Salauds de « Charlie » !

La façon dont certains journalistes ont couvert le meeting « Toujours Charlie »* a de quoi filer la nausée. Trois ans après le massacre, rien ne nous aura été épargné. Ni les procès d’intention en « islamophobie » qui fabriquent des cibles, ni la mesquinerie qui salit tout, ni la bêtise qui désespère ce métier. Chacun a bien le droit d’aimer ou de critiquer « Toujours Charlie ». C’est la liberté de la presse, celle que nous avons défendue, au prix, pour certains, de la vie au moment de l’affaire des caricatures. A l’époque, d’autres confrères préféraient déjà cracher sur les dessinateurs et les journalistes prenant des risques pour eux. Certains nous mettaient en danger en nous traitant d’« islamophobes ». Il est vrai qu’en période de menaces islamistes, c’est moins périlleux. Ceux-là ne se sont jamais excusés. Mieux, ils ont recommencé leur petite musique juste après les attentats, comme si de rien n’était.

Que dire de la malhonnêteté de certains papiers rendant compte du meeting « Toujours Charlie » aux Folies-Bergère ? Libération, qu’on a connu meilleur camarade, avait dépêché Frantz Durupt, ancien d’Acrimed, auteur de tweets compulsifs vomissant le journal satirique depuis l’affaire des caricatures. « Ça me ferait vraiment marrer que l' »attentat » contre Charlie Hebdo ne soit pas l’oeuvre d’islamistes », écrivait-il juste après l’attentat de 2011. On notera l’humour et ses guillemets à « attentat ». Un an plus tard, il ironisait sur le « courage » de Charlie consistant à « faire chier les musulmans ». Depuis qu’il travaille à Libération, il dérape chaque fois qu’il se pare de sa fausse neutralité pour couvrir les événements laïques qu’il exècre.

En 2015, il avait déjà commis un papier biaisé pour faire passer le Prix de la laïcité remis à titre posthume à Charb et à l’équipe de Charlie pour un événement agressant les femmes voilées. Trois ans plus tard, c’était au tour de « Toujours Charlie ». Cette fois, il a attribué une fausse phrase à Raphaël Enthoven et l’a mise en titre pour moquer une célébration de l’entre-soi. Comme la vidéo existe et que des internautes l’ont remarqué, il s’en est excusé. Le procès d’intention demeure. Il n’a pas été relayé que par Libération. Le Monde n’est jamais loin de céder au procès en « récupération islamophobe » dès qu’on défend une autre vision de la laïcité que celle de Jean Baubérot.

Doté d’un vocabulaire approximatif, certains confrères confondent plus ou moins consciemment le Printemps républicain avec le Printemps français, son exact opposé. Si vous ajoutez les vallsophobes (tant qu’à s’inventer des phobies), vous comprenez mieux la « polémique ». Simplement parce que l’ancien Premier ministre assistait au meeting depuis la salle, sans prendre la parole et en se faisant charrier par un artiste sur scène. Bizarrement, la présence de politiques aussi divers qu’Anne Hidalgo, le frondeur Jérôme Guedj, Valérie Pécresse ou François de Rugy, n’intéresse pas les obsédés du complot vallsiste. Les grands débats d’idées les ennuient. Seule la toute petite politique les fait frissonner. Pour raconter le monde, ils chaussent de si petites lunettes que tout paraît soudain mesquin et étroit. Si on avait envoyé un obsédé du cor au pied couvrir le procès Dreyfus, il nous aurait révélé que Dreyfus avait un cor au pied. Zola revient. Ils vont nous faire chialer.

J’oubliais le reproche le plus lunaire et le plus comique entendu cette année : « Pourquoi ne pas avoir invité Edwy Plenel et Rokhaya Diallo au meeting « Toujours Charlie » ? » Non, mais c’est vrai, allô quoi ? Et pourquoi pas inviter Harvey Weinstein ou Tariq Ramadan à un meeting contre les agressions sexuelles tant qu’on y est ? Voilà bien la seule nouveauté. La gauche Mediapart n’a pas digéré qu’on puisse caricaturer son prophète. Et nous le fait savoir à l’occasion des commémorations du 7 janvier.

Pendant ce temps, la presse anglosaxonne continue de laisser croire que Charlie est « islamophobe », qu’ils sont allés trop loin. Et certains journaux ne montrent toujours pas leurs dessins, jugés offensants pour les croyants.

C’est dur d’être haïs par des cons. Mais c’est encore plus dur quand on défend aussi leur liberté. Il faut pourtant continuer, malgré eux. Jusque dans la tombe sur laquelle ils iront cracher.

* Organisé par la Licra, le Comité Laïcité République et le Printemps républicain.

Caroline Fourest
Marianne  12/1/18