Fin de récré à l’IEP de Grenoble

Le seul « crime » de deux enseignants à Sciences Po Grenoble est de s’être vigoureusement opposés à l’usage du mot « islamophobie » pour l’intitulé de la Semaine de lutte contre les discriminations lors d’une discussion électronique, ce que confirme un rapport d’inspection.

Les polémiques médiatiques brûlent les êtres et les laissent souvent seuls avec leurs cendres une fois le feu passé. Dans le cas de l’IEP de Grenoble, un rapport d’inspection commandé par la ministre de l’Enseignement supérieur vient remettre quelques pendules à l’heure.

Son diagnostic est clair. Cette « crise » est née d’une « controverse entre deux enseignants » ayant tourné au « règlement de comptes orchestré par une organisation étudiante ». Le rapport pointe le rôle toxique et incendiaire joué par l’Union syndicale de Sciences-Po Grenoble à tous les étages.

La médiatisation est partie d’un collage anonyme dénonçant deux professeurs entre les mots « Des fascistes dans nos amphis », « Démission » et « L’islamophobie tue ». Il faut en tenir une sacrée couche pour commettre pareille délation quelques semaines seulement après l’attentat contre Samuel Paty. C’est le cas de l’Unef Grenoble, qui a fièrement relayé ce collage sur les réseaux sociaux. Une mise en danger ayant conduit à placer deux enseignants sous protection policière. Tout ça pourquoi ?

AUCUN PROPOS RACISTE

Le rapport d’inspection confirme que, contrairement à l’accusation lancée, aucun des deux professeurs n’a tenu de propos racistes ou répréhensibles. Leur seul « crime » est de s’être vigoureusement opposés à l’usage du mot « islamophobie » pour l’intitulé de la Semaine de lutte contre les discriminations lors d’une discussion électronique. L’enseignante qui tenait mordicus à ce mot s’est dite offensée et « blessée ». Des étudiantes et un laboratoire de recherche, Pacte, sont partis en guerre. Le ton est monté.« Beau cas d’école, où l’antiracisme et le féminisme sont clairement instrumentalisés par de jeunes carriéristes. »

À chaque étape, la directrice a tenté d’apaiser les tensions. Mais le rapport dépeint une directrice dépassée par la tyrannie de certaines organisations étudiantes, remontées depuis qu’un responsable de l’Union syndicale n’a pas obtenu le titre ronflant de « vice-président étudiant » qu’il convoitait.

INSTRUMENTALISATION

De ce jour, tout est bon à prendre. L’accusation d’« islamophobie » contre deux professeurs, mais aussi l’affaire Duhamel et la campagne #SciencesPorcs visant des étudiants… sans preuves ni témoignages ! Une « stratégie », nous dit le rapport qui « vise en fait la direction, accusée elle-même d’inaction, et donc de complicité ». Beau cas d’école, où l’antiracisme et le féminisme sont clairement instrumentalisés par de jeunes carriéristes.

Effarés par la « violence » de ces méthodes, les inspecteurs préconisent des mesures disciplinaires, et de rappeler à l’ordre la directrice du Pacte. C’est le grand mérite de cette lamentable affaire. Avoir ouvert les yeux de ceux qui n’avaient pas vu. Pour mesurer la profondeur de ces dérives, il faut lire les Fossoyeurs de la République (éditions de l’Observatoire) de Mohamed Sifaoui. Lui sait de quoi il parle, et il en parle bien, de façon précise et fouillée. Ce qui nous change des boutiquiers du déni.

Caroline Fourest, Marianne, 14/5/2021