Les failles françaises

Face au virus, notre pays possède mille atouts pour ne pas tomber à genoux. Mais cumule aussi les handicaps pour se relever.

Faille 1 : le manque de légitimité du gouvernement. Une majorité de Français n’a pas voté pour Emmanuel Macron, mais contre Marine Le Pen. Ce manque de légitimité initiale a débouché sur une crise de confiance éruptive, mise en lumière par la fronde des « gilets jaunes ». Elle s’aggrave à chaque faux pas dans la gestion de la pandémie. Le manque de masques et de tests, le retard du confinement pour cause de municipales, les cafouillages de communication pour masquer la pénurie, sans parler du comportement calamiteux de l’ancienne ministre de la Santé, ont achevé de briser le lien national. Il est pourtant indispensable pour faire face ensemble.

Faille 2 : le virus de la défiance. Soyons honnêtes. Les Français n’ont pas attendu ce gouvernement pour être maladivement défiants. Les enquêtes du Cevipof montrent que cette colère contre les institutions est ancienne et l’une des plus élevées d’Europe, voire du monde. Alors que le gouvernement britannique a tout raté, les Anglais restent soudés. Tandis que nous nous déchirons pour un rien, prêts à suivre la moindre éructation ou la moindre bouffée délirante. Ce mal est aussi dangereux que le virus lui-même. Il risque de pousser à nous affranchir de règles pensées pour nous protéger collectivement.

TECHNOCRATIE

Faille 3 : des entrepreneurs et des salariés qui attendent trop de l’Etat. Nous croyons tellement à l’Etat-providence que nous avons fini par oublier qu’il ne tombait pas du ciel. Face à une crise de cette ampleur, il nous faudra tous revoir nos habitudes pour rattraper ces deux mois d’économie à l’arrêt. Redoubler d’efforts, se montrer souples et ingénieux, imaginer des protocoles pour protéger les clients et les salariés, ensemble, au lieu de penser déjà au conflit social.

Faille 4 : un modèle trop technocrate. Notre administration et nos agences régionales de santé sont parfois d’une lourdeur handicapante. La centralité de l’Etat a au moins permis un confinement cohérent et uniforme. C’est un atout. Mais nos régions et nos municipalités seront de précieux relais pour accélérer la relocalisation, mettre en musique le déconfinement et tester au maximum la population.

Faille 5 : une égalité confondue avec nivellement. On ne sortira pas de cette crise sanitaire sans une politique sur mesure, au cas par cas, qui cible les populations à risque. Il est normal de lever le confinement pour tous, y compris les seniors, après deux mois. Il est inhumain d’enfermer qui que ce soit au-delà ! Mais en cas de nouvelle vague, nous devrons accepter de retourner en confinement – pour une durée bien plus courte – selon la région touchée, notre âge ou nos fragilités. Ce n’est pas de la discrimination, c’est viser l’efficacité. Une pandémie exige d’être habile et stratège. Soyons-le.

Caroline Fourest

Marianne