Ne touchez pas à la loi de 1905 !

Dans ce monde vacillant, où la République tremble, Emmanuel Macron envisage de toucher à l’un de ses piliers encore debout : la loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905. Officiellement pour la « renforcer », mieux contrôler les cultes et surtout l’islam. Sauf que rien ne va dans ce chantier. Ni l’esprit, ni le choix du moment.

Pourquoi diable raviver un thème si sensible au milieu de toutes les polémiques ouvertes comme les sept plaies d’Egypte ? Si Jaurès vivait encore, lui-même n’oserait pas. Comment un président aussi affaibli peut-il poser un orteil sur un dossier aussi miné ?

On aimerait croire à un sursaut. Après des mois de déni, le président comprendrait enfin l’incandescence de cet enjeu. La question posée dans sa lettre aux Français le suggère : « Comment renforcer les principes de la laïcité française ? » Ce serait donc pour la « renforcer » que le président veut modifier la loi de 1905. Un changement par rapport à toutes ses interventions précédentes.

A l’exception d’un discours, Emmanuel Macron a toujours évoqué la laïcité sur un ton de défiance. Pendant sa campagne, devant la Conférence des évêques, aux Bernardins, il a systématiquement défendu une vision libérale – presque jésuite – de la laïcité. Au point de rappeler Nicolas Sarkozy et son fumeux discours du Latran. C’est d’ailleurs devant des représentants des cultes et non les laïques que le président tient à expliquer sa réforme. Le 7 janvier dernier, il n’a rien trouvé de mieux que de recevoir le Conseil français du culte musulman et son président proche de la Turquie ! Comment peut-on envoyer un tel signal ? SaphirNews, le site des islamo-conservateurs branchés, l’a bien reçu. Eux se disent confiants. A l’inverse des principales organisations laïques qui s’inquiètent. Elles ont lancé un appel pour qu’on ne touche pas à la séparation.

Mais de quelle réforme parle-t-on ? Rien n’est clair pour le moment. Ce qui se dessine semble cumuler – « en même temps » – le pire de la tentation autoritaire et concordataire. Deux excès qui pourraient faire basculer l’équilibre fragile de la séparation. Une conception philosophique pesée au trébuchet qui n’impressionne guère les jeunes loups du « nouveau monde ». Sur ce dossier, le président a choisi de suivre l’approche très « business » d’Hakim El Karoui. D’un côté, on serre la vis, de l’autre, on ouvre le robinet sur le mode « gagnant-gagnant ».

Rien n’est plus inutile et dangereux que cette approche pragmatique et comptable. Inutile car l’article 35 de la loi de 1905 permet déjà de punir sévèrement toute incitation à se soulever contre la République depuis un lieu de culte. On peut toujours alourdir les sanctions, mais pourquoi renforcer le sentiment de réserver un traitement spécifique à l’islam ? C’est porter atteinte à l’universalité et donc à l’efficacité de la séparation.

Dans le même esprit, le président veut faciliter la possibilité de financer des lieux de culte ou la formation des imams sur fonds publics. Une trahison, qui meurtrit le principe même de séparation, et n’aura aucun effet sur la sécurité. Depuis vingt ans, la France se couvre de nouvelles mosquées et temples évangéliques, par milliers. En ajouter ne fera qu’aggraver la situation. Ces mosquées et ces imams sponsorisés par l’Etat ou des mairies n’auront aucune légitimité, ni aucun poids, face aux intégristes 2.0. En revanche, la République aura perdu son âme laïque, le barrage aura lâché, et l’extrême droite locale apparaîtra comme le dernier des remparts. Tout ce qu’il faut éviter.

Si un président voulait vraiment renforcer la laïcité, il ne toucherait surtout pas à la loi de 1905. Il la sacraliserait au contraire ! Il ferait discrètement appliquer ses articles permettant de fermer les lieux incitant à la haine contre la République. Il taperait sur les doigts des élus locaux qui la contournent. Il demanderait aux Etats du Golfe de verser leur aumône à la Fondation des œuvres de l’islam plutôt qu’à des groupes douteux. Il enverrait des psys et des philosophes lutter contre le prosélytisme intégriste en prison. Et, surtout, il rebâtirait de fond en comble un Observatoire de la laïcité dévoyé, qui n’a cessé de cautionner la propagande des antilaïques au lieu d’être utile.

Voilà ce qui « renforcerait » vraiment la laïcité. Mais qui en parlerait ?

PAR CAROLINE FOUREST
18 janvier 2019