Cela passe par soutenir l’autonomie de régions pouvant servir d’asile et de contre-modèle. C’est le cas du Kurdistan, en Irak, du Rojava, en Syrie, et du Panchir, en Afghanistan.

C’est donc l’image qui servira à commémorer les vingt ans du 11 septembre. Des talibans suréquipés, terrorisant leur population, en particulier les femmes, écrasant la révolte du Panchir, grâce aux moyens militaires laissés par les États-Unis.

Vu d’ici, l’accord de Doha – négocié par Donald Trump et appliqué par Joe Biden – ressemble à une reddition totale. Traumatisé par la mort de son fils, sous pression d’une opinion isolationniste qui ne s’intéresse plus qu’au virus, ou à soigner sa démocratie, le président démocrate a tout cédé.

En quelques jours seulement, les talibans ont pris Kaboul, réinstauré la charia, rendu la burqa obligatoire et le chef de la garde noire de Ben Laden, un Afghan, est rentré triomphalement au pays. Les talibans sont bien « inclusifs »… à l’égard des autres groupes djihadistes. Les Américains ont voulu croire qu’ils ne menaceraient plus le monde, juste les Afghans et les Afghanes. Perdu. L’Afghanistan redevient un sanctuaire pour Al-Qaida, qui va renaître, et leur trafic de drogue (90 % de l’héroïne mondiale) va pouvoir doper tous les islamistes du monde.

Cette guerre était une folie. Elle aura coûté plus de 2 ? 000 milliards de dollars et la vie à 165 000 personnes. Et elle n’aura servi à rien. Le droit d’ingérence ne doit pas se confondre avec cette façon irresponsable d’exporter la démocratie. Une autre influence, un droit à la conscience, est encore possible. Et le monde en a besoin.

Chaque fois que les démocraties renoncent à tenir leur rang, paralysées par des opinions repliées et parfois manipulées (notamment par des médias russes), elles laissent le champ libre à l’ingérence des tyrans. La Russie et ses mercenaires. La Turquie et ses drones. L’Iran et ses milices… Voilà les nouveaux gendarmes du Moyen-Orient. Ce n’est pas beau à voir.

Les démocraties ne peuvent se contenter de servir de refuge à ceux qui fuient le chaos. Les efforts déployés pour sauver des Afghans qui veulent s’échapper les grandissent. Mais la vraie solution consiste à soutenir les démocrates d’Orient, chez eux, pour que l’envie de démocratie triomphe de la tentation autoritaire ou fanatique.« Soutenons ces poches d’espoir, de toutes nos forces. C’est notre devoir, notre intérêt et notre honneur. »

Cela passe par soutenir l’autonomie de régions pouvant servir d’asile et de contre-modèle. C’est le cas du Kurdistan, en Irak, du Rojava, en Syrie, et du Panchir, en Afghanistan. C’est de là, d’en bas, que poussera la démocratie au Moyen-Orient.

Le Kurdistan, seule région autonome où il fait bon vivre en Irak, où les yézidis sont réfugiés, est isolé mais tient bon grâce aux peshmergas. Le Rojava, cette poche d’utopie arrachée à Daech par les combattants kurdes de Syrie, étouffe sous les assauts turcs.

La vallée du Panchir, encerclée par les talibans et pilonnée par les drones pakistanais, se meurt. Son dernier souffle signera le tombeau de nos lâchetés. Soutenons ces poches d’espoir, de toutes nos forces. C’est notre devoir, notre intérêt et notre honneur.

Caroline Fourest, Marianne, 10/9/2021