La malédiction des anti-PMA

C’est une pluie de sauterelles qui s’abat régulièrement sur nos vies. A chaque avancée, des esprits s’étourdissent et se cabrent. Ils en ont le droit. Et nous, celui d’être lassés. C’est fatigant de devoir constamment les rassurer, juste parce qu’ils ont peur de la foudre. Comme au moment du mariage pour tous, une poignée de députés conservateurs – excités en amont par les Associations familiales catholiques et le Vatican – se prépare à un déluge d’amendements pour ralentir les débats.

Thibault Bazin est l’un d’eux. Au cours de sa jeune vie de député, il a déjà tenté plusieurs croisades ayant échoué à marquer l’histoire : interdire les chewing-gums à l’Assemblée nationale, stériliser les chats errants et autoriser la chasse aux loups. Pour la révision des lois bioéthiques, il a déposé plusieurs centaines d’amendements (parfois des copiés-collés). Il va mener l’obstruction pendant des semaines, tel un chewing-gum collé à chaque article. Et après ?

On le sait bien, ils le savent bien, tout le monde sait, ces déluges d’amendements ne servent à rien. Un seul argument sensé vaut mieux qu’une pluie de mauvaise foi. La loi passera. Mais ces députés ne sont pas là pour améliorer la loi, ni même pour la contrer. Ils sont là pour exister. Quand on est conservateur, il n’y a qu’au moment des sujets de société qu’on peut s’offrir un bain de foule et battre le pavé. On comprend leur excitation. Qu’ils prennent garde, toutefois, à la malédiction. Non pas celle que redoute François-Xavier Bellamy pour la France. Celle qui frappe les antilibertés. Car celle-là s’est maintes fois avérée.

Qui croit encore que le monde va mal à cause du mariage pour tous ?

Après avoir prédit la fin du monde, connu la gloire fugace et l’ivresse de l’obstruction, les chevaliers de l’apocalypse disparaissent de l’histoire. Balayés. Oubliés. Comme une poussée de fièvre honteuse. Les seuls qui ont survécu, comme M. Estrosi, ont fini par inaugurer des centres LGBT dans leur ville pour se faire pardonner. Les autres, comme M. Mariani, ont échoué à l’extrême droite. Mais qui se souvient de M. Door ou de M. Plagnol, qui rivalisaient de saillies homophobes pendant les débats précédant l’adoption du Pacs ?

Ils nous prédisaient le sort de Sodome et Gomorrhe, la fin du monde, des pluies de cendres et une ribambelle de mariages entre cousins ou avec des animaux. La loi votée, leurs prophéties les ont ridiculisés. Le mariage a survécu. Des milliers de couples ont trouvé leur bonheur grâce à ce contrat plus souple. La vie a continué. Un mariage entre cousins avait été célébré. Mais il datait et concernait Christine Boutin, meneuse de la fronde contre le brouillage des repères familiaux.

Au moment du mariage pour tous, Mme Boutin s’est bizarrement effacée. Pour laisser place à Frigide Barjot et à une nouvelle fournée de députés surexcités. On a ressorti les tee-shirts, roses et bleus. On s’est remis à crier à la fin du monde. Cette fois, la hantise du progrès a rencontré la folie contagieuse des réseaux sociaux et la haine des institutions, jusqu’à déborder de violence dans les rues. L’esprit de fronde régnait. Paris ressemblait à un champ de bataille. Et la France s’est crue en guerre civile. Tout ça pour quoi ?

Qui croit encore que le monde va mal à cause du mariage pour tous ? Devenu le leader d’une droite sectaire et groupusculaire, Laurent Wauquiez n’a jamais retrouvé sa stature nationale après avoir mené ces manifs en imperméable rouge. Pas même lorsqu’il a troqué l’imper contre un gilet jaune, qu’il ne se souvenait plus avoir porté tellement il aime se déguiser.

Est-ce la malédiction qui attend François-Xavier Bellamy ? Il aurait tout intérêt à tester le trajet inverse. Venir de la droite traditionaliste et tenter le chemin surprenant d’une droite républicaine qui sache garder son calme à l’occasion de ces débats. Qui regarde un peu plus loin et s’élève.

Notre famille à tous s’est élargie. Tout comme notre horizon. Nos forêts prennent feu sous l’effet de la déforestation et du réchauffement climatique. La planète crève de surpopulation et de pollution. Des jeunes se lèvent pour nous demander d’arrêter de consumer leur avenir. Et les traditionalistes pensent sauver l’avenir en interdisant la PMA pour toutes ? S’ils le croient vraiment, c’est leur malédiction. Pas celle de ceux qui tentent de déjouer la fatalité.

Caroline Fourest
Marianne

20/9/19