Machisme brésilien

C’est la grande rentrée des misogynes. Après deux ans de #MeToo, on sent bien que certains craquent à force de se serrer la ceinture ou la braguette.

Ça déborde de partout. A la télévision française, impossible de zapper sans tomber sur un prédicateur ou un réalisateur accusé d’agressions sexuelles se comparant à Dreyfus, si possible au micro d’un animateur désireux d’étaler sa virilité.

La revanche n’est pas que culturelle. Elle est politique. Au moment où le monde se fatigue déjà des avancées du féminisme, le populisme machiste reprend le manche. Aux Etats-Unis, en Italie, en Pologne, en Hongrie, en Russie, c’est à qui aura la plus grosse. Donald Trump se vante d’attraper les femmes par la chatte. Vladimir bande ses muscles pour poser torse nu. Mais le plus affligeant reste le spectacle infligé par le président brésilien.

Ses attaques sur le physique de Brigitte Macron présentent tous les signes d’une misogynie aiguë. Comme toutes les violences envers les femmes, elles nous parlent avant tout de la fragilité de ces hommes peu sûrs de leurs charmes et de leur pouvoir réel.

Bolsonaro essaie visiblement de se convaincre qu’il peut pisser plus loin, jusqu’en France. Pour faire oublier que ses lances peinent à éteindre les milliers d’incendies qui dévorent l’Amazonie. Mettre le feu aux poudres, il sait faire. Ce n’est pas très compliqué. Il suffit de doubler la déforestation, de se goinfrer en bon prédateur sexuel de la planète, et de laisser le réchauffement climatique allumer la mèche. Pour détruire et briser, vraiment, les machistes s’y connaissent, et depuis des siècles. C’est pour soigner et réparer qu’ils manquent de talent.

A se demander s’ils n’ont pas dû payer toute leur vie pour qu’une femme accepte de souffrir leur compagnie.

Le président brésilien est taillé pour protéger l’Amazonie comme une crevette. Il possède une résistance au feu digne d’une briquette de barbecue. D’où sa très grande gêne de petit garçon, quand le monde entier se tourne vers lui pour lui demander de prendre soin de notre poumon. Il n’a tout simplement pas supporté que le président français lui fasse calmement la leçon au G7. Mais, comme il est un peu lâche, il s’en est pris à l’épouse de ce dernier, en comparant son physique à celui de sa propre femme, qui a 37 ans. « Vous comprenez maintenant pourquoi Macron persécute Bolsonaro ? » On comprend surtout pourquoi il a épousé une femme trophée… Pour botter en touche quand il n’est pas foutu d’éteindre un incendie qui menace la planète.

Son crachat minable contre la première dame n’avait qu’un but : masquer son impuissance auprès de son public. Des électeurs tout en raffinement. On les imagine se disant : « C e n’est pas si grave d’avoir élu un incompétent qui ravage notre héritage et celui de nos enfants… Puisqu’il se tape une meuf plus jeune que celle de Macron ! »

C’est quand même fou l’état dans lequel se mettent ces messieurs à l’idée qu’un homme de pouvoir puisse aimer une femme plus âgée. Au lieu de choisir une imbécile docile, une poupée qu’on présente à ses copains chefs d’Etat, pour la ranger ensuite dans son dressing, tellement sa conversation embarrasse. Comme cela doit être épanouissant de vivre aux côtés de Melania Trump et de discuter des affaires du monde. Toujours plus, vous me direz, que de vivre avec Donald Trump et de le laisser être en charge du monde.

Au Brésil, l’élégant Paulo Coelho est si embarrassé par son président qu’il a demandé pardon à la France. On lui souhaite, comme à tous les Brésiliens, de retrouver vite un représentant, ou une représentante, qui ne détruise pas leur pays et leur réputation aux yeux du monde entier.

Toute honte bue, Bolsonaro a d’ailleurs fini par retirer son tweet. Mais le concours de crachats contre Brigitte Macron continue. Le ministre brésilien du Tourisme, puis celui de l’Economie ont lâché qu’ils la trouvaient « vraiment moche » . C’est le mot qui vient en voyant la photo de ces poids lourds du gouvernement brésilien. Le premier ressemble à un pitbull, en moins intelligent. Le second, avec sa touffe dégarnie et ses bajoues tombantes, ne pourrait pas concourir à un prix de beauté pour bassets.

A se demander s’ils n’ont pas dû payer toute leur vie pour qu’une femme accepte de souffrir leur compagnie. C’est ce qu’on se dit. Mais nous ne sommes pas ministres. Nos propos ne vont pas déclencher une tempête diplomatique. Ni embarrasser toute une nation. Et l’on ne fait que répondre à leur violence verbale sur le physique des femmes. Parce qu’elle a trop duré

13/9/19

Caroline Fourest
Marianne