Qui a la plus grosse parade ?

Le torchon brûle entre Paris et Washington. La lune de miel entamée lors de la visite officielle du 14 juillet 2017 est terminée, après deux ans de mariage à peine consommé. Habile en séduction, le président français avait déployé tous ses atours pour hypnotiser le président américain dès son élection. Puisque la première puissance mondiale venait de choisir un sale gosse, il s’est dit qu’il devait l’amadouer avec des jouets. La parade militaire, les avions, les tanks, un dîner aux chandelles au sommet de la tour Eiffel, c’était bien tenté. Donald Trump était reparti de sa visite enchanté, chaviré même. On peut se vanter d’attraper les femmes par la chatte, être la cible de plusieurs accusations d’agressions sexuelles, et fondre comme une midinette. Attention toutefois au retour d’hormones. Bien vite, Donald Trump s’est rappelé qu’il était un petit garçon. Et qu’il voulait toujours avoir la plus grosse… des parades.

Il l’a montré, au monde entier, le 4 juillet dernier. En ouvrant sa braguette, en cassant « sa » tirelire et en organisant, pour la première fois de l’histoire de son pays, la plus grosse et longue parade militaire de l’histoire des Etats-Unis. Un concours de jouets qui a coûté près de 92 millions. Pour trouver le budget, on a coupé dans les subventions allouées aux parcs nationaux et même dans ceux de la Homeland Security, en charge de la sécurité nationale !

Tout ça pour une grosse parade que personne n’a voulu regarder. La pelouse est restée vide. Le ciel gris couvert laissait à peine entrevoir les avions qui volaient. Entre la pluie et le boycott de certains généraux, trois pelés et un tondu ont vraiment savouré le défilé.

Cette parade militaire n’est pas du tout dans l’habitude des Etats-Unis. L’indépendance ne s’est pas gagnée à coups de baïonnettes, mais à force de débats, pour s’unir. L’armée, qui a été si divisée entre le Nord et le Sud, n’est pas le symbole de l’union nationale comme en France. Là-bas, l’image de chars roulant aux ordres devant le chef de la nation évoque moins le 14 juillet que les parades de Staline… Certes, depuis Reagan, il arrive que le président américain rende hommage à l’armée. Mais, à part Harry Truman et Richard Nixon pendant la guerre du Vietnam, personne n’avait osé prononcer un discours destiné à politiser une date aussi sacrée.

L’homme qui voulait rendre sa grandeur à l’Amérique a réussi à en faire la risée du monde.

Et quel discours ! Droit dans ses bottes, Donald Trump a expliqué que l’armée révolutionnaire américaine de 1775 avait libéré le pays en prenant… les « aéroports » ! Les journalistes ont sursauté. Pas ses fidèles. Il a fallu attendre les checknews pour que l’électorat trumpiste réalise qu’il n’existait pas d’aéroports au XVIIIe siècle. Et encore. Ils prennent sans doute ce rappel historique pour une fake news. A la Maison-Blanche, tout de même, on a dû trouver une excuse pour justifier pareille bourde. Une erreur de prompteur. Le président aurait eu du mal à lire à cause de la pluie… Amusant quand on sait que Trump n’a cessé de reprocher à Barack Obama d’utiliser un prompteur. Lui ne sait donc pas lire.

Malgré ses bourdes, peut-être même à cause d’elles, ce qui est encore plus déprimant. La honte de la République. Et ce n’est pas fini. L’époque glorifie tellement la médiocrité qu’il pourrait bien faire un second mandat, avant de passer le relais à sa fille, comme dans les rêves les plus fous de la famille Le Pen.

En bon monarque, Donald Trump impose Ivanka dans toutes les réunions entre grands de ce monde. Une vraie incruste, qui a été remarquable par sa grossièreté lorsque Ivanka Trump a interrompu une conversation entre Christine Lagarde, Theresa May et Justin Trudeau au G 20. Tout ça pour babiller des banalités, sous leurs regards effondrés. Une faute de goût, qui a été filmée. La vidéo a été diffusée par la présidence française. Elle a fait se gondoler le Web, pas vraiment la Maison-Blanche, enragée, et qui le fera payer.

Le G7 de Biarritz sous présidence française s’annonce glacial. La parade nuptiale est terminée. Pouvait-on l’éviter ? Tant qu’un clown occupera la Maison-Blanche, la communauté internationale ressemblera à une mauvaise farce.

Caroline Fourest
Marianne
10/7/19