La messe ou la vie

Sans surprise, Marine Le Pen soutient les prières de rue organisées au nom du Christ. Une bienveillance accommodante sans commune mesure avec la sévérité affichée contre les prières de rue au nom d’Allah. La présidente du Rassemblement national parle alors d’« Occupation sans blindés ». À l’entendre, « ce n’est pas la même démarche ». Disons surtout que ce n’est pas la même religion… Ce qui change tout aux yeux des suprémacistes. À l’opposé des laïques, pour qui la loi et la laïcité valent pour toutes les religions.

Qu’elles occupent l’espace public au nom de l’islam ou du christianisme, les prières de rue relèvent de la même démarche : placer sa foi au-dessus de la loi. L’exacte définition du fanatisme selon Voltaire : « Ces gens-là sont persuadés que l’esprit saint qui les pénètre est au-dessus des lois. »

Si elles procèdent de la même démarche, ces prières, accordons-le à Marine Le Pen, ne relèvent pas du même contexte. Les intégristes musulmans prient dans la rue pour se compter, occuper l’espace public et passer pour des martyrs sans mosquées… Alors qu’ils en ont et qu’ils viennent parfois de loin pour faire ce coup d’éclat. Ces provocations ont, pour la plupart, cessé.

Les intégristes catholiques prient dans la rue pour protester contre la fermeture temporaire des églises pour des raisons sanitaires. Quand on y songe, c’est peut-être plus grave, en tout cas plus dangereux. En se rassemblant à plusieurs centaines pour chanter, comme ce fut le cas à Nantes, Versailles ou Toulouse, ces intégristes mettent nos vies en danger.

Faut-il rappeler que l’épidémie en France s’est brusquement accélérée à cause d’un rassemblement évangélique ? Ou le nombre de morts dues aux grand-messes censées être protégées du virus grâce à la prière, en Corée ou aux États-Unis ? La messe vaut-elle plus que la vie ?

Une organisatrice de la prière de rue versaillaise, âgée de 20 ans, nous explique qu’« une messe à la télévision, c’est trop léger pour vivre sa foi ».On aimerait lui répondre qu’une télévision, c’est aussi trop léger pour vivre sa foi en la culture. On préférerait tous pouvoir se rendre au théâtre ou au cinéma. Pourtant, ces rassemblements-là, où l’on garde un masque et où le public ne chante pas, sont interdits. Chacun fait un effort pour sauver des vies et Noël.

Car c’est aussi Noël et sa magie, des autorisations exceptionnelles pour des cérémonies encadrées, que ces prières de rue de novembre mettent en danger. Et, bien sûr, des apprentis sorciers de la politique identitaire, d’habitude toujours prompts à pleurer l’autorité bafouée, n’y trouvent rien à redire. Leur laïcité à géométrie variable n’est plus à démontrer. C’est même à ça qu’on les reconnaît. La République laïque, elle, ne connaît pas ces calculs et doit se faire respecter.

Caroline Fourest, Marianne, 20/11/2020