L’espoir Kamala Harris

« Elle reste un visage bien plus avenant de l’Amérique. De ceux qui peuvent tourner la page de l’asphyxie qui nous étreint », explique Caroline Fourest au sujet de Kamala Harris, future vice-présidente des Etats-Unis si Joe Bien est élu.

De tous les pays frappés par le coronavirus, l’Amérique est peut-être celui qui mettra le plus de temps à s’en relever. Son président promettait de lui rendre sa grandeur. Il l’a mis à terre par son refus d’anticiper le pire, sa communication toxique, la façon dont il a divisé les habitants et dressé l’État fédéral contre certains gouverneurs. Une faillite politique comme l’histoire en a rarement connu.

Les États-Unis ne sont plus ni grands ni respectés. Pourtant, le sort du monde continue de s’y sentir lié. Nous ne retrouverons pas foi en l’avenir tant que la pandémie s’ajoutera au désordre mondial. Qui ira s’injecter un vaccin mis au point par Vladimir Poutine, lui dont le régime s’y connaît surtout en poisons capables d’éliminer ses opposants ? Son vassal, le tyran biélorusse, peut-être… Le monde libre, lui, espère qu’une démocratie trouvera l’antidote, sérieux et rassurant, capable de nous sortir de cet étouffement.

Le temps de commercialiser un vaccin à grande échelle, nous ne respirerons pas avant janvier 2021. C’est aussi le temps qu’il faudra à l’Amérique pour tourner, ou non, le dos à l’ère Trump, sans doute après un début de guerre civile. Même s’il perd l’élection, l’actuel propriétaire de la Maison-Blanche ne rendra pas les clefs sans feu d’artifice. De quoi seront capables ses troupes et milices armées, qui ne croient plus ni à la vérité ni à l’État de droit ? Le chaos pourrait achever l’économie américaine et son image, jusqu’à l’entrée en jeu de la nouvelle équipe.

UNE ANCIENNE PROCUREURE CORIACE, CAPABLE DE MATER LES BANQUES COMME LES VOYOUS

L’entrée en campagne réussie de Joe Biden, et plus encore la désignation de Kamala Harris comme vice-présidente potentielle, redonne l’espoir de voir ce jour arriver. Contrairement à ce que suggèrent les premiers commentaires de la presse libérale américaine, qui ressemblent de plus en plus à un test ADN, elle n’est pas seulement la première femme asiatique de « couleur » à concourir pour ce poste. C’est surtout une ancienne procureure coriace, capable de mater les banques comme les voyous.

S’il ne fallait pas faire bloc contre l’« agent orange », comme l’appelle Spike Lee, les obsédés de la « race » ne la trouveraient pas assez noire et bien trop favorable à l’ordre républicain.

De père caribéen et de mère indienne, elle est à la fois descendante de brahmane et d’esclaves, ce qui incline à la complexité. Mais c’est surtout une politicienne déterminée et stratège. Comme tous les démocrates dont les campagnes se financent à coups de millions, elle en fera des tonnes sur le « racisme structurel » qui existe aux États-Unis, sans détailler comment lutter contre les inégalités sociales. Elle reste un visage bien plus avenant de l’Amérique. De ceux qui peuvent tourner la page de l’asphyxie qui nous étreint.

Caroline Fourest