Les obsédés de la race et de l’identité pendant l’épidémie

La tragédie que nous traversons devrait relativiser nos querelles identitaires au lieu d’affaiblir notre immunité collective. Non, ce virus ne révèle pas de « privilège blanc », comme l’a écrit Rokhaya Diallo dans un journal turc. Pas plus qu’il ne cible les Noirs ou les Latinos, comme le laisse croire le prisme déformant des statistiques ethniques. Si ces deux communautés sont plus durement frappées aux Etats-Unis, ce n’est pas en raison de leur couleur de peau, mais de la pauvreté, d’une mauvaise alimentation, du diabète et de l’obésité, deux facteurs de comorbidités. En France, que l’on soit blanc ou pas, c’est en Seine-Saint-Denis que l’on tombe davantage. Parce que le département est moins bien doté, plus densément peuplé, et qu’il concentre toutes les petites mains en première ligne, des livreurs aux soignants.

LE VIRUS QUI RÔDE N’EST PAS RACISTE

Les riches meurent aussi. Mais la misère sociale affaiblit. Il arrive que cette fragilité soit le fruit de mécanismes racistes. Il demeure infect de parler de « privilège blanc » à propos du coronavirus. Comme il serait absurde de parler de « privilège féminin » parce que les femmes résistent mieux. Plaquer ses obsessions identitaires nuit déjà gravement à la lutte contre les discriminations. En période de pandémie, c’est une terrible erreur de diagnostic.

Le virus qui rôde n’est pas raciste. Il vient faucher les plus fragiles. Nous ne l’affronterons pas en recyclant nos vieilles grilles de lecture, mais en acceptant de regarder la situation à la loupe, au microscope. C’est valable pour les identitaires comme pour les universalistes, qui ne doivent pas refuser les mesures ciblées si une stratégie sanitaire et sociale l’exige, ni exclure certains facteurs génétiques. Aucun a priori ne doit nous empêcher de chercher une parade collective. Cette quête doit nous souder.

LES ÉPIDÉMIES RÉACTIVENT TOUJOURS LA PEUR DE L’AUTRE

Hélas, nos divisions n’ont pas fini de bouillir. Elles incubent sous cloche. Une fois soulevées, elles pourraient même flamber. Les épidémies réactivent toujours la peur de l’autre. L’étranger, le différent, celui qu’on associe à une maladie, comme le sida. Avec l’angoisse, les obsessions empirent, et troublent la vision.

On éructe en voyant tant de monde au marché de Barbès, mais sourit lorsque des abrutis mettent du Dalida à fond pour encourager les gens à danser contre le confinement. On trouve normal que cette provocation soit contrôlée, mais appelle à la révolte ailleurs. On s’inquiète de voir des quartiers violer le confinement à cause du ramadan, mais tolère que Saint-Nicolas-du-Chardonnet ait organisé une messe clandestine et que le maire de Tours se soit rendu à une cérémonie pour « bénir » sa ville ! C’est pourtant l’une des règles qui doit nous unir. L’interdiction de se rassembler. Qu’il s’agisse d’un concert, d’un match ou d’une fête religieuse. Sans passe-droits ni querelles inutiles. Notre santé vaut mieux que la guerre des identités.

 

Caroline Fourest

Marianne