Que faire de nos djihadistes ?

A part leurs familles, et encore, personne n’a envie de les voir revenir. Nos gouvernants n’ont négligé aucun effort, ni drones, ni opérations spéciales, pour éliminer un maximum de terroristes en Irak et en Syrie.

C’est une chose d’abattre un ennemi en plein conflit. C’en est une autre de tirer une balle dans la tête d’un prisonnier. Le premier est un fait d’armes. Le second est un crime de guerre. Cette frontière – que la perversité djihadiste nous pousse constamment à brouiller – sépare la sauvagerie de l’humanité. Nous n’avons pas gagné cette guerre contre la barbarie pour devenir des monstres.

De combien de prisonniers parlons-nous ? Cent trente, selon des fuites dans la presse. Le gouvernement reste vague. La ministre de la Justice a simplement précisé qu’il s’agissait en majorité de femmes et d’enfants.

Beaucoup ont moins de 7 ans. Ce chiffre et cette proportion risquent d’évoluer. La dernière poche de l’Etat islamique se vide et se rend. Un grand nombre de combattants étrangers y sont retranchés. Il faut s’attendre à une centaine de prisonniers français, adultes et fanatisés, dans les jours qui viennent. Un vrai casse-tête. Et un boulet.

Il serait commode de laisser nos alliés kurdes et arabes continuer à s’en charger. Cela peut-il durer ?

La situation devient très instable depuis que Trump menace de retirer ses troupes de Syrie, même après ses temporisations. En cas d’invasion turque du nord de la Syrie, « nos » djihadistes peuvent se retrouver entre les mains d’Erdogan. Un homme particulièrement doué pour les recycler ou les perdre dans la nature.

La situation n’est pas la même en Irak. Un Etat reconnu, où les djihadistes peuvent être jugés et emprisonnés. Il arrive d’ailleurs que certains prisonniers interpellés en Syrie « s’égarent », avant d’être arrêtés en Irak. Un arrangement pratique pour les plus redoutables, qui ne peut devenir la règle, ni concerner un groupe d’enfants.

La solution idéale serait de reconnaître l’autonomie juridique du Rojava, cette poche du nord de la Syrie libérée par nos alliés kurdes et de la protéger contre le risque de l’invasion turque.

Une justice reconnue, honorable et fiable, pourrait alors statuer et détenir ces prisonniers en toute légalité. Qui sait, ce séjour prolongé finirait par leur donner le mal du pays.

Ce scénario est encore possible. Si la communauté internationale, si Donald Trump et si Vladimir Poutine le voulaient vraiment, on pourrait y arriver. Mais le monde tremble devant le pouvoir de nuisance de la Turquie et de l’Iran dans la région. Deux pays qui préféreront toujours les islamistes aux Kurdes à leurs portes.

A cause d’eux, nous devons nous préparer au pire : rapatrier certains prisonniers. Une fois devant un tribunal français, ils jureront n’avoir jamais combattu. Les hommes disent déjà s’être engagés comme humanitaires et les femmes, pour faire la cuisine. Faute de preuves, il sera très difficile de les enfermer pour longtemps. Une juridiction spéciale est possible, mais risque de les faire passer pour des martyrs. On entend déjà la colère des associations défendant les droits de l’homme. Il en faut. Pourtant, à la moindre libération anticipée, au premier attentat commis par un récidiviste, nous connaissons la sentence. Il ne sera plus question de « déchéance de la nationalité » mais bien de rétablir la peine de mort… à l’issue d’un référendum institutionnel ou d’un RIC – qu’entre-temps nous aurons adopté.

Dans tous les cas, c’est l’enfer. Si on les libère, ces djihadistes vont parader et tuer. Si on les enferme, ils radicaliseront les autres prisonniers. Si on les isole, ils vont devenir fous, nous coûter une fortune, et nous ne pourrons jamais les réinsérer.

Que faire alors ? Aucune solution n’est parfaite. Il faut l’accepter et s’y préparer. Faire confiance à la justice pour statuer au cas par cas. Mettre en place des programmes de désendoctrinement taillés sur mesure, à l’aide d’une armée de stratèges et de psys. Le risque d’échec est probable. Cette faillibilité, c’est le propre d’une démocratie. Et c’est notre honneur. Nos ennemis veulent que nous leur ressemblions. Nous pousser à agir comme des monstres leur permet de se plaindre, de recruter et de faire pousser une nouvelle génération de tueurs. Une fournée plus nombreuse et redoutable que quelques récidivistes. L’anticiper, c’est déjouer le piège qu’ils nous tendent.

PAR CAROLINE FOUREST
8 février 2019

Capture d’écran 2019-03-01 à 19.18.16.png