L’opium du Jihad

Très peu d’Afghans partagent les idées des talibans. En revanche, beaucoup de familles vivent de la culture du pavot : 90 % de l’héroïne mondiale provient des steppes afghanes. Qui n’intègre pas cette donnée ne peut comprendre le sursaut des talibans, observe Caroline Fourest. Et l’opium alimente bien d’autres djihads…

On savait depuis Marx combien la religion servait à endormir les peuples. On sait moins combien la culture du pavot joue un rôle décisif dans l’essor du djihad. En effet, 90 % de l’héroïne mondiale, et une part non négligeable du haschisch, provient des steppes afghanes. Qui n’intègre pas cette donnée ne peut comprendre le sursaut des talibans.

Très peu d’Afghans partagent leurs idées. En revanche, beaucoup de familles vivent de la culture du pavot. En vingt ans de présence américaine, personne n’a réussi à les convaincre de faire pousser plutôt des pommes de terre (le pavot rapporte vingt fois plus !). On a feint de détruire quelques hectares pour la galerie, les prix ont flambé, et le trafic a continué à engraisser des élites locales corrompues, qui ont laissé grossir le trésor de guerre des talibans.

Pour Roberto Saviano, l’auteur de Gomorra, fin connaisseur des circuits mafieux et narcos, « ce n’est pas l’islamisme qui a gagné après plus de vingt ans de guerre, c’est l’héroïne ». Pour arrêter les talibans, il faut combattre l’islamisme à la racine, mais aussi le trafic de drogue à la source. L’opium alimente bien d’autres djihads. Le Hamas, qui se félicite de la victoire des talibans, vit du même trafic.

PROPAGATION

L’Afghanistan n’ayant pas accès à la mer, la marchandise part des côtes du Pakistan, et donc des rangs de l’ISI, les douteux services secrets Pakistanais. On connaît leur double jeu : et leur soutien à l’essor djihadiste… Pour protéger des filières de la drogue dont certains généraux vivent grassement ! Des bateaux chargés d’héroïne et de haschisch partent régulièrement du Pakistan vers la Tanzanie et le nord du Mozambique où, comme par hasard, un petit réseau d’insurgés djihadistes, entraînés et surarmés, fait régner la terreur. L’armée mozambicaine étant à peu près aussi fiable et désintéressée que les militaires pakistanais, les djihadistes ont pris facilement leurs quartiers dans cette zone de non-droit qui permet d’écouler la drogue des talibans vers l’Occident.« Le crime djihadiste continuera tant que le sang qui l’alimente, le trafic de drogue, ne sera pas tari. »

Comme le djihad finit toujours par monter au cerveau, les insurgés ont commis l’erreur de passer sous bannière daéchienne et de s’attaquer à des intérêts vitaux. Leur récente attaque meurtrière contre un hôtel et la ville de Palma ont convaincu Total et plusieurs entreprises pétrolières de plier bagage. Un renoncement à exploiter l’une des plus grosses poches de gaz sous-marine d’Afrique, privant ainsi le Mozambique de revenus colossaux. Depuis, les autorités se décident enfin à laisser d’autres armées africaines faire le ménage. Des soldats rwandais soutenus par la France, et de nombreuses forces spéciales, sont déployés pour réduire la menace. Les autorités mozambicaines, corrompues à souhait, les laisseront-ils aller au bout de leur mission ? Le crime djihadiste continuera tant que le sang qui l’alimente, le trafic de drogue, ne sera pas tari.

Caroline Fourest, Marianne, 3/9/2021