Le « pas de vague » fait monter le RNo

« Ce sont les atermoiements sur l’islamisme qui permettent à Marine Le Pen ou à Guillaume Peltier de passer pour des héros de la laïcité, comme s’ils l’avaient toujours défendue. Une escroquerie absolue », affirme Caroline Fourest, éditorialiste de « Marianne ».

Le compte à rebours est lancé. Un an avant l’échéance présidentielle, avec comme toujours l’extrême droite en embuscade, le réflexe de l’autruche refait surface. « Pas de vague », ne parlons plus des sujets qui fâchent, sinon cela fera monter Le Pen. Trente ans qu’une partie de la gauche – pas toute la gauche – applique la même recette. Trente ans qu’elle se plante.

C’est exactement l’erreur à ne pas commettre. La tentation de voter pour l’extrême droite se nourrit de ces silences, de cette lâcheté, du manque de lucidité. Ce sont les atermoiements sur l’islamisme qui permettent à Marine Le Pen ou à Guillaume Peltier de passer pour des héros de la laïcité, comme s’ils l’avaient toujours défendue. Une escroquerie absolue. Marine Le Pen a critiqué la loi sur les signes religieux à l’école publique. Son parti a manifesté contre. »Pour nous vendre une « catho-laïcité », un faux double, sa négation, qu’il attribue en prime à la tradition chrétienne. »

Le numéro deux des Républicains vient de l’extrême droite la plus cléricale qui soit, du FNJ, de l’association Jeunesse-Action-Chrétienté, et de l’Ichtus (un institut qui croit à la supériorité de la loi religieuse). Il a mené la fronde contre le pacs et servi Philippe de Villiers. Quand il demande à inscrire la laïcité dans la devise républicaine, ce n’est pas une conversion, mais une OPA. Pour nous vendre une « catho-laïcité », un faux double, sa négation, qu’il attribue en prime à la tradition chrétienne.

Tout est faux dans ce conte pour enfants incultes. La séparation et toutes les libertés qui en découlent ont été arrachées à la tradition et à l’Église catholique. À coups de caricatures, d’encyclopédies, de blasphèmes, de congrégations religieuses fermées et de résistance aux oukases du Vatican. Ce combat-là n’est pas terminé. »Nommer le danger et proposer des solutions républicaines plutôt que nationalistes. »

Il suffit de voir la fronde menée au Sénat par Bruno Retailleau et son groupe contre la PMA et toute avancée bioéthique pour s’en rappeler. Le risque d’une droite religieuse est bien moins fort qu’aux États-Unis, mais il existe. En panne d’idées et d’oxygène, le groupe LR semble tenté par ce pari. Cette erreur lui coûtera la même disgrâce que celle qui frappe la gauche qui a tourné le dos à la laïcité.

L’alternative existe. Nommer le danger et proposer des solutions républicaines plutôt que nationalistes, égalitaires plutôt qu’identitaires. Ce que la gauche identitaire et/ou autruche ne peut entendre. À la minute où vous avez ce courage, elle vous tombe dessus et vous traite de fasciste. Hier, la peste brune commençait à Pasqua. De nos jours, elle englobe Charlie Hebdo et Macron. C’est dire si on progresse. Mais, au fait, qui fera barrage au vrai fascisme si tout se vaut ? Qui l’emportera si être laïque et fasciste, c’est du pareil au même ? Dans une société aussi inquiète et droitisée, la réponse n’est pas difficile à deviner.

Caroline Fourest, Marianne, 26/2/2021