Si j’avais crié au complot politique chaque fois qu’on m’a retiré une tribune…

Après Aude Lancelin, Michel Onfray serait donc victime d’un grand « complot politique » censé expliquer la perte de sa tribune privilégiée et royale sur France Culture… Je suis tellement lassée de lire ce genre d’âneries, lancées pour négocier, répétées en boucle sur Internet, alimentées par certains partis pour des raisons évidentes… Et plus encore de voir des gens y croire de bonne foi par méconnaissance du fonctionnement des médias.

J’ai souvent perdu des tribunes dans les médias suite à des pressions. Elles ne venaient jamais du politique ou de l’Elysée, qui a bien d’autres choses à faire et n’a pas ce pouvoir sur des directeurs de journaux ou d’antenne. Quand j’ai perdu ma chronique au Monde, alors qu’elle était très vue et très partagée sur le site, c’est parce qu’un directeur de journal a fini par céder au ballet constant de plaintes de quelques journalistes pro-Frères musulmans.

Lorsque j’ai perdu ma chronique dans la matinale de France Culture, alors qu’elle était la plus partagée de l’émission (jusqu’à 100 000 clicks, 30 000 en moyenne, alors que le podcast de l’invité de la matinale se situé autour de 2000…), c’est parce que Sandrine Treiner n’aimait pas ma façon de contribuer au débat, le faisait savoir à tous sauf à moi, et qu’elle a décidé de supprimer toute une tranche de chroniques dont la mienne. J’aurais pu à l’époque faire croire que j’étais victime d’un grand complot. Mais je déteste la malhonnêteté victimaire.

J’ai toujours considéré que personne n’était propriétaire d’une tribune à vie dans les médias, et qu’il était normal qu’elle tourne si un directeur d’antenne n’aime pas ce que vous défendez. De moi-même, je préfère travailler au sein d’équipes que je respecte. J’ai donc accepté de quitter Radio France, à regret car j’aimais cette maison follement et qu’elle me manque souvent, mais sans amertume. Et j’ai cherchée, comme à chaque fois, d’autres espaces où m’exprimer. En l’occurence, Marianne et le cinéma.

Caroline Fourest