Une police qui se respecte

« Peut-on se permettre d’aller vers une crise économique majeure et une décompensation physique post-épidémie sans avoir rétabli, au moins, cette confiance ? », affirme Caroline Fourest à propose du lien entre la police et les citoyens.

Apaiser une société traumatisée exige de rétablir la confiance dans la police.

C’est la mission que se donne ce « Beauvau de la sécurité ». Dans ce débat, chacun doit accepter de faire un pas vers la perception de l’autre. Les agitateurs qui présentent l’ensemble des policiers comme des ennemis doivent cesser cet amalgame déshumanisant, injuste et à haut risque. Les citoyens qui voient la police comme les sauveurs, des attentats et des violences, doivent admettre que cet héroïsme n’empêche pas une vraie montée du racisme et de la brutalité. On peut refuser de nommer les brutalités policières. Elles existent et salissent l’uniforme.

Plusieurs facteurs l’expliquent sans le justifier.Le « Beauvau de la sécurité » doit servir à se parler franchement de ce climat

Entre les attentats, la peur constante de se faire tirer dessus, les heures passées à monter des gardes, la violence croissante des mouvements sociaux, la fatigue s’accumule. Cette usure libère la colère et un racisme débridé qui monte sur les réseaux sociaux comme dans l’ensemble de la société.

Le « Beauvau de la sécurité » doit servir à se parler franchement de ce climat.

Le dialogue sera pourtant loin d’être équilibré, entre un État en situation de très grande fragilité d’un côté, et des syndicats de policiers que l’on applaudit à la moindre contestation du politique de l’autre. Isolé et déconsidéré, le gouvernement n’a pas les moyens d’imposer une réforme. Les syndicats seront tentés d’en profiter pour réclamer des avantages sans rien changer. Ce serait une erreur, pour le pays et leur métier.

La véritable clef consiste à réformer l’IGPN

Ces réformes sont nécessaires. Nous avons besoin de revoir notre doctrine du maintien de l’ordre qui a tant blessé et éborgné. De poursuivre le redéploiement d’une police de proximité, à qui l’on affecte de connaître par cœur certaines rues et certains territoires, pour rétablir la confiance. Un atout qui améliore la vie quotidienne, la sécurité et le renseignement. Tout le monde y a intérêt. Encore faut-il s’en donner les moyens, et ne pas tout dépenser pour acheter la paix syndicale. Revaloriser le salaire des fonctionnaires de police paraît bien légitime, mais la France mérite mieux que le statut quo en échange.

Le renforcement des programmes de sensibilisation au racisme n’y suffira pas. Il faut bien entendu améliorer le signalement et la sanction de comportements non républicains. Que des policiers puissent les signaler sur une plate-forme, en toute confidentialité, pour que la police des polices enquête sur leurs confrères représente une vraie piste. La véritable clef consiste à réformer l’IGPN pour garantir à la fois son indépendance et son efficacité.

Ce débat sera difficile à mener. Mais peut-on se permettre d’aller vers une crise économique majeure et une décompensation physique post-épidémie sans avoir rétabli, au moins, cette confiance ?

Caroline Fourest, Marianne, 29/1/2021