Toxicité de l’être radical

Pervers narcissiques, psychopathes ou simples névrosés, les êtres toxiques dévorent notre temps, vampirisent notre énergie et pompent notre oxygène. Tant qu’ils se contentent de polluer la vie de leurs proches, on peut les fuir. Qu’ils prennent un drapeau, une colline, un uniforme, et il faut bien s’en préoccuper.

Ce qui frappe, quand on étudie la psychologie des êtres radicaux, c’est la similarité de leurs troubles. Il ne s’agit pas de les déresponsabiliser de leurs actes ou de leurs idées, ni de minimiser leur part de libre arbitre dans le choix d’un combat destructeur. Ce sont bien les propagandes qui dégoupillent les cerveaux malades. Il est donc urgent d’en débattre et de les désamorcer si l’on veut diminuer le risque de voir un discours pousser un être à se retourner contre un autre.

Mais l’idéologie n’explique pas tout. Le basculement vers l’extrémisme implique une rencontre entre un émetteur et un réceptacle propice. Si modernes soient-elles, nos sociétés ne sont toujours pas suffisamment préparées à prévenir certaines formes cliniques de porosité à la propagande radicale. Comme ces nouvelles pathologies narcissiques liées à l’inflation de l’ego sur les réseaux sociaux qui grossissent clairement les rangs des radicaux.

Les djihadistes qui foncent sur une foule avec une voiture-bélier ne sont pas tous fous ni motivés par le désir de poster une vidéo sur Internet. Mais ils ne sont pas non plus des êtres très équilibrés ni dénués de motivations égotiques perverses. Les nazillons qui attaquent des mosquées ne sont pas que des abrutis dégénérés, mais ce ne sont pas non plus des cerveaux élaborés ni de grandes lumières.

Et, bien sûr, le djihadiste de base ressemble beaucoup au nazillon de base. Il a la même incapacité à voir l’autre comme un autre lui-même et ce même besoin de se sentir protégé par un groupe puissant. Souvent, les radicaux s’associent à des plus violents qu’eux pour se trouver une identité et fuir leurs peurs de subir. Les mouvements de skins des années 90 regorgeaient de Franco-Arabes se rasant le crâne qui croyaient s’intégrer en défonçant celui des autres. Aux Etats-Unis, les suprémacistes racistes sont souvent des gens assez peureux, qui ont besoin de se sentir à l’abri dans une meute par manque de force individuelle. Leurs chefs sont légèrement plus élaborés. Ce sont des hommes d’ordre, qui associent le changement au chaos, au dérangement, et que la mixité ou la nouveauté font physiquement souffrir.

Les radicaux restent variés selon les postes qu’ils occupent : stratèges ou troupiers. Le leader islamiste comme le leader fasciste aime plier le monde à sa botte. Le troupier islamiste, comme le skinhead, a besoin d’appartenir à un groupe qui le rassure en menaçant les autres.

Certains sont violents, tout simplement. Leur difficulté à penser, parfois même à lire ou à écrire, ne facilite pas la domination de leurs nerfs ni de leurs pulsions. Selon leur physique ou leur opportunité, ils vont naturellement se sentir attirés par une cause qui leur offre un prétexte à dominer, sadiser, violenter, violer ou tuer.

Peut-on les traiter ? C’est toute la question de la prévention de la radicalité. Il n’est jamais simple de désamorcer un psychopathe, un sadique, ni d’apaiser un névrosé. Si, en prime, des groupes de propagande continuent à l’exciter et à lui offrir des occasions de passer à l’acte, le défi n’est jamais épuisé.

La grande nouveauté de notre époque, celle qui élargit le cercle des troupiers potentiels, c’est qu’il existait jadis toute une chaîne et tout un processus avant que le troupier ne puisse se mettre au service de l’ordonnateur d’un acte extrémiste, là où Internet connecte immédiatement une meute de radicaux. Si vous ajoutez l’adrénaline narcissique que procure l’envie de produire un exploit destructeur salué par des pairs sur la Toile, il est évident que nos sociétés doivent se préparer à être durablement secouées par cette incitation continue à la violence. D’où l’importance de soutenir des travaux et des recherches qui puissent travailler sur ces nouvelles pathologies narcissiques et l’impact de l’interconnexion. En vue d’augmenter le nombre de psychiatres dans des secteurs clés comme l’école ou la prison.

 

Caroline Fourest

Marianne, 14/4/18

Une réflexion sur “Toxicité de l’être radical

  1. Bonjour Caroline Fourest,

    Enfin de vos nouvelles !! J’ai reçu le 15 août pas loin de 10 papiers de votre part. Dans ce que vous dites et décrivez, ça confirmece que je pressens depuis toujours. Mais est-ce bien vous qui êtes à l’autre bout ? si oui répondez moi juste oui. Ainsi je vous enverrais à mon tour une promesse en chanson que je vous avais faite en mars 2018, car depuis j’ai vécu des choses pas sympas, mais on ne lâche rien.

    Bien à vous

    Hafid

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