Éloge de la responsabilité

Face à un risque sanitaire, la solution ne vient pas que d’en haut. C’est l’affaire de tous, surtout si nous voulons éviter le « stop and go », ce reconfinement à la moindre flambée.

S’il est bien normal que chacun ait un avis, surtout en période de crise, il est sain d’en changer. Quand les données sont connues d’avance, l’inconstance frise la faiblesse. Lorsqu’un virus s’improvise « maître des horloges », même celui qui pensait pouvoir les régler doit s’adapter. Cela ne veut pas dire qu’il faut subir, éternellement, le tempo du Covid.

Lorsque la trotteuse des contaminations s’est mise à galoper, qu’un individu en infectait plus de trois, il n’y avait guère d’autre choix que de confiner. Inconscient du danger la veille, beaucoup pensaient qu’il fallait s’emmurer plus tôt. Demain, les mêmes hurleront que cette enceinte de précaution a détruit nos vies. Ils n’ont pas tort chaque fois, mais jamais au bon moment. Ce qui revient à se tromper.

HAPPY FEW

Qui le leur reprochera ? Dans deux ans, nous serons en période électorale, emplis de mauvaise foi et à couteaux tirés. Les polémiques ne porteront plus sur le risque sanitaire immédiat, mais sur les conséquences sociales et économiques du combat contre le virus. Une dette affolante. Une croissance enterrée six pieds sous terre. Un PIB plombé. Des milliers de faillites, des vagues de chômeurs, de suicides et de dépressions. Sans parler des coups reçus et des enfances brisées.

Pour quelques happy few ayant passé un confinement joyeux en rêvant au monde d’après, les cabossés crieront leur colère. Les premiers voteront écolo. Les seconds pour celui qui criera vengeance, en postillonnant bien fort.

MYTHE DE LA DÉCISION PARFAITE

Tous sauront exactement ce qu’il fallait faire. Puisque tous croient au mythe de la décision parfaite. La réalité, c’est que, en période de crise, le choix n’est plus entre le bon et le moins bon, mais entre le mauvais et le moins mauvais. Qu’on ouvre les parcs et les gens s’agglutinent. Qu’on les ferme et les gens se retrouvent à huis clos, où le risque de contamination est plus élevé. Qu’on laisse les êtres circuler et le virus s’éparpille. Qu’on les enferme en zone rouge et ils surchargent leurs hôpitaux, en plus de plomber le tourisme intérieur.

Face à un risque sanitaire, la solution ne vient pas que d’en haut. C’est l’affaire de tous, surtout si nous voulons éviter le « stop and go », ce reconfinement à la moindre flambée. Rien ne serait plus destructeur que de suspendre à nouveau nos existences à ces chiffres n’intégrant que les victimes du Covid, sans voir celles que tuent ces coups d’arrêt. Ces hoquets pourraient briser la reprise et nos vies, de façon plus dévastatrice encore que le virus lui-même. Tout doit être fait pour l’éviter.

Cela suppose un gros mot : la responsabilité collective. Faire attention, au lieu de chercher un bouc émissaire. Pas vraiment notre fort. Pourtant, c’est bien cette sagesse, et non la colère, qui peut nous permettre d’éviter le pire. Attendre qu’on nous renferme, se suicider socialement, par peur de mourir.

Caroline Fourest

Marianne