Marine Le Pen en mode chaton

« Les rares moments de communication sont consacrés à nous faire savoir que Marine Le Pen suit un stage pour prendre soin de ses chats du Bengale. Sublimes félins, mis en avant pour témoigner de son humeur politique », écrit Caroline Fourest, éditorialiste de « Marianne ».

Un sondage Louis Harris place Marine Le Pen au coude à coude avec Emmanuel Macron au second tour de la présidentielle. Qui s’en étonne ? Chaque fois que ce pays va mal, les Le Pen montent. C’est devenu le baromètre de notre santé mentale. Une poussée de fièvre prévisible dans un pays culturellement pessimiste, pris en étau entre des attentats et une pandémie.

Marine Le Pen n’a rien à faire pour grimper. Le président de la République prend des seaux de boue quoi qu’il décide, confiner ou ne pas confiner. Sa rivale n’a qu’à se taire pour cultiver son jardin électoral.

Sa plus longue interview, accordée à la revue d’extrême droite Éléments, parle essentiellement de souffrance animale.

Les rares moments de communication sont consacrés à nous faire savoir que Marine Le Pen suit un stage pour prendre soin de ses chats du Bengale. Sublimes félins, mis en avant pour témoigner de son humeur politique.

Au plus fort de leurs désaccords sur la dédiabolisation, Le Pen fille a fait savoir que l’un des dobermans de son père avait attaqué l’une de ses chattes. Un drame qui aurait précipité son départ de la demeure familiale.

Plus récemment, elle reproche à Robert Ménard d’avoir refourgué en douce un chaton qu’elle lui avait offert : « Les animaux ne sont pas des objets. » Coup double. Marine Le Pen reprend le credo porteur de Brigitte Bardot, et griffe au passage un allié qui songe à la présidentielle.

Hormis ces pas de chat, Marine Le Pen vit roulée en boule depuis le début de la pandémie, ne recevant des journalistes qu’avec mille précautions, n’ouvrant la bouche qu’à demi. Du jamais-vu dans la famille Le Pen.

Comment l’interpréter ? L’hygiénisme politique n’est pas le mieux outillé pour résister à la peur panique des virus. Mais sans doute faut-il voir un autre symptôme. Celui d’une habile politicienne qui n’a rien à gagner à s’agiter par temps d’apocalypse. Mieux vaut attendre de compter tranquillement les morts, du virus et de la crise économique, pour prédire le meilleur remède.

Les Français seront-ils dupes ? »La question est de savoir si Marine Le Pen dominera ce jeu, presque rassurante, ou si elle paraîtra usée et dépassée. »

Cela dépendra la quantité de morts et du nombre de candidats. La prochaine élection promet de battre le record du nombre d’hurluberlus et de « yakafocons » en lisse.

La question est de savoir si Marine Le Pen dominera ce jeu, presque rassurante, ou si elle paraîtra usée et dépassée. Si nous sortirons de cette crise épuisés, ruinés et défiants. Ou si nous serons grisés d’avoir survécu, assoiffés d’espoir et de libertés.

Les deux cohabiteront. Une fracture de classe, sociale et mentale, coupera la France en deux comme jamais. Des dizaines de charognes se presseront au portillon pour faire les poches de la France défiante. Combien de candidats, en face, pour incarner la confiance ? C’est là, dans cette mathématique, que se joue notre monde d’après.

Caroline Fourest, Marianne, 5/2/2021