Les enjeux d’un G7 sur l’égalité

En août prochain, la France accueillera le G7 à Biarritz. La dernière fois qu’elle avait hébergé ce sommet (un G8), c’était à Deauville en 2011. Les sujets sur la table ne manquent pas : sécurité, lutte contre le terrorisme, développement, éducation, santé, environnement, changement climatique. La présidence française a souhaité placer également ce sommet sous le signe d’une « diplomatie féministe ».

La secrétaire d’Etat à l’Egalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, a multiplié les visites à l’étranger, au Burkina Faso ou aux Etats-Unis, pour chercher des alliés et convaincre ses homologues américain, britannique, italien, allemand, canadien et japonais de signer une déclaration commune. Ce qui était évident il y a quelques années ne l’est plus depuis que Trump préside l’Amérique.

Il y a quelques semaines, à l’ONU, la délégation américaine a vidé de sa substance une déclaration visant à reconnaître le viol comme arme de guerre afin de mieux accompagner ses victimes. Le texte était symboliquement porté par Denis Mukwege et Nadia Murad, tous deux prix Nobel de la paix. A la tribune, le médecin congolais « qui répare les femmes » a souhaité l’établissement de tribunaux dévolus au jugement des coupables de violences sexuelles dans les conflits. La survivante yézidie s’est émue que « pas une seule personne [n’ait] été traduite en justice pour esclavage sexuel ». A ses côtés, l’avocate Amal Clooney a réclamé un « Nuremberg » contre ces violences sexuelles. Ils n’ont pas été entendus.

Le texte originel, proposé par l’Allemagne, suggérait d’imaginer un organisme international pouvant juger les coupables et accompagner leurs victimes. Une ambition mort-née en raison du blocage américain, russe et chinois. Trump comme Poutine ne veulent surtout pas qu’une nouvelle cour internationale puisse juger leurs « boys ». Pas plus tard que le 7 mai dernier, le président républicain a gracié un soldat américain accusé de crime de guerre en Irak.

Souhaitant donner des gages aux fanatiques de leur droite religieuse, les Etats-Unis ont également fait supprimer toute référence aux « droits reproductifs et sexuels » pour les victimes. En d’autres termes, ils se battent contre le subventionnement de programmes permettant d’accompagner les victimes de l’esclavage sexuel de Daech en cas d’avortement. C’est dire si les pays les plus riches de la planète ne sont plus d’accord pour montrer l’exemple en matière de droits des femmes. Ce qui rend le prochain sommet de Biarritz si délicat, et en même temps si important.

Au nom de la « diplomatie féministe », la France souhaite mettre l’accent sur la lutte contre l’excision et les mariages forcés, l’éducation des filles, l’accompagnement des victimes de violences sexuelles. Le président Macron et la secrétaire d’Etat portent également l’idée de faire pression sur les Gafam pour réguler les réseaux sociaux en matière de « porno de revanche » (des photos intimes publiées pour humilier les femmes) et de cyberharcèlement.

Un souhait tout particulièrement formulé par les membres du Conseil consultatif pour l’égalité femmes-hommes. Un conseil mis en place par le Canada, dont le principe est repris par la France. Composé de personnalités féministes, comme Nadia Murad ou Emma Watson (j’en fais partie également), il est chargé d’élaborer un bouquet législatif. Un catalogue de « bonnes lois » permettant de faire avancer les droits des femmes, comme la loi française pénalisant le harcèlement de rue. Les pays membres du G7 doivent s’engager à en voter au moins une d’ici au prochain sommet. Ce n’est qu’un petit pas, mais nous vivons dans un monde où il est déjà admirable de ne pas reculer.

Réunis à Paris, les ministres des droits des femmes du G7 ont fini par signer cette déclaration commune, avant d’être conviés à écouter ce que la société civile avait à leur dire. Portant la parole du conseil consultatif, parmi d’autres intervenants, Emma Watson les a sommés de défendre l’universalité des droits, l’accompagnement des victimes de violences sexuelles de guerre et les droits reproductifs. Une prestation pleine de force que la ministre américaine a applaudie, le sourire légèrement pincé. Le vrai barrage contre le recul des droits des femmes ne peut venir de la « diplomatie féministe » seule. Pour tenir, il faudra qu’une société féministe résiste à l’élection et à la réélection de chefs d’Etat misogynes.

Caroline Fourest
Marianne, 18/5/19