Propos de Camélia Jordana sur la police : Faisons d’une mauvaise polémique un vrai débat

Les propos tenus par Camélia Jordana sur la police  méritent mieux que des hurlements de part et d’autres.

Qui peut nier son ressenti ? Il témoigne d’un sentiment d’insécurité, la peur de délit de faciès, qui existe et grandit. Cette crainte doit nous interpeller venant d’une artiste qui a chanté la République après les attentats du 13 novembre et prend régulièrement le risque de fâcher les intégristes. Rien ne justifie le torrent d’insultes qui s’abat sur elle.

En revanche, on a le droit de lui répondre. Surtout lorsque son émotion sincère l’amène à présenter une exagération comme « un fait ». Lorsqu’elle déclare que « des hommes et des femmes se font massacrer [par la police] quotidiennement en France, pour nulle autre raison que leur couleur de peau »… C’est à la fois excessif et dangereux.

Nous ne vivons pas la situation des Etats-Unis, où le nombre d’Afro-Américains abattus au moindre mouvement par la police est affolant. En France, même les associations de victimes rapportent peu de cas. Trop. Mais le motif raciste ne suffit pas toujours à expliquer ces drames.

Ces dernières années, ce sont surtout de nombreux policiers qui ont été pris pour cibles, et même « massacrés », en raison de leur métier (Ahmed Merabet, Clarissa Jean-Philippe, Xavier Jugelé…). D’autres se blessent en tentant d’arrêter des rodéos sauvages qui fauchent des habitants de banlieue.

Le sacrifice des uns ne doit pas cacher la blessures des autres. Il faut évidemment sanctionner tout dérapage raciste qui salit l’uniforme, humilie des citoyens, détruit le sentiment d’appartenance à la République, en plus de susciter la suspicion et donc de compliquer la tâche quotidienne de la police.

Mener ce débat en profondeur sans creuser les plaies suppose de respecter les faits, leur complexité, d’examiner le contexte de chaque affaire, sans victimisation à outrance ni tout ramener à l’identité. J’y crois entre personnes de bonne volonté.

Caroline Fourest