Génération bigote

Les jeunes sont moins « Charlie » que leurs aînés. La moitié des moins de 25 ans estime que le journal satirique « a eu tort » de publier des dessins sur Mahomet. D’après l’Ifop, qui a réalisé ce sondage, « il faut sans doute y voir l’influence des discours de “respect” et de “tolérance” à l’égard des autres, qui se traduit chez les jeunes par une opposition de principe à tout contenu potentiellement offensant pour des minorités perçues comme “dominées” ». Une vision si nébuleuse de la tolérance qu’elle profite aux intolérants, et même aux violents.

Presque un quart des jeunes interrogés ne condamnent pas explicitement les auteurs des attentats. Il faut regarder ces chiffres en face et refuser de s’y habituer. Ils dessinent un monde bigot, corseté du corps et de la glotte, comme nous n’en avons pas connu depuis l’avant-Mai 68.

LA FAUTE À QUI ?

La faute à qui ? D’abord et avant tout à la mondialisation des perceptions. La jeunesse vit sous le joug du « jugement dernier » des réseaux sociaux. Elle ne peut se permettre d’aller à contre-courant si une meute crie à l’offense. Lorsqu’une jeune lesbienne courageuse comme Mila répond à un croyant qui l’insulte au nom de l’islam en clashant sa religion, les « tolérants » sont paumés.

Ils comprennent Mila comme « lesbienne », mais plus encore ceux qui la menacent comme « croyants », et finalement « tolèrent » qu’on la change de lycée. On voit même émerger dans le monde associatif des homos qui ne veulent plus critiquer la religion. Ils préfèrent se penser comme d’abominables « pécheurs », imparfaits et fautifs, que d’avoir à trancher entre plusieurs identités.

Au nom de l’intersectionnalité, par peur d’encourager le racisme, des féministes s’excusent d’être « blanches », ne veulent plus dénoncer le viol ou le harcèlement s’il vient d’un « racisé ».

Ce n’est plus la convergence des luttes, mais de la soumission. Une dérive qui préfère le cumul des ghettos à l’émancipation collective, à force de tout penser à travers le prisme du terme de « minorités », et non de domination.

IDENTITY POLITICS

La faute à qui ? À une lecture foucaldienne déconnectée des rapports de force. À des intellos payés par des universités américaines pour importer l’Identity Politics. Aux influenceuses branchées, maquillées et poudrées en nouvelles féministes qui exploitent le filon. Aux partis politiques et aux élus locaux qui veulent le créneau. Aux gouvernements qui continuent d’envoyer Jean-Louis Bianco, un homme qui ne sait pas faire la différence entre Charlie et le rappeur Médine, expliquer la laïcité dans les lycées. Aux conservateurs de l’éducation qui ont renoncé à défendre ces dessins en classe.

Il faut ajouter des heures d’enseignement de l’histoire, de dialectique et de philosophie pour remettre l’esprit critique au cœur de l’école. Qui le fera ? C’est urgent.

Caroline Fourest

Marianne, 11/9/2020