La République n’est pas imam

C’est une erreur que commettent tous les responsables politiques désireux d’agir sur le dossier « islam ». Croire que l’État peut structurer le culte à son avantage. Souhaiter une « charte » par laquelle les imams s’engageraient à respecter les valeurs de la République. Presque tous les ministres de l’Intérieur et présidents s’y sont cassé les dents, de Jean-Pierre Chevènement à Nicolas Sarkozy. Pour une raison simple. Ce n’est pas à l’État laïque de dicter la théologie.

Si la République veut se faire respecter, elle peut sanctionner les ministres du culte incitant à la haine ou à la sédition, comme le prévoit la loi de 1905 ou le projet confortant les « principes républicains ». Refonder la Fondation pour l’islam de France, revoir sa composition, pour qu’elle serve enfin à filtrer les donations étrangères. Toute autre approche est vouée à l’échec.

On comprend la tentation de ce volontarisme bonapartiste en regard de la situation sécuritaire. Il y a juste un problème. Le gallicanisme n’a jamais marché. Ni pour l’islam, ni pour le catholicisme. Il échouait déjà du temps de la Constitution civile du clergé de 1790. Avant la séparation, la République croyait naïvement lutter contre la sédition des prêtres en leur faisant jurer fidélité. Les prêtres « jureurs » ont été discrédités. Les « réfractaires » ont gagné en prestige et en radicalité.Tout sera déployé pour convaincre les fidèles qu’ils défendent l’indépendance de l’islam

C’est exactement ce qui est en train de se passer avec la « Charte de l’imamat » voulue par Emmanuel Macron. Si les radicaux acceptaient de la signer, la République validerait une tartufferie. La signature papier de fondamentalistes croyant à la supériorité de la loi religieuse n’ayant aucune valeur. Sans surprise, ils refusent de la signer avec éclat et retournent l’opération à leur profit. Comme chaque fois, depuis 1997.

On connaît par cœur le scénario. Les tribunes pour se plaindre de l’« islamophobie d’État », la LDH qui se porte à leur secours, les partisans de la liberté religieuse et les journaux anglo-saxons à leur chevet. Tout sera déployé pour convaincre les fidèles qu’ils défendent l’indépendance de l’islam. Contrairement aux organisations musulmanes « jureuses », républicaines, qui passeront pour des traîtres et des valets. Le sentiment d’indigénat explosera. Un boulevard pour les radicaux.

Les spécialistes ont alerté, sans être écoutés. Le mal est fait. Autant en profiter pour clarifier. Puisque ni les Musulmans de France (l’UOIF), ni Millî Görüs (islamistes d’obédience turque), ni Foi et pratique (le Tabligh) n’acceptent de condamner l’islam politique ou de renoncer à persécuter les « apostats », qu’ils soient exclus du Conseil français du culte musulman. Qu’on cesse au moins d’offrir un strapontin institutionnel aux intégristes. Ils font partie du problème, pas de la solution.

Caroline Fourest, Marianne, 31/12/20