Frère Tariq, vrais mensonges et faux complot

Même en prison, affaibli et démasqué, frère Tariq continue de manipuler les plus crédules. On connaît sa technique de défense habituelle. Chaque fois qu’il est mis devant ses contradictions ou qu’il doit répondre de ses actes, Tariq Ramadan crie au complot. Au choix, «sioniste», «islamophobe» ou «fourestien». Depuis que des femmes l’accusent ouvertement de viol, toute la gamme y est passée. C’est bien normal. Que peut-il crier d’autre ? Ce qui l’est moins, c’est la facilité avec laquelle ses ruses trompent la presse. Il aura suffi qu’il se rende à sa convocation en civière et que ses avocats annoncent une «sclérose en plaques» pour qu’une certaine presse le dise mourant. Comme si Tariq Ramadan n’était pas coutumier de ces mises en scène, victimaires et hystériques. Après trois jours de théâtre, une expertise médicale indépendante a jugé son état de santé «compatible avec sa détention». Un bilan neurologique complet a été demandé. Ce qu’il n’avait donc jamais fait…

Attendons ses résultats.

Ce dont je suis sûre, sans la moindre expertise médicale, c’est que la tête et la plume de certains «journalistes» présentent des symptômes inquiétants chaque fois qu’ils reprennent, sans vérifier ni recouper, ses éléments de langage. Alors que j’étais bien loin de cette affaire et de France, j’ai lu un titre qui m’aurait sans doute fait moins rire dans un paysage moins beau : «Affaire Tariq Ramadan : de troublants soupçons de collusion impliquant Caroline Fourest». L’article, non signé, est paru sur le HuffPost Maghreb. Un ramassis de désinformations quand on connaît précisément les faits et leur enchaînement.

En réalité, l’enquête établit que les accusatrices de Ramadan ne se sont pas parlé au cours des six mois précédant l’affaire. L’article l’admet : «Selon un procès-verbal dont l’AFP a eu connaissance, les relevés téléphoniques ne font apparaître aucun contact direct entre Henda Ayari et Christelle entre le 6 mai et le 6 novembre 2017.» Cette information de taille dément catégoriquement la version complotiste de Tariq Ramadan. Elle pourrait justifier un titre comme : «L’enquête ne révèle aucune collusion entre les plaignantes accusant Tariq Ramadan de viol». Bizarrement, ce n’est pas ce que retient le HuffPost Maghreb, qui préfère ajouter : «En revanche, ils montrent des communications fréquentes de chacune avec la ligne de Fiammetta Venner, une intime de Mme Fourest (116 fois pour Christelle et 156 pour Mme Ayari), sur cette même période de six mois.» Un petit «en revanche» qui vient en écho au choix d’un titre accusateur : «De troublants soupçons de collusion impliquant Caroline Fourest».

Je ne vous dis pas la fête sur les réseaux sociaux ramadiens. En trois secondes, les voilà passés du complot juif au complot lesbien !

Le tout petit détail que cet article hasardeux oublie de préciser, et qui change tout, c’est que ces nombreux coups de fil et surtout SMS échangés avec Henda Ayari et «Christelle» ont eu lieu après et non avant le déclenchement de l’affaire : entre le 20 octobre et novembre… Pour les interviewer et les soutenir face au déluge de haine ! Quant au mystérieux complot lesbien, le nom de Fiammetta Venner n’apparaît dans la procédure que parce que ma ligne téléphonique est à son nom. Triste réalité fusionnelle, qui décevra les grands paranoïaques.

Certains ne sont plus dupes si l’on en juge par le bide des soirées organisées pour soutenir Tariq Ramadan. A Casablanca, les réseaux du PJD avaient prévu une salle de 400 personnes. Il n’en est venu que 40. Quant aux intervenants annoncés, la moitié d’entre eux ont démenti avoir donné leur accord pour cette soirée. Au pays des aveugles, les borgnes finissent parfois par ouvrir les yeux.

Caroline Fourest
Marianne 23/2/18