Tous pourris sauf le RN ?

Des décennies durant, enquêteurs et journalistes ont montré le fonctionnement intéressé de la famille Le Pen, qui vit de la politique depuis trois générations. Pourtant, avec eux, comme pour les Balkany, tout glisse.

« C’est le seul parti qu’on n’a pas essayé. » Sous-entendu, « tous les autres sont pourris ». Qui croit encore à ces sornettes ? Si les Français votaient lepéniste pour améliorer la vie politique, ça se saurait. Ils ne donneraient pas leur voix au parti le plus malhonnête de France.

Le système d’emplois fictifs mis à jour par les policiers de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF) n’est pas une découverte.

Nous l’exposions dans Marine Le Pen démasquée, avec Fiammetta Venner, dès 2011. Et, bien sûr, les Le Pen, père et fille, ont porté plainte. Sauf qu’à la barre Jean-Claude Martinez, député européen du FN, a confirmé l’existence de ce système servant le parti et même la famille Le Pen, raillée en « assistée » de la politique.

L’homme ne supporte plus d’entendre Marine Le Pen jouer à la victime. Dans son autobiographie, celle-ci se plaint beaucoup, notamment, d’avoir dû jongler pour faire garder ses enfants. Martinez s’étouffe de rire : « Le baby-sitting, c’est le Parlement européen qui le lui a payé, avec mes indemnités ! Ils m’ont fait engager Huguette Fatna, la marraine des enfants, comme assistante parlementaire… » D’après l’ancien vice-président du FN, Fatna n’a jamais mis les pieds à Bruxelles ou à Strasbourg pour travailler à ses côtés. Le contrat prévoyait d’ailleurs qu’elle reste à Saint-Cloud, la résidence des Le Pen.« On ne parle pas d’un dérapage personnel, comme pour François Fillon, mais d’un système généralisé, centralisé depuis la présidence du parti. »

Cette seule révélation aurait dû faire scandale. Le livre contenait bien d’autres rappels choquants. Des décennies durant, enquêteurs et journalistes, dont l’ami Guy Konopnicki, dans les Filières noires (1996), ont montré le fonctionnement intéressé de cette famille, qui vit de la politique depuis trois générations.

À côté, les indemnités de Mme Fillon et les costumes de son mari, c’est du pipi de chameau. L’affaire lui a coûté la présidentielle. Avec les Le Pen, comme pour les Balkany, tout glisse.

Malgré ces pratiques, connues, les Français ont envoyé 24 candidats RN siéger au Parlement… Siéger, c’est beaucoup dire. En revanche, on soupçonne leurs assistants parlementaires d’être des emplois fictifs, à l’image du garde du corps de Jean-Marie puis de Marine Le Pen, payé comme assistant parlementaire européen : 6,5 millions d’euros auraient ainsi été détournés !

On ne parle pas d’un dérapage personnel, comme pour François Fillon, mais d’un système généralisé, centralisé depuis la présidence du parti.

C’est la conclusion, accablante, de la police. Qui l’écoute quand elle pince la délinquance en col blanc ? Pas ceux qui crient « tous pourris », sauf lorsqu’il s’agit du RN. Ils aiment trop l’écouter, se défouler, et vous diront que ce n’est pas un parti comme un autre. Ils ont raison. C’est une boutique, capable du pire de la politicaillerie avant même de gouverner ! On imagine après.

Caroline Fourest, Marianne, 21/5/2021