Ces grenades qui abîment

Dans la guerre des nerfs qui use notre République, on aimerait proposer une trêve. Une sorte de compromis des braves. Que les « gilets jaunes » sincères quittent le pavé sitôt que les violents rappliquent.

Que le gouvernement facilite la désescalade en renonçant aux grenades de désencerclement.

« C’est l’arme la plus dangereuse qui puisse exister et dont l’utilité en matière de maintien de l’ordre n’a jamais été démontrée. »

L’homme qui a tenu ces propos au micro d’Yves Calvi sur RTL n’est ni un dangereux gauchiste ni un ravi de la crèche. Alain Bauer connaît son sujet. Avec sa franchise et son ton acide habituel, le criminologue décrit une situation explosive, où l’usage intempestif de grenades et de Flash-Ball sert à masquer l’épuisement de nos forces de police.

On les sait au bout du rouleau. A force de monter la garde contre le risque d’attentats, les horaires et les cadences sont devenus infernaux. Sans même pouvoir reprendre leur souffle, les voilà au contact de nervis qui ont décidé de transformer le moindre mouvement de protestation en tentative d’insurrection, façon jacquerie ou Cagoule. La tension monte et les foules se durcissent, mais les effectifs du maintien de l’ordre, eux, fondent comme neige au soleil. Pour faire des économies, des compagnies de CRS ont été supprimées. Or ce sont eux qui savent gérer les foules. Et non les policiers de la BAC ou les gendarmes qu’on appelle en renfort pour faire du maintien de l’ordre le week-end parce que tous les CRS disponibles sont déjà épuisés et mobilisés. Ces renforts à bout de nerfs, inexpérimentés en matière de maintien de l’ordre, que l’on retrouve très souvent à l’origine d’un tir de grenade ou de Flash-Ball ayant coûté une main, un œil ou la vie, comme dans le cas de Rémi Fraisse.

Nous étions déjà au bord du gouffre lors des manifestations contre le mariage pour tous, la loi Travail ou de Nuit debout. Et voilà que les « gilets jaunes » décident de s’offrir un onzième samedi de gloire sur les Champs-Elysées et maintenant des « nuits jaunes » – dans l’objectif avoué d’user les forces de l’ordre. L’ordre républicain, c’est sûr, va craquer. Ses nerfs ont déjà lâché.

Le bilan est lourd. Une collection de blessés et de gueules cassées. Combien exactement ? Moins que ne le croient les « gilets jaunes », dont les forums sont abreuvés de fake news et de photomontages. Comme ces images de manifestantes ayant la tête en sang… prises en Espagne. Ou celle de ce jeune homme, les yeux fermés et le visage noirci. Il est censé s’appeler Kevin et avoir été blessé par une grenade assourdissante à Toulouse.

En réalité, il s’appelle Ty Greer, il est canadien et a été blessé par sa cigarette électronique ! Sa photo a fait le tour du monde avant d’être détournée pour fabriquer un faux destiné à le faire passer pour une victime de l’Etat français. Au même moment, dans les rues de Paris, un envoyé de Press TV, une chaîne iranienne, explique à son public que les Français se soulèvent contre la dictature. Petite manipulation destinée à faire payer le soutien de la France aux démocrates du « mouvement vert ».

On imagine difficilement le régime des mollahs lancer une commission pour enquêter sur la disparition et la torture de milliers de jeunes ayant bravé l’interdiction de manifester à Téhéran. En France, après onze semaines de manifestations et de casse, les « gilets jaunes » ont obtenu une rallonge de 10 milliards, l’attention médiatique et un « grand débat national ». Quand un de leurs leaders est blessé à l’œil, la police des polices est immédiatement saisie. L’enquête déterminera le projectile à l’origine de sa blessure.

Nous n’avons pas besoin d’attendre ses résultats pour savoir que l’usage disproportionné de ces grenades abîme nos concitoyens, et notre pacte républicain. Les forces de l’ordre doivent être respectées. Cela suppose, malgré l’épuisement, de rester exemplaires. Que l’Etat leur fournisse les moyens, en hommes et en repos, de le rester. Renforçons ces effectifs au lieu d’autoriser ces grenades. C’est l’une des résolutions qui pourraient sortir de ce débat et de cette crise. Au milieu de mille colères brouillonnes, la crise des « gilets jaunes » aura au moins permis de pointer l’urgence de soigner l’un de nos services publics : notre police.

 

CES GRENADES QUI ABÎMENT
PAR CAROLINE FOUREST
1 février 2019