Affaire Griveaux : l’abaissement démocratique

Le viol de l’intime subi par Benjamin Griveaux annonce une société sans foi ni loi, faite de lynchages gratuits, de voyeurisme revanchard, de dégagisme puritain. Le fait que la moindre personne publique ait réagi avec décence, en exprimant son dégoût pour ce coup bas, rassure un peu. Il en va autrement de la fosse aux commentaires anonymes, où des hordes de lyncheurs chauffés à blanc rient grassement à l’idée de voir un politique ainsi mis à nu. Jérôme Rodrigues, l’un des leaders des « gilets jaunes », s’est extasié à l’idée de voir Benjamin Griveaux devoir se « laver le cul » avant de parler, tout en fantasmant une forme de justice divine punissant les politiques par où ils ont péché.

Piotr Pavlenski, l’artiste russe, se prend carrément pour Dieu. Un Dieu vengeur et moraliste. Il promet de violer la vie privée de tout politique jouant le jeu de la pipolisation sur son site obscène. A en croire son branquignol d’avocat, il assimile le régime macronien à celui de Poutine. Une absence de discernement qui ridiculise ses actes. Quand il se mutilait ou mettait le feu aux portes du FSB en Russie, on pouvait encore croire à une subversion courageuse. Maintenant qu’il met le feu en France, aux banques et à la vie politique d’un pays démocratique qui lui a donné l’asile, on se dit qu’il est juste pyromane et forcené. Beaucoup se demandent si Moscou ne nous l’aurait pas envoyé.

Depuis des années, le régime russe pousse hors de ses frontières tout activiste capable de l’embarrasser : les Pussy Riots, les Femen ou Piotr Pavlenski. La méthode est simple. Il suffit de les arrêter pour une provocation mineure, de les condamner très lourdement pour leur faire peur, puis d’ouvrir la porte de la cage et de leur montrer la sortie. Au choix, la France ou les États-Unis.

Hormis quelques actions ratées, les Femen ont su s’acclimater. Piotr Pavlenski n’a pas su trouver cette mesure qui protège la subversion de la destruction. Il ne risque pas d’y arriver en fréquentant des révolutionnaires aux petits pieds. Juan Branco se donne visiblement des frissons bourgeois en se répétant devant sa glace que la France de Macron sombre dans la dictature. En vertu de quoi, tous les moyens sont permis. « Outer » l’homosexualité d’un secrétaire d’Etat ou « leaker » une conversation privée entre François Ruffin et Emmanuel Macron, avant l’arrivée de ce dernier à l’Élysée. Imaginer des complots à chaque coin de rue ou menacer de violer la vie privée du moindre adversaire. Une vraie branlette politique que cette ligue sans morale a l’indécence de nous imposer.

S’il existe un risque de dictature, il vient de ces petits commissaires politiques et de leur justice vengeresse, expéditive et sans recours. De dégagistes séditieux qui ne savent ni accepter le résultat d’une élection, ni respecter les lois. Le comble est qu’ils s’abritent derrière la morale et la chasse aux hypocrites. Invoquer la règle – déjà contestable en soi – de l’outing est totalement injustifié. Les rares activistes homosexuels y ayant songé pensaient à des hommes politiques homosexuels militant ouvertement, et de façon haineuse, contre l’homosexualité. Benjamin Griveaux n’a jamais interdit à quiconque de s’aimer, ni donné de leçon sur la sexualité à quiconque. Il a tout à fait le droit de poser avec sa femme dans Paris Match, et de l’aimer, sans être blâmé ou humilié pour une liaison.

FAUX JUSTICIERS

Le site Pornopolitique ne pratique pas l’outing, mais la « porno revanche ». Ce procédé dégueulasse, consistant à humilier un partenaire sexuel – et dont les femmes sont le plus souvent les victimes -, doit être sanctionné. Ce que rend très difficile la protection de l’anonymat et de sites hébergés dans des paradis légaux. Me Richard Malka, l’avocat de Griveaux, a porté plainte contre X. La justice mettra des mois à retrouver – si elle y parvient – un responsable légal. Chaque jour qui passe, les images diffusées par le site pornopolitique.com continueront de nuire, en toute impunité, à notre démocratie.

Elle progresse quand des courageux dénoncent des mœurs politiques portant atteinte à l’État et à la loi commune. Elle s’abaisse quand une poignée de faux justiciers contournent la loi pour pratiquer la police des mœurs. Voilà bien la dictature qui nous guette. Que des tyrans narcissiques en profitent pour appliquer la loi du plus fourbe et du plus violent. Si nos lois ne s’appliquent plus, nous ne sommes plus en démocratie.

Caroline Fourest

Marianne