Obsédés de la race : le mépris de classe des enfants gâtés

« À force de tout voir par le prisme douteux de la « race », des enfants gâtés finissent par nous expliquer qu’un ouvrier blanc est un « privilégié » et qu’une femme « racisée » riche souffre comme au temps de l’indigénat ou de l’esclavage. Même si elle va en cours en Mercedes ? Cinquante ans après les errements d’une gauche aveugle aux discriminations, il est temps de réviser quelques classiques. La lutte des classes en fait partie », affirme Caroline Fourest, éditorialiste de « Marianne ».

Il y a cinquante ans, la gauche marxiste, bourrelée de préjugés, considérait la lutte contre les discriminations – le racisme et plus encore le sexisme ou l’homophobie – comme secondaire.

À l’entendre, il suffisait d’attendre le « Grand soir » pour se libérer. Heureusement que des militants antiracistes et féministes ne l’ont pas écoutée. Car c’est leur révolution qui a réussi.

La ségrégation a été abolie. Le racisme a reculé. Les femmes peuvent avorter. Les homosexuels ont acquis le droit de se marier et de fonder une famille. La frontière entre le féminin et le masculin devient moins binaire. Il est enfin plus honteux d’avoir violé que d’avoir été violée.

Ce n’est pas rien. Ces progrès sont immenses. Une révolution des mentalités.

RÉTRIBUTIONS SYMBOLIQUES

Les lendemains de victoire sont toujours moins glorieux.

Il faut aujourd’hui moins de cran pour se dire « antiraciste » ou « féministe ». Ces combats peuvent même rapporter quelques « rétributions symboliques », comme « buzzer » ou dégager un concurrent. Au risque de susciter des vocations moins sincères. Mais aussi des politiques moins ambitieuses.

Aux États-Unis, la « politique de l’identité » sert trop souvent de cache-misère. Il est plus facile de promettre des quotas ethniques au titre de la « discrimination positive » que de se battre pour faire baisser le coût de la scolarité dans les universités. Plus facile de crier « Black Lives Matter » que de voter un plafond permettant de réguler le financement privé de campagnes électorales où seuls des riches (aidés par d’autres et donc à leur service) peuvent concourir.

La montée de ces thèmes identitaires, qui coïncide avec l’explosion des inégalités, accompagne une forme de fatalisme, un renoncement à redistribuer les cartes.

IL EST TEMPS DE RÉVISER QUELQUES CLASSIQUES. LA LUTTE DES CLASSES EN FAIT PARTIE.

C’est bien ce qui nous arrive. De plus en plus d’auteurs progressistes, comme Stéphane Beaud et Gérard Noiriel, alertent sur le simplisme de l’approche identitaire. La nouvelle génération, souvent des étudiants favorisés, crie à la trahison.

Lors d’un débat, une jeune étudiante féministe m’expliquait qu’« il [était] plus grave de se faire violer lorsqu’on est une femme noire que lorsqu’on est une femme blanche ». À aucun moment, il ne lui venait à l’idée qu’il était surtout plus facile de fuir des violences sexuelles, ou même des discriminations, si l’on a les moyens de se mettre à l’abri.

À force de tout voir par le prisme douteux de la « race », des enfants gâtés finissent par nous expliquer qu’un ouvrier blanc est un « privilégié » et qu’une femme « racisée » riche souffre comme au temps de l’indigénat ou de l’esclavage. Même si elle va en cours en Mercedes ?

Cinquante ans après les errements d’une gauche aveugle aux discriminations, il est temps de réviser quelques classiques. La lutte des classes en fait partie.

Caroline Fourest, « Marianne« , 5/3/2021